‹ L'art de dire le monologueChapitre 25 sur 33 · LE CHIRURGIEN DU ROI S'AMUSE · texte numérisé non relu

LE CHIRURGIEN DU ROI S'AMUSE

(monologua de ARNOLD MORTIER)

M. Arnold Mortier, dans le monologue Le Chirurgien du Roi s amuse ^ étude satirique des plus drôles sur les ambitions non justifiées d*un jeune élève du Conservatoire qui croît pouvoir créer d'une façon immortelle un rôle qui a trois vers, a fait un véritable cours de diction sur les différentes manières de dire ce Elle est morte ! » au dernier acte du drame de Victor Hugo.

Je n'ai qu'à transcrire le texte d'Arnold

176 l'art de dire le monologue I

Mortier^ je passe sur la situation du chirurgien arrêté la nuit par Triboulet sur le quai des Tournelles et constatant que la fille du bouffon, Blanche, a trépassé; tout le monde connaît cette situation, j'arrive au texte du milieu du monologue du Chirurgien du roi

s^ amuse :

« Mais il y a tant de façons de dire : a Eîk est morte ! » Fallait-il le dire du ton indiffe'rent de l'homme de science qui fait ce qu'il peut pour soulager ceux qui souffrent ; mais ne donne pas son cœur à toutes les misères humaines : — a Elle est morte! mon Dieu oui, je n'y peux rien »

Ou comme un chirurgien bourru qui passe, et qui voyant qu'il n'y a plus rien à faire, ne demande, après tout, qu'à ne pas perdre son temps : « Elle est morte ! Mon Dieu ! oui, elle est morte, laissez-moi tranquille, elle est morte !.... »

a Ou bien fallait-il avoir l'air de s'intéresser au vieux père et dire avec des larmes dans les yeux : « mon pauvre vieux, elle est ntorte, c'est affreux !... pauvre enfant ! Elle est morte ! »

Etait-il bon de se prononcer tout de suite ! a Elle est mortel a> sans hésitation, en chirurgien sûr de son fait et qui a à peine vu la victime et qui crie : « Elle est morte I » Valait-il mieux détailler le rôle ? Alors voilà ce que je comptais faire, je suis un chirurgien bûcheur, plein de talent, actif, ardent.

« Je traverse la scène, on m'arrête. Un seul geste et j'ai compris.

Je me précipite vers la pauvre jeune fille ; je m'agenouille, en indiquant par un jeu de physionomie que cette enfant m'est tout à fait sympathique. Je l'examine, je lui tâte le pouls, je colle l'oreille contre son cœur. Les spectateurs qui étaient déjà debout retirent leur pardessus et se rassoient intrigués. Il y a des personnes qui se disent : a Elle n'est peut-être pas morte ! ! » On est anxieux, je ne me prononce pas tout de suite, je tire de ma poche un petit miroir, je le pose sur les lèvres de la pauvre enfant, et, après un silence terrible, je dis : « Elle est morte I »

« Ou fallait-il mieux le dire en homme qui ne veut pas faire de peine au père, et qui, par délicatesse ne met que le public dans sa confidence, {la main en cornet autour des lèvres) <c Elle est morte ! »

« Sera-ce d'une voix grave : « Elle est morte ! » a Ou d'une voix flûtée ; « Elle est morte \ »

« Des deux peut-être : « Elle est morte !.... » « J'aurais choisi dans toutes ces façons-là qui ^oat ^xceiienti^s. ^

Etc

La leçon est vraiment parfaite ; et le monologue est un bijou de finesse.

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