UNE PHRASE FAMILIÈRE
Xe conçois votre besoin d'être aidé. Travaillons ensemble.
Je vous demande simplement de dire :
Il fait beau.
Malheureusement, je ne peux pas vous entendre. Je suppose donc que vous avez dit : « Il fait beau » le plus simplement possible. Une constatation, et rien de plus.
A présent, dites :
Le temps pourrait être meilleur; mais, en somme, il fait beau.
N'avez-vous pas employé une nouvelle inflexion, une inflexion d'indulgence ?
Eh bieni de deux choses Tune : dans toutes les phrases suivantes, ou vous ne parlerez pas comme vous parlez d'ordinaire, ou vous recourrez à des variations spéciales de la voix et du débit qui conviendront aux sentiments à rendre*
Doute :
Ehl eh! c'est tout juste s'il fait beau.
Ironie sérieuse (il tombe des hallebardes) :
Une fois de plus, constatons qu'il fait beau. Ironie joyeuse :
Il fait beau... pour les canards.
.A.dmiration :
Il fait très beau.
I>i8Cussion :
Vous avez beau dire, il fait beau. Vous êtes par trop exigeant.
Bépit :
Il fait beau, et nous restons claquemurés.
Tendresse :
Il fait beau. Sortons, ma chérie. L'air te guérira. Amertume :
Il fait beau. La nature se soucie bien de nos douleurs! Aveu :
Allons 1 j'ai perdu mon pari : il fait beau.
Colère (la sécheresse compromet votre i^écolte) :
Il fait beau, implacablement beau I
Passons aux négations :
Conviction absolue :
Ah! certes non, il ne fait pas beau!
Dédain :
Peuh! pour un climat méridional, il ne fait pas beau. Protestation :
Permettez, permettez, il ne fait pas beau.
Arrivons aux interrogations :
Ignorance absolue :
Fait-il beau?
Demi-certitude :
Il fait beau, n'est-ce pas?
Méfiance :
Euh! euh! croyez-vous qu'il fera beau?
Moquerie :
Vous trouvez qu'il fait beau? Vous n'êtes pas difficile! Impatience :
Ah çh\ quand fera-t-il beau?
Victoire :
Eh bien! il fait beau? Que vous ai-je dit?
Et terminons par quelques exclamations :
Satisfaction joyeuse :
Sapristi ! qu'il fait beau I Enthousiasme :
Qu'il fait beau! qu'il fait beau! Tout resplendit. Jouissance exquise :
Qu'il fait beau! L'air est une caresse.
Et, à propos de ce simple « il fait beau », que d'autres sentiments pourraient sans doute être rendus!
Il est fort possible que vous ne saisissiez pas toutes les nuances que je viens de noter. Ne vous découragez pas. Écoutez-vous dans la conversation, écoutez les autres, et vous arriverez à percevoir de semblables détails.
D'ores et déjà, vous vous rendez nettement compte de la nécessité d'élever ou de baisser le ton, d*accé* lérer ou de ralentir le mouvement, d'appuyer sur tel ou tel mot, sur telle ou telle syllabe, d'augmenter ou d'amoindrir le volume vocal.
Que tout cela ne vous épouvante pas! Tout cela, vous le faites perpétuellement, quand vous parlez. Pourquoi? Parce que les sentiments, les sensations que vous éprouvez vous y contraignent. Il faut donc, quand vous lisez, récitez ou discourez, que vous vous •obligiez ou, tout simplement, que vous vous laissiez aller à ressentir plus ou moins ce que vous dites.
Certes, des conseils peuvent vous aider à trouver des manières de dire; mais c'est surtout par vos propres efforts que vous parviendrez à la vérité. Et j'entends la vérité relative à votre nature. 11 n'existe pas deiîx êtres qui parlent absolument de même. Voilà pourquoi un professeur ne doit point vous imposer telle ou telle façon de dire. Il doit seulement vous en proposer qui puissent vous être communes à tous deux.