LOUIS
Ah ! si dans mes tourments vous descendiez, mon père, Je vous arracherais des larmes de pitié !
Les angoisses du corps n’en sont qu’une moitié, Poignante, intolérable, et !& moindre peut-être. Je ne me plais qu'aux lieux où je ne puis pas être. En vain, je sors de moi : fils rebelle jadis, Je me vois dans mon père et me crains dans mon fils. Je n'ai pas un ami : je hais ou je méprise ; L'etfroi me tord le cœur sans jamais lîcher prise, Il n’est point de retraite où j’échappe aux remords ; Je veux fuir les vivants, je suis avec les morts. Ce sont des jours affreux ; j’ai des nuits plus terribles ! L'ombre pour m’abuser prend des formes visibles : Le silence me purle, et mon Sauveur me dit, Quand je viens de prier : ‘‘ Que me veux-tu, maudit ? ?? Un démon, si je dors, s’assied sur ma poitrine. Je l’écari ; un fer nu s’y plonge et m’'assassine. Je me lève éperdu ; des flots de sang humain Viennent battre ma couche, elle y nage, et ma main Que penche sur leur gouffre une main qui la glace, Sent des lambeaux hideux monter à leur surface. C. DELAVIGNE.
Six siècles s'étaient écoulés depuis la prédication de l'Evangile. À ce moment, dans un coin du globe séparé de tout le reste pur des solitudes de sable, entre l’ Egypte et la Palestine, au sein d’une race qui descendait d'Abraham et qui en avait conservé la glorieuse tradition, à l’ombre du nom le plus gracieux qui ait jamais désigné à l’oreille de l’homme une patrie, dans l'Arabie enfin, un homme naquit. Il venait tard pour fonder une doctrine ; car il venait après le Christ, lorsque déjà tout l'empire romain obéissait à la croix, et que les branches de cet arbre vigoureux se croisaient de la Syrie à l'Egypte et à l’Abyssinie, [l n’eut pas peur cependant ; il connut l'Evangile ; il jugea. en le lisant, l’infériorité morale de son pays, partagé entre l'idolâtrie et les souvenirs abrahamiques, et, sans accepter le joug du Christ dédaignant le rôle d'hérésiarque aussi bien que celui de fidèle, il se posa entre le monde ancien qui expirait et le monte nouveau qui surgissait de toutes parts, espérant les écraser tous les deux, et se faire, sur leur double ruine, le précepteur dernier et le dominateur unique du genre humain. Il fonda l'Islam, que l’on à bien pu appeler une herésie, à cause de certaines ressemblances manifestes avec le système chrétien, mais qui s’en sépare par la négation absolue de la Trinité et de la divinité de Jésus-Christ, et qui n’est au fond qu’un déisme traditionnel ayant pour type plus où moins exact les croyances et les mœurs de l’époque patriarcale.
Le nom d'Abraham remplit le Coran tout entier ; il est la vie de l’Islam. C’est Abraham que Mahomet à voulu substituer à Jésus-Christ; c’est par Abraham
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qu'il à espéré renverser à la fois le christianisme et l'idolâtrie : Abraham a été pour lui ce que les premiers siècles chrétiens ont été plus tard pour Luther. Mahomet s'était retourné vers le passé, et y avait choisi un point qu'il estimait le vrai point du temps et de la vérité,
Il réussit, Messieurs ; il fonda sa doctrine, et, après douze cents ans, plusieurs peuples datent encore leur histoire par son hégire victorieux. Mais qu’en est-il résulté pour les mœurs ? Quel a été, sous le rapport de la chasteté, le fruit de cette mémorable fondation ? Je n'ai pas besoin de vous le dire, Messieurs ; vous connaissez l’affreuse dépravation des peuples alé. métans, tombés au-dessous des mœurs de la Grèce et de Rome, vivant, en vertu de leur loi, dans la polygamie là plus effrénée, ayant abaissé la femme dans une servitude et une honte plus grandes que ne les lui avait faites la société païenne, et affichant des excès qu'aucune Cole ne saurait retracer. \ |
Et ne croyez pas que Mahomet l’ait voulu. Non Messieurs, Mahomet ne l’a pas voulu : Mahomet, done tout fondateur, à voulu élever son peuple, et il y «à réussi sous certains rapports. Il est manifeste que intention et son orgueil étaient de rappeler à la vie la civilisation transitoire des patriarches, et la Clan en est une démonstration, aussi bien que l'esprit d'hospitalité qui respire dans le Coran. Mahomet n’a ne voulu corrompre l'Arabie, mais la régénérer, la ses r au temps de ses célèbres et pieux ancêtres. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait en réalité ? Parce qu’il n’a pas pu. Ni son cœur n'a été assez pur, ni sa main n’a été je forte pour imposer aux populations qu'il prétendait régir, la sainteté et la chasteté. L’Arabe, comme un cheval indompté, a bien obéi à son maître, quand ce
maitre l'a lancé par le monde, avec un coup d'éperon qui lui promettait la victoire ; il s’est bien jeté, la tête ardente, les jarrete souples, le poil hérissé, pour niveler les peuples sous son puissant passage ; mais quand il à fallu lui mettre à la bouche le frein de la pureté, il en a broyé les anneaux d'acier, et il s'est trouvé que la doctrine qui le poussait à la conquête du monde était une doctrine moins fortement trempée que ses muscles
et son poitrail.
LACORDAIRE
LES FEMMES SAVANTES, Æ,. Il, SC. 7,