GESTES DE SENTIMENT
Deux exemples : dans la malice, dans la finesse astucieuse, la paupière inférieure s'élève parfois; dans le dédain, parfois s'abaisse la paupière supérieure. Mais parfois seulement. Nous n'avons pas l'ambition de formuler des règles : notre simple intention est d'indiquer ce qui se produit plus ou moins souvent dans la manifestation des divers sentiments.
Nous considérerons séparément chacune des parties de l'être qui servent à la mimique. Mais si le visage suffit à lui seul à maintes expressions, il ne leur donne souvent toute l'intensité voulue qu'avec le concours d'autres parties du corps, et le geste proprement dit est la plupart du temps accompagné d'une modification de la physionomie. Pour rendre tel sentiment, c'est donc à vous de combiner tel jeu de physionomie avec tel geste et telle attitude.
Le visage.
Les yeux. — Mi-clos : malice, dédain. Baissés : grand respect, honte. Grands ouverts : stupéfaction, colère, terreur.
Les sourcils. — Froncés : profonde réflexion, ferme volonté, dureté. Relevés au milieu du front et descendant vers les tempes : douleur.
La bouche. — Mi-ouverte : surprise, joie. Grande ouverte : stupeur. Les commissures abaissées: dépit, affliction, consternation; rapprochées : exhortation au silence. La lèvre inférieure en avant : dédain, bouderie, ignorance. Le maxillaire inférieur en avant : férocité. Claquements de dents : terreur folle.
l'expression mimique 259
La tkte.
En avant : curiosité, férocité. En arrière : audace, insolence, effroi. De côté : apitoiement, indolence. Très droite : dignité. Baissée : honte, peur. Agitée de haut en bas : affirmation. Tournant, secouée de droite à gauche : négation. Se lève dans le commandement, tombe dans l'abattement.
Les bras.
L'un ou l'autre se tend horizontalement pour ordonner d'aller, de sortir; se tend obliquement vers le sol pour ordonner d'approcher; se plie pour inviter à la même action. L'un ou l'autre ou tous deux à la fois se lèvent plus ou moins dans l'enthousiasme, dans tous les sentiments intenses, se projettent dans la violence, s'agitent dans certains paroxysmes, tombent dans le découragement. Ils se croisent dans l'attente, dans le défi.
Les mains.
La paume. — Sur le cœur : amour, émotion vive. Plus au milieu de la poitrine : mômes sentiments, possession, foi. Vers ce qui est extérieur au corps : (la tête plus ou moins en arrière) stupéfaction, répulsion; (la tête en avant) imploration ; (le bras s'écartant du corps latéralement) abandon, mépris. Vers le sol : affirmation, exhortation au calme. Plus ou moins en sens contraire : accueil, offre, demande. Vers le visage d'abord, puis (l'avant-bras descendant) tournée vers le ciel : remercîment, vœu.
Les doigts. — L'index joue le rôle le plus impor-
tant. Horizontal et le bras dans le même sens, il congédie. Courbé et Tavant-bras venant vers la poitrine, il invite à approcher. Pointant vers le sol, il ordonne. Vertical et pointant vers le ciel, il réclame l'attention, prédit. Rapproché de la bouche, il exhorte au silence.
Avec le pouce et l'index unis par la pointe et les autres doigts détachés, on précise, on indique une nuance. En remuant les doigts, en faisant claquer le médius contre le pouce, on exprime l'impatience; en fermant tous les doigts : la force, la résolution; en montrant le poing : la menace; en écartant tous les doigts : Témerveillement, l'horreur.
Avec les mains jointes, les doigts les uns entre les autres ou les doigts de l'une sur le dos de l'autre, on prie, on s'extasie. En frottant les paumes l'une sur l'autre, on se réjouit. On se réjouit aussi en tournant une main sur l'autre, et l'on se déclare irresponsable.
Les jambes.
La position des jambes n'est pas toujours sans importance. La grande séparation des pieds, l'un devant l'autre, peut montrer l'énergie, la hardiesse, un sentiment impétueux. Au contraire, la grande séparation des pieds, l'un ne dépassant pas l'autre, peut indiquer la tranquillité, l'insouciance, le calme défi, — ce que peut indiquer aussi, dans la position assise, le croisement des jambes. L'agitation d'une jambe décèle l'impatience.
Le corps.
Dans la honte, souvent dans la terreur, le corps se contracte, le dos se courbe, les bras se serrent contre
l'kxpression mimique 261
le tronc. Il va sans dire que le contraire se produit dans Tenthousiasme, dans le triomphe, dans tous les sentiments où l'âme voudrait s'épandre, s'universaliser. Dans la frayeur, dans la répulsion, le tronc se porte en arrière. Il se porte en avant dans le désir, dans la curiosité, dans l'audace. Assis et renversé en arrière, affalé de côté, il peut révéler la faiblesse morale aussi bien que l'épuisement physique.
Le corps s'incline en avant pour témoigner le respect, et s'incline d'autant plus bas et d'autant plus longtemps qu'il en veut marquer la profondeur. Le salut au public se fait ainsi : à pas ni trop lents ni trop rapides, on avance jusqu'à l'endroit où l'on va parler ' ; on joint les talons et l'on s'incline. Une fois suffit, en se présentant; une autre, en se retirant. 11 faut être acteur, et un acteur accueilli par d'unanimes applaudissements ou chaleureusement rappelé, pour se livrer aux multiples saints, en face, à droite, à gauche, et conférencières, lectrices et récitatrices feront peut-être bien de laisser aux comédiennes la révérence en arrière que celles-ci, avec tant de grâce d'ailleurs, exécutent en pliant les genoux.