QUALITÉS
1° Une des premières qualités de la mimique est la sobriété: sobriété de la mimique générale, sobriété du geste proprement dit, sobriété du jeu de physionomie.
2" Il faut que l'harmonie règne entre les expressions des difï'érentes parties du corps. Par exemple, l'attitude qui consiste à projeter le torse en avant, un pied séparé de l'autre par un grand pas, la main fermée au bout du bras tendu en avant, ne peut se combiner avec la douceur, le calme, l'insignifiance du visage.
3" Bien que sobre, le geste peut, n'est-ce-pas? être varié. La variété : autre qualité de la mimique. Après avoir employé le bras droit, faites un peu agir le gauche, alors même que le droit pourrait tout aussi convenablement vous servir. Après avoir tourné, penché, branlé la tête, tenez-la immobile, laissant au visage seul la tâche de l'expression. Confiez-la, cette tâche, tantôt à une partie du corps, tantôt à une autre.
A" Qualité très importante aussi : la liberté , l'aisance.
Le geste d'un bras suffit bien des fois; mais, souvent aussi, vous pouvez, vous devez recourir au geste des deux bras. Le bras qui gesticule le plus doit être celui du côté duquel on est tourné. C'est le bras droit si l'on fait face à la partie médiane du public; mais, au moindre besoin, n'hésitez pas à vous servir du gauche.
Quinlilien se tromperait lourdement en affirmant, de nos jours, que « les hommes de l'art ne veulent pas que la main s'élève plus haut que les yeux et descende plus bas que la ceinture ». Autre temps, autres gestes. Vous pouvez lever une main ou les deux autant que bon vous semble, pourvu que la gesticu lation soit utile; vous devez très souvent laisser pendre une main ou les deux le long des jambes.
Il y a pourtant quelque chose à retenir de la règle antique : généralement, les mouvements ne doivent pas être excessifs. L'excès donne l'impression contraire de l'aisance. Levez les bras à votre gré; mais, généralement, courbez-les plus ou moins, de manière à raccourcir un peu le geste, à ce qu'il produise une impression d'aisance, de facilité. Laissez pendre vos mains; mais laissez prendre aux doigts la courbure qui leur est naturelle quand la main pend.
Aussi bien la courbure des doigts leur est-elle la plupart du temps naturelle, quelle que soit la position de la main. Seul, l'index est souvent tout tendu, parce qu'il est l'indicateur.
D'autre part, s'il convient le plus souvent de raccourcir un peu le geste par la courbure du bras et des doigts, n'oubliez pas qu'il ne faut pas l'étriquer. Il doit partir de l'épaule, et non du coude.
Pas de saccades, pas de brusquerie inutile. S'il est un rôle qui semble comporter des mouvements excessifs , c'est celui d'Othello. Or , en l'interprétant , Novelli, l'acteur italien, un des maîtres de la mimique, a bien parfois de terribles impétuosités; mais quelle souplesse, quelle retenue, même dans les situations les plus dramatiques!
Ayez généralement la tète droite; mais ne craignez
pas de lui laisser prendre une légère inclinaison latérale.
Tenez-vous droit, mais sans affectation. Pas d'affectation, voilà l'essentiel.
Debout, ayez un pied un peu devant l'autre. Position commode et favorable à la stabilité, que les talons joints assurent beaucoup moins. Si vous êtes tourné à droite, c'est le pied droit qui doit être en avant. Le pied en avant doit être du côté de la gesticulation principale.
Dans la récitation d'un morceau, surtout s'il est de quelque longueur, vous pouvez faire un ou plusieurs pas, mais bien rarement. Dans le discours, dans la conférence, vous pouvez marcher davantage, sans abuser d'un déplacement qui, fréquent, peut distraire l'auditeur et lui déplaire.
Assis, vous devez, au repos, laisser vos mains sur vos jambes, plus ou moins près des genoux, à moins que vous n'ayez devant vous une table, où vous devez alors les placer.
Dans la lecture, c'est la main gauche qui doit généralement porter le livre, le bras droit convenant mieux à la gesticulation. Mais le changement de fonction repose et une attitude toujours exactement la même ne peut guère être agréable au public; vous ferez donc bien, si la lecture est longue, de tenir, de temps à autre, le livre de la main droite.
