‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 88 sur 176 · L'OBSERVATION · texte numérisé non relu

L'OBSERVATION

 vous d'observer toute manifestation dé sentiment dans la vie réelle. Le bavardage de deux commères, la dispute de deux cochers, la raillerie d'un gavroche, un cri de détresse, tout doit vous être une leçon.

Et si vous tenez à devenir un véritable artiste, il faut, hélas I que vous vous observiez vous-même dans la douleur la plus sacrée. L'art n'est-il pas sacré, lui aussi?

Écoutez Talma :

« A peine oserai-je dire que moi-même, dans une oirconstance de ma vie où j'éprouvai un chagrin profond, la passion du théâtre était telle en moi, qu'accablé d'une douleur bien réelle, au milieu des larmes que je versais, je fis malgré moi une observation rapide et fugitive sur Taltération de ma voix et sur une certaine vibration spasmodique qu'elle contractait dans les pleurs ; et, je le dis non sans quelque honte, je pensai machinalement à m'en servir au besoin; et en effet cette expérience sur moi-même m'a souvent été très utile *. »

Et à qui m'objecterait qu'un acteur est seul capable d'une telle observation, je citerais cet aveu d'Alphonse Daudet :

« Homo duplex^ homo duplex I La première fols que je me suis aperçu que j'étais deux, à la mort de mon frère Henri, quand papa criait si dramatiquement : « Il est morti il est mort! »• Mon premier hoi pleuraitet le second pensait: « Quel cri juste! Que ce serait beau au théâtre! » J'avais quatorze ans.

« Cette horrible dualité m'a souvent fait songer. Oh! ce terrible second moi toujours assis pendant que l'autre est debout, agit, vit, souffre, se démène! Ce second moi que je n'ai jamais pu ni griser, ni faire pleurer, ni endormir ^ ! »

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