‹ L'art de dire, dans la lecture et la r©citation, dans la causerie et le descoursChapitre 154 sur 175 · L'HABITUDE DE LA PAROLE · texte numérisé non relu

L'HABITUDE DE LA PAROLE

« Il y en a qui parlent bien, et qui n'écrivent pas de môme. C'est que le lieu, les assistants, etc., les échauffent, et tirent de leur esprit plus qu'ils ne trouveraient sans cette chaleur. »

Si vous êtes de ces hommes dont parle Pascal, nous n'avons plus aucun conseil à vous offrir; dans le discours, dans la conférence, dans l'allocution, vous n'avez qu'à conformer votre diction et votre mimique aux principes que nous avons exposés, à ceux du moins qui vous ont paru vrais. Si vous n'êtes pas de ces hommes, voici ce que nous avons d'abord à vous dire.

C'est dans la vie de chaque jour que vous devez vous préparer à l'art oratoire.

Formulez vos idées, vos impressions, vos sentiments. Songez à des faits et mettez-les en récits. Imaginez des situations et ce qu'elles vous fourniraient l'occasion de dire au public.

Le travail mental ne vous suffit pas : il faut que, seul avec vous-même, chez vous, en pleine nature, vous parliez; il faut vous créer une masse de phrases, les répéter, en retenir un grand nombre et toujours en forger de nouvelles.

On sait que c'est grâce en partie à ces exercices que Démosthène vainquit en lui les difficultés qui s'opposaient à l'éloquence. De combien d'autres orateurs ont-ils dû contribuer à former le talent, le génie!

Parlez! pensez tout haut!

Dans la conversation, beaucoup de personnes, non les moins intelligentes, non les moins instruites, négligent plus ou moins la façon d'exprimer leurs pensées. On a certains mots qu'on répète un] nombre infini de fois. Vous connaissez certainement] le monsieur ou la dame qui se sert à chaque instanta du « n'est-ce pas? » Au lieu d'employer le terme] précis, on recourt à la commodité du « chose », du] « machin ». On n'achève pas ses phrases. On laisse] outre mesure aux gestes le soin de manifester sesl idées.

Corrigez-vous de défauts semblables. Avec vos amis, vos relations, vous devez vous habituera parler comme vous aurez à le faire devant le public.

De l'auditoire que vous offre un salon, vous devez profiler pour vous exercer à la parole. Certes, le hâbleur, l'éternel conférencier, le simple bavard sont de désagréables spécimens de l'humanité. Il est moralement évident qu'on doit donner son avis sur telle question d'art ou de science, par exemple, avec la même circonspection que si l'on se trouvait en^ présence d'un artiste, d'un savant. Il faut écouter.; Mais chacun a son expérience, et, pourvu qu'on soitj sincère, on a toujours le droit et parfois le devoir dej narrer des faits, d'émettre des idées.

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