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CHAPITRE II LA PONCTUATION

PONCTUATION ASPIRATOIRE

Vous devez aller jusqu'à la fin des phrases sans donner Fimpression que vous avez besoin d'air.

Notez que vous pouvez, par de légères et assez fré» quentes aspirations, respirer plus d'une fois sans qu'on s'en aperçoive. Pour acquérir cette habileté, je vous engage à faire un exercice spécial.

Mais quand pouvez-vous prendre des repos afin d'aspirer plus ou moins franchement? Lorsque, à la fois, l'utilité et la logique vous invitent à séparer un mot d'un autre mot; généralement entre les phrases plus ou moins longues, entre les longues séries de mots unis, plus ou moins rigoureusement, parle sens.

Vous fier à la ponctuation écrite serait une grave imprudence. La ponctuation écrite sépare de petits signes les phrases, les membres de phrase, les sujets, les attributs, les compléments de même nature. Us ont leur grande utilité, ces petits signes; mais une expérience suffit pour se rendre compte qu'ils n'indiquent pas toujours des repos où l'on puisse amplement aspirer.

Prenons quelques phrases, — dans Pascal, par exemple :

Quelle chimère est-ce donc que Thomme? Quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de contradiction! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, amas d'incertitude, gloire et rebut de Tunivers : s'il se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse Je le vante; et le contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible.

Respirez, dans ces lignes, à chaque signe de ponctuation, et permettez-moi de vous demander si vous ne vous faites pas l'effet d'avoir grimpé six étages.

Maintenant, laissez-moi vous dire le môme passage en indiquant quand et pourquoi j'aspire.

Quelle chimère est-ce donc que l'homme? (Besoin d'air pour la suite et arrêt logique.) Quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de contradiction! (Mêmes raisons.) Juge de toutes choses, imbécile ver de terre (antithèse), gloire et rebut de l'univers (id.) : s'il se vante, je l'abaisse {id.) ; s'il s'abaisse, je le vante (id.); et le contredis toujours jusqu'à ce qu'il comprenne (aspiration pour donner plus de valeur à la conclusion) qu'il est un monstre incompréhen-r sible.

Talma recommandait d'aspirer autant que possible devant des voyelles, surtout devant Va et l'e. Malheureusement, il est assez rare qu'une voyelle se présente juste à l'instant où il convient de s'approvisionner d'air. Il n'en est pas moins vrai que, lorsque la coïncidence a lieu, l'aspiration est plus facile et moins perceptible. Jugez-en dans ces vers que dit Bérénice :

I Eh bien, régnez, cruel, contentez votre gloire. Je ne dispute plus. J'attendais, pour vous croire, . Que cette même bouche, | après mille serments D'un amour qui devait unir tous nos moments,

Cette bouche, | à mes yeux s'avouant infidèle. M'ordonnât elle-même une absence éternelle. Moi-même j'ai voulu vous entendre en ce lieu. Je n'écoute plus rien, | et, pour jamais, adieu.

Quand vous étudiez un morceau, vous pouvez donc fixer devant des voyelles certaines pauses aspiratoires, pourvu qu'il ne soit ni plus utile ni plus logique d*aspirer devant des consonnes et tout en fixant devant des consonnes d'autres pauses aspiratoires.

Quant au nombre des aspirations, il dépend du volume d'air que l'on peut aspirer, du volume de voix à émettre et de l'intensité à donner à certaines phrases, à certains mots.

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