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CHAPITRE VI

Il est inadmissible que les syllabes d*un mot aient la même intensité et la même durée. La prosodie est la prononciation des syllabes selon ce qui, à ce double point de vue, les distingue entre elles dans les mots dont elles font partie.

Llntensité de la voix sur une syllabe se nomme accent tonique. Prononcez ingrate : il vous apparaîtra évidemment que gra est la syllabe accentuée et que in et surtout te sont les syllabes atones.

Quant à la durée, à la longueur de la syllabe, c'est ce qu'on entend par quantité. Dans grâce^ gra est une syllabe longue, mais, dans ingrate^ une syllabe brève.

Vous sentez bien, n'est-ce pas? la différence qui existe entre l'accent tonique et la quantité.

Je vous accorde bien volontiers que ces deux choses distinctes se confondent souvent. Dans grâce, gra est à la fois la syllabe accentuée (selon l'accent tonique) et la syllabe longue (selon la quantité). Simple rencontre de la force et de la durée de la voix.

AdCENT TONIQUE

Dans les mots à deux syllabes dont la deuxième est dite muette, il porte toujours sur la première : lable*

Dans les dissyllabes à terminaison masculine, il porte toujours sur la deuxième syllabe : tableau.

Dans les mots à plus de deux syllabes, il y a toujours intensité sur Tavant-dernière quand la dernière est dite muette : indescjnptible (sur ^t), et sur la dernière quand celle-ci est masculine : épouvantablement (sur ment); mais un ou plusieurs accents toniques (selon la longueur du mot) peuvent être placés ailleurs. Il n'existe pas de loi qui puisse les situer. Dans indescriptible, on peut certainement en mettre un sur des] dans épouvantablement y sur pou.

Mais il faut toujours respecter la dernière syllabe masculine. Sinon, la diction perd de sa force et de sa clarté. Bien des Parisiens ont besoin de cette recommandation; mais elle s'adresse surtout aux étrangers, à certains provinciaux. Pour en comprendre Timportance, il faut, par exemple, avoir entendu des Provençaux dire Jules Fen^y avec Taccent tonique sur /?, à ritalienne.

Ajoutons avec Littré que, dans une phrase, « les mots non accentués s'appuient sur les mots accentués et ne font qu'un avec eux; ainsi dans ce vers tout monosyllabique de Racine : Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur, il y a cinq accents, un sur joury un sur pas, un sur pur, un sur fo7id et un cinquième sur cœur, de sorte que pour l'oreille il n'y a vraiment que cinq mots ».

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