‹ L'art de dire, dans la lecture et la r©citation, dans la causerie et le descoursChapitre 160 sur 175 · Discours sur raLolition de l'esclavage · texte numérisé non relu

Discours sur raLolition de l'esclavage

touchait à sa dernière heure, quand ses amis vinrent lui annoncer que l'acte libérateur était voté, et que son idée à lui, son idée bafouée, calomniée, injuriée, déchirée comme le vêtement du martyr pendant un demi-siècle, était devenue une loi de sou pays, et bientôt serait infailliblement une loi de l'humanité! Le saint vieillard, absorbé déjà dans les pensées éternelles, et qui depuis longtemps n'avait pas proféré une parole, parut se ranimer comme une flamme remuée sous la cendre; il joignit ses mains amaigries par la vieillesse et consumées par le zèle ; il les éleva vers le ciel, d'où lui était venu le courage et d'où lui venait enfin la victoire : « Ce que j'ai fait est bien! je meurs content ». Et son esprit monta peu d'instants après dans l'éternité, emportant avec lui devant Dieu les chaînes brisées d'un million d'hommes!

Nous venons d'entendre un prêtre, puis un poète : écoutons un savant, Paul Bert.

Il va parler de Claude Bernard'. Pour démontrer qu'un orateur peut être un penseur, nous n'aurions qu'à donner toute sa conférence. Mais voyez comment il débute.

Mesdames, Messieurs,

Je n'emploie pas une vaine formule oratoire en vous disant que je me sens profondément ému. Bien que la vie scientifique, que les travaux de Claude Bernard, doivent seuls nous occuper ici, je ne puis écarter de ma pensée de douloureux et récents souvenirs. Il y a un an à peine, presque à pareil jour, succombait celui que tous appelaient maître, et qui, pour quelques-uns de ceux qui m'écoutent et pour moi-même, était le guide de tous les jours, le protecteur affectueux et dévoué, en quelque sorte le père scientifique.

Qui ne sentirait l'émotion de ces paroles?

Et c'est le même homme qui, à une distribution de prix, plaisantera ainsi :

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