LE NATUREL
Voilà donc étudiée la diction matérielle. Il s'agi£ de mettre une âme à ce corps automatique. Il s'agit d'exprimer des sensations, des sentiments.
C'est ce que nous faisons en parlant. D'où la règle donnée par tous les professeurs : il faut lire ou réciter comme on parle.
On parle généralement assez mal au point de vue de l'articulation. La proximité de l'auditeur ne nécessite pas qu'on articule mieux. D'autre part, on n'a le plus souvent qu'à exprimer de petites sensations, de petits sentiments. Le pire et le meilleur de soi, on le garde plus ou moins secret. Ce qu'on dit la plupart du temps ne suffirait pas pour émouvoir un public. Du moins le dit-on avec une justesse parfaite d'inflexions, de mouvement, justesse relative à la nature de la personne qui parle.
C'est cette justesse qu'il faut acquérir dans la lecture, dans la récitation, dans la diction oratoire. Abstraction faite de tous défauts de voix et de prononciation, il faut lire, réciter, discourir comme on
parle, et aussi comme on parlerait dans d'autres circonstances que celles où Ton se trouve ordinairement. Après des phrases lues ou récitées, posez-vous cette question : « Est-ce bien ainsi que je dirais si, au lieu de lire ou de réciter, je parlais? » Au moindre doute, recommencez en cherchant les inflexions et le mouvement convenables. Il faut que vous arriviez à ne jamais lire ou réciter, au mauvais sens de ces mots, mais à parler constamment.