V. Hugo, Pleine mer
Et de nos jours, des poètes se sont à ce point affranchis de la loi draconienne que la sixième syllabe peut être terminée parl'e dit muet, ou, dans un mot, n'être pas suivie d'une syllabe élidée :
Sous le clair silence du vieil abat-jour vert.
Hbnry Bataille, Mon enfancCy adieu,,,.
Voix qui revenez, 6ercez-nous, berceuses voix.
Moréas, les Cantilènes,
Le sourire fait une rose de la bouche.
Henri de Régnier, Aréthuse,
Quant au vers de huit syllabes, voici ce qu'en disent MM. Le Goffic et Thieulin :
« Le vers de huit syllabes peut aroir sa tonique à la troisième, à la quatrième et à la cinquième syllabe. Ce sont les césures les plus usitées. Soit cet exemple de Sully-Prudhomme :
Ce beau printemps | qui vient de naître,
A peine goûté, | va Unir.
Nul de nous | n'en fera connaître
La grâ | ce aux peuples à venir.
Nous n'osons plus | parler des roses ; Quand nous les chantons | on en rit; Car des plus adora | blés choses Le culte est si vieux | qu'il périt.
« On remarquera ici encore deux autres espèces de césure, l'une après la deuxième syllabe (vers 4), l'autre après la sixième, ou, si Ton veut, après la troisième, ou même après la première (vers 7) ; car il serait tout aussi licite de scander ainsi le vers :
Car des plus | adorables choses..
ou bien :
Car I des plus adorables choses....
« Nouvelle preuve de la mobilité et de Tincerlitude des toniques intérieures. »
Profitons de cet aveu pour insister sur le droit du diseur à mettre les accents toniques et les pauses où son art Tin vite à les placer*. Tant mieux si sa décision répond à l'intention du poète (à supposer que celui-ci ait eu une intention quelconque au sujet de la césure).
1. Pour l'accentuation, revoir ce que nous avons dit de l'accent tonique (p. 85), et voir le chapitre la Valeur (p. 203).