‹ L'art de dire, dans la lecture et la r©citation, dans la causerie et le descoursChapitre 57 sur 175 · DIFFERENCES DES PAUSES · texte numérisé non relu

DIFFERENCES DES PAUSES

Nous verrons combien les pauses diffèrent entre elles dans l'élocution expressive. D'ores et déjà, en ne nous occupant que du débit en lui-même et non des sentiments à lui faire exprimer, nous devons noter qu'elles varient de longueur, même en étant marquées du même signe de ponctuation. Indiquons par le signe \ celles qui doivent être courtes (au point d'être souvent presque imperceptibles) relativement à celles que nous indiquons par le signe | .

L'incise ' est plus rapprochée du mot initial ou du premier groupe de mots que du second :

« J'ai vu, : dit-il, | un chou plus grand qu'une maison. — Et moi, I dit l'autre, | un pot aussi grand qu'une église ». Le premier se moquant, l'autre reprit : « Tout deux; On le fit pour cuire vos choux. »

La FoisTAiiNE, le Dépositaire infidèle.

1. Mots formant un sens à part et interrompant un groupe de mots.

Bien entendu, la pause avant l'incise augmente, favorise l'aspiration, si le premier groupe de mots est long :

— '( Ah! voilà quatre-vingts volumes de recueils d'une académie des scieuces, | s'écria Martin ; || il se peut qu'il y ait là du bon. »

Voltaire, Candide.

Le vocatif est aussi plus rapproché du premier groupe que du second :

Cela est faux, \ mes pères, | que, la défense étant permise, le meurtre soit aussi permis.

Pascal, les Provinciales.

La pause qui précède le vocatif augmente si le premier groupe est long :

Tu fuis comme les eaux et comme les nuages. Les nuages confus que déforment les vents, | 0 Lune, 1| et nous aimons tes prestiges mouvants, || 0 Lune, blanche nef de la mer sans rivages!

Paul Guigoij, Sous la lune d'automne.

En somme, ce qui produit le plus ou moins de séparation entre les groupes, c'est leur plus ou moins de longueur. Quant à savoir duquel doit plutôt se rapprocher la partie détachée, c'est à l'analyse logique de nous l'apprendre, en nous désignant celui auquel elle appartient.

Le chêne | un jour | dit au roseau....

Mais, : quand approchait la saison des vendanges, || tout prenait \ dans la cour | un aspect de travail, i de vie et de gaîté, I qui métamorphosait le pays. |1 Les paysans apportaient de l'eau dans leurs chars | pour étancher ;• dans les pressoirs | les profondes cuves qu'ils devaient bientôt

remplir de raisins; || les couples de bœufs l'aurore, | élevant et abaissant, | sous un joug commun, ] leurs têtes intelligentes, || ruminaient, i à côté du timon, | les brassées de foin que les enfants leur donnaient.... Lamartine, Mémoires.

Aux pays oîi le soleil brille, i Près d'un temple grec ou latin, || Les beaux pieds d'une jeune fille, \ Sentant la bruyère et le thym, || En te frappant de leurs sandales, | Auraient mieux réjoui tes dalles Qu'une pantoufle de satin.

Ml'sset, Sur trois marches de marbre rose.

Habituez-vous à varier logiquement la durée de vos piauses, ne serait-ce que pour éviter des contresens. Voyez celui que vous commettriez en ponctuant insuffisamment après thym.

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