LE STYLE NOBLE
Celui de l'Aigle de Meaux, des grands orateurs de l'Église; celui de la tragédie, encore que, dans Corneille, bien des familiarités s'y mêlent; celui de Chateaubriand, de Leconte de Lisle, souvent celui de Renan, de Flaubert.
Voilà le style le plus ardu, au point de vue de la diction. Eh bien! il ne faut pas s'en effrayer outre mesure. Il faut le bien examiner, voir ce qu'il signifie et lui donner des inflexions naturelles. A sa noblesse, qu'on ne doit certes pas dissimuler, il faut se garder d'ajouter de l'emphase.
Essayez-vous dans ce passage du panégyrique de François d'Assise, par Bossuet :
Quand je vous considère, ô riches du siècle, vous me
semblez bien pauvres en comparaison de François. Vous ne sauriez avoir tant de richesses, que tos passions déréglées n>n consument encore davantage. Il vous en faut pour la nécessité, pour la vanité, pour le luxe, pour les plaisirs, pour la pompe, pour la parade, pour mille superfluités. François, au contraire, ne saurait avoir un habillement si sordide, ni une nourriture si modique, qu'il ne soit parfaitement satisfait; tout prêt même à mourir de faim, si telle est la volonté de son Père. Il s'en va tantôt dans une sombre forêt, tantôt sur le haut d'une montagne, admirant les ouvrages de Dieu, invitant toutes les créatures à le louer et à le bénir, leur prêtant pour cela son intelli^ gence et sa voix, passant les jours et les nuits à prononcer, à méditer, à goûter cette pieuse parole : « Notre Père, qui « êtes aux cieux », et cette autre : « Mon Dieu et mon « tout », qu*il avait sans cesse à la bouche : Deus meus et omnia. Il court par toutes les villes, par toutes lesboui^ades, par tous les hameaux : il lève hautement Tétendard de la pauvreté; il commence à exercer un nouveau genre de négoce, il établit le plus beau et le plus riche commerce dont on se puisse jamais aviser. vous, disait- il, vous qui désirez acquérir cette perle unique de TÉvangile, venez, associons-nous, afin de trafiquer dans le ciel : vendez tous vos biens, donnez tout aux pauvres; venez avec moi, libres de tous soins séculiers; venez, nous ferons pénitence; venez, nous louerons et servirons notre Dieu en simplicité et en pauvreté.
Arrivez enfin à notre noble poésie actuelle. A côté de la grande prose que vous venez de lire, nous ne craignons pas de mettre ces vers de Paul Guigou, un poète mort récemment^ en pleine jeunesse.
Lune d'août *.
Entre tous les pays que mon rêve regagne, Je me souviens surtout de ce pays lointain.... C'est la pleine août. Il est trois heures du matin. La nuit épaisse et chaude accable la campagne.