‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 5 sur 176 · IMPORTANCE DE LA DICTION · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE LA DICTION

pages de vers ou de prose, qu'il convient d'entremêler de bonne musique *.

L'expérience est très concluante, en ce sens entre autres qu'elle prouve le peu d'utilité de ces mises en scène luxueuses et méticuleuses dont les frais accablent les directeurs, les empêchent d'offrir des places convenables à des prix modiques et de tirer de l'ombre des œuvres qui méritent la lumière.

Et je vous assure que ces lectures sont une source de joies autant pour les lecteurs que pour les auditeurs. Rien de plus doux que de voir s'éveiller des intelligences, rien, sinon de voir briller des larmes de compassion.

Toutefois, le double fait d'être embarrassé d'un livre et de n'en pas savoir le texte par cœur donne à la diction une certaine froideur. Il serait préférable de réciter, de jouer complètement. C'est ce qui se fait de plus en plus dans les salons, et ce genre de distraction contribue à l'utilité d'un traité comme celui-ci. Mais cette distraction, — qui, selon le choix des œuvres, peut être très instructive, très saine, — pourquoi le peuple ne se la donnerait-il pas?

Tous les dix ans, devant une multitude, d'humbles travailleurs jouent la Passion. Il y a, paraît-il, dans leur jeu quelque chose de la ferveur qui, au xvii*' siècle, lors d'une peste, animait leurs aïeux. Cela se passe à Ober-Ammergau, en Bavière.

En France, à Bussang, un poète a fondé le Théâtre du Peuple. A la fin de chaque été, en une prairie où des galeries forment une salle abritée d'un vélum, sur la scène étalée au premier gradin d'une montagne,

l. M. Maurice Bouchor constitue un réperfoire de pièces abrégées et commentées, dont plusieurs ont paru. Hachette, édit.

des gens du pays, parmi lesquels des employés, des ouvriers, représentent des comédies, des drames au style large et clair, aux mœurs vosgiennes.

Cet exemple donné par M. Maurice Pottecher, il faudrait le suivre. Toutes les provinces devraient avoir un théâtre, au moins un, où palpiterait Tâme du terroir. Les sujets abondent, modernes, historiques, légendaires. Quant aux interprètes, les auteurs régionaux n'auraient qu'à choisir dans les populations ambiantes : ils en trouveraient qui donneraient aux rôles une originalité, une vérité que ne pourraient leur donner des acteurs professionnels étrangers à la contrée.

Des acteurs peuvent donc s'improviser? Non pasi Un débutant peut révéler de surprenantes qualités, des dons naturels qu'il doit se garder de défraîchir; mais quiconque veut jouer la comédie doit s'adonner à des études spéciales.

D'ailleurs, on reconnaît de plus en plus l'importance de la diction. Cet art s'introduit dans les maisons d'éducation. Espérons qu'il y sera, un jour, placé au même niveau que ceux du dessin et de la musique.

Nous convenons volontiers des différences d'utilité de l'approfondir selon le but qui engage à l'étudier. Chacun prendra de nos conseils ce dont il aura le plus besoin. Nous nous efforcerons, nous, de satisfaire tous les désirs. Dans cette œuvre qui peut intéresser l'industriel ayant à parler en des comices, nous envisagerons tout ou presque tout ce que l'acteur doit savoir de la diction.

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