‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 7 sur 176 · CHAPITRE III DEVOIR DE L'ÉLÈVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III DEVOIR DE L'ÉLÈVE

Les difficultés d'un art se dressent dans nous et non dans Tart lui-même. Si nous étions mieux doués, nos arts nous paraîtraient des jeux enfantins. Par la volonté, par le travail, modifions donc notre nature.

Si vous vouliez apprendre la peinture, il faudrait d'abord développer en vous la faculté de voir. Vous auriez à regarderies choses et les êtres comme si vous n'eussiez jamais rien vu. Vous voulez apprendre la diction : il faut d'abord améliorer votre faculté d'entendre. Vous devez écouter les paroles d'autrui et les vôtres comme si vous n'aviez jamais rien entendu.

D'où vient que des personnes appartenant à des milieux où l'on parle généralement bien commettent des fautes de prononciation? De ce que très souvent elles ne font aucune attention à la façon dont les mots sont prononcés autour d'elles. Un polyglotte peut ne pas s'apercevoir que son interlocuteur passe d'une langue à une autre.

Vous devez, vous, percevoir sous trois rapports ce qui se dit en votre présence et ce que vous dites vousmêmes : sous le rapport de la voix, de la parole et de

Texpression. Un beau timbre de causeur doit vous plaire autant que le ferait sans doute un beau timbre de chanteur, une faute de prononciation vous sauter à Toreille comme une faute d'orthographe vous saule aux yeux, une chaleur d*élocution vous impressionner, non seulement par le sentiment qui la produit, mais par elle-même. Henri Heine, à propos de Isi musique de Mendelssohn, admire chez ce maître la « 6 ne oreille de lézard ». C'est ce genre d'oreille que je vous souhaite.

Vos impressions, vous devez les enregistrer en votr? mémoire, afin de vous servir de telle inflexion qui vous aura paru précieuse, afin de ne plus prononcer un mot comme vous le prononciez, afin de vous assimiler le mouvement, la force, le charme de telle diction qui convient à votre nature.

Et puisque tout participe à l'expression des senti ments, l'attitude, la physionomie et le geste au moins autant que la parole, vous devez, ainsi que le peintre, le sculpteur, regarder vos semblables comme si tous ne les aviez jamais vas.

Mais ce qu'ils traduisent de la vie, le peintre et le sculpteur le traduisent avec de la matière inanimée: vous, c'est avec votre propre individu que vous devez opérer; il faut que vos sentiments réels ou simulés se reflètent dans votre parole, sur vos traits, en tout votre extérieur. Heine dit encore de la musique de Mendelssohn, dont vous savez la délicatesse, qu'elle donne l'idée d' « antennes d'escargot ». Si vous le permettez, cette image me servira à préciser quelle sensibilité je voudrais non seulement à votre âme, mais à tout votre organisme.

Quant à cette honte qu'on éprouve, devant un pro-

Page 1