CHAPITRE III L'INFLEXION
Je conçois votre embarras, à vous qui débulez dans l'art de dire. Pour lire, réciter comme on parle, la bonne volonté ne vous manque pas ; mais les inflexions naturelles ne se présentent pas toujours à vous, — surtout, n'est-ce pas? dans le style noble. Aussi ferez-vous bien de rester longtemps dans le style simple.
Dans un enseignement oral (où, le plus souvent, je vous prierais de trouver vous-même les inflexions), je vous en soumettrais plus d'une. Mais comment vous aider dans un livre? L'aspect des signes auxquels je recourrais vous épouvanterait, et j'imagine peu la clarté qui filtrerait de ce fouillis.
Comment vous aider? En vous indiquant d'abord le meilleur moyen de vous aider vous-même. Il consiste, en l'étude d'un morceau, à collaborer sans cesse avec l'auteur, verbalement ou seulement par la pensée, à insérer dans le texte tout ce qui peut vous faciliter les inflexions que réclament les mots écrits, à remplacer un moment ceux-ci par des expressions qui vous soient plus familières, tout en ayant le même sens.
Il faut donc, avant tout, que vous vous rendiez absolument compte de Tidée et du sentiment exprimés par Tauteur. Comprenez à fond une phrase, éprouvez autant que possible le sentiment qu'elle exprime, vous serez bien près de trouver Tinflexion qui lui convient, si tant est que celle-ci ne s*impose pas tout de suite à vous. Et on ne peut comprendre une phrase sans considérer celles qui Tentourenl, tout Tensemble auquel elle appartient, le personnage qui la dit et celui à qui elle s'adresse, toutes les circonstances qui la produisent.
M. Legouvé a parfaitement montré combien Tétude de la diction aide à la compréhension de la littérature, combien la bonne diction la nécessite.
Prenons une page de style noble, une page classique, et cherchons-y des inflexions. Les pauses influant sur les inflexions, nous marquerons dans le texte celles que n'indique pas la ponctuation de l'auteur. Nous marquerons même la différence des pauses lorsqu'il nous paraîtra utile de le faire. Le signe ' indiquera la hauteur du ton ; le signe ' en indiquera la chute.
Le songe d'âthaue.
Voici ce que je réclame de vous :
Prêtez-moi • l'un et l'autre ; une oreille attentive. |||
Certes, je ne veux point m'abaisser;
Je ne veux point ici rappeler le passé,
Ni vous rendre raison du sang que j'ai versé.
Car
Ce que j'ai fait, ; Abner, | entendez-vous?
j'ai cru le devoir faire.