D'ailleurs, la lecture permet fort peu de gestes et empêche ou dérobe maints jeux de physionomie. Du moins devez-vous tenir la tête assez élevée et, bien entendu, assez au-dessus du papier pour que votre visage soit suffisamment apparent; vous devez profiler des temps, parfois d'une simple pause, pour
regarder le public et, par une sobre mimique faciale, lui manifester les sentiments exprimés par l'auteur.
5"- Il y a ce qu'il faut bien nommer l'air sympathique, malgré les sourires que ces deux mots peuvent susciter. Expliquons-nous.
Il reste entendu que la mimique doit concorder avec les sentiments à exprimer. Avant toute parole, la physionomie et l'altitude doivent même préparer le public à ce qu'on va lui dire; l'exorde mimique commence avant l'exorde oral. On ne peut donc prendre un air charmant en prononçant ni même avant de prononcer, par exemple, un discours d'enterrement. Il n'en est pas moins vrai que quelque chose en votre aspect doit prévenir en votre faveur les personnes devant qui vous vous présentez, et que vous devez faire en sorte que cette première impression persiste en elles.
Eh bien, avant de prendre la parole et tandis que vous parlez, ayez, dans tous les cas où cela ne peut nuire à l'expression, un air simple, digne, avenant. Voulez-vous que le public vous aime? Aimez-le et laissez-lui voir que vous l'aimez.
6" Il y a enfin la grâce. Comment la définir absolument? Gomment l'enseigner sans la présence réelle de l'élève? Tout ce que nous pouvons faire en ce traité, c'est vous soumettre quelques conseils qui vous aideront sans doute à l'acquérir... à l'acquérir dans l'art, car nous nous empressons de penser que vous l'avez naturellement, ô vous surtout madame ou mademoiselle qui nous faites l'honneur de nous accorder votre attention.
En grande partie, la grâce est constituée par l'aisance. Mais le geste doit plaire non seulement par le
naturel, la facilité du mouvement, mais encore par la grâce du dessin plus ou moins éphémère qu'il ofîre aux yeux.
Personne, je pense, ne conteste la grâce de la ligne courbe. Que ce soient donc plutôt des lignes courbes que décrivent vos mains!
La grâce semble assez incompatible avec le trop d'asymétrie et avec le trop de symétrie.
Un manchot est disgracieux. Donc, ne pas gesticuler longtemps d'un seul bras, surtout en cachant l'autre derrière le dos. A moins, par exemple, qu'on ne veuille marquer l'égalité, — cas où les deux bras doivent être au même niveau et à la même distance du corps, — il convient qu'un bras exécute en grand le geste, tandis que l'autre le dessine en petit. Symétrie, puisque chaque bras gesticule; mais asymétrie, puisque les deux gestes sont inégaux.
C'est non seulement pour la stabilité, mais aussi pour la grâce de l'attitude qu'un pied doit se placer plus ou moins devant l'autre. Assis, on ne risque pas de chanceler, et pourtant, dans la position assise, il convient aussi, généralement, qu'un pied dépasse l'autre. Pas trop de symétrie!
Nous pourrions pousser plus loin celte analyse de la grâce. Nous avons mieux à faire... ne serait-ce que par égard pour ceux de nos lecteurs qui ont dû bien des fois nous accuser d'un goût immodéré pour la minutie : nous avons à vous donner quelques derniers conseils.
Observez les chefs-d'œuvre de la sculpture et de la peinture qui représentent l'être humain dans son ensemble et dans sa beauté; observez les enfants, les tout jeunes enfants, dont tant de gestes sont des mer-
veilles de grâce; observez les gens réellement distingués (vous savez, n'est-ce-pas? qu'on ne les rencontre pas toujours dans ce qu'il est convenu de nommer le grand monde). Enfin, pratiquez les sports, surtout l'escrime.
La danse, elle aussi, est pour vous un excellent exercice. Nous ne confondons pas une seconde la véritable grâce avec la mignardise prétentieuse et ridicule de maints cavaliers. Nous demandons à l'homme la grâce virile, comme nous demandons à la femme la grâce féminine, bien différente elle-même de l'afféterie. Nommez comme vous voudrez, mais, si vous ne l'avez pas, tâchez d'acquérir l'élégance, la poésie de l'attitude et du geste.