‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 93 sur 176 · Acte II, scène ii · texte numérisé non relu

Acte II, scène ii

Or, ces vulgarités n'aident-elles pas Tinterprèle du rôle à faire parler Hamlet comme un homme qui vit chacune de ses paroles et non comme un médiocre comédien qui récite?

Et puisque je parle de Shakespeare, laissez-moi vous recommander d'étudier ce prodigieux poète. Nulle part autant que dans son œuvre ne se révèlent la diversité et la profondeur du sentiment humain.

Lamartine cite ces paroles de Talma, auquel il avait, tout jeune, soumis une tragédie :

« Si nous étions au siècle de Louis XIV, où la tragédie française, fille de la tragédie grecque et latine, n'était qu'une sublime conversation, un dialogue des morts en action sur la scène, je n'hésiterais pas à vous jouer demain et à vous garantir un grand applaudissement au théâtre; mais entre Corneille, Racine et ce siècle-ci, il est né une autre tragédie, d'un homme de génie moderne, antérieur à eux,

nommé Shakespeare.... Connaissez-vous Shakespeare?... Eh bieni ce Shakespeare a révolutionné la scène. Corneille est Théroïsme, Racine est la poésie. Shakespeare est le drame. C'est par lui que je suis devenu ce que je suis. Si vous voulez sérieusement devenir un grand poète théâtral, vous en êtes le maître : mais ne faites plus de tragédie, faites le drame; oubliez Fart français, grec ou latin, et n'écoutez que la nature. Je n'ai pas eu d'autre maître et voilà pourquoi on m'aime. »

Des malicieux pourraient prétendre que cet enthousiasme pour Shakespeare servait de prétexte àTalma pour refuser de jouer la tragédie peut-être médiocre d'un inconnu.... Mais non, on conçoit l'admiration du grand acteur pour le plus grand des dramaturges.

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