‹ L'art de dire [microforme]Chapitre 12 sur 144 · CES · texte numérisé non relu

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Marseille où à Bordeaux ”...... L'usage qu'il faut adopter n’est donc ‘“ pas lusage de Paris, mais l'usage accepté comme bon à Paris par le plus grand nombre des gens bien élevés, des honnêtes gens, comme on disait au grand siècle.” [Il y à, esoérons-le, de ces honnîtes gens ailleurs qu'à Paris, et bien qu'il en coûte plus d'étude et d'attention, on peut acquérir une bonne prononciation sans vivre dans la Ville-Lumière.

En prononçant, ayons donc en vue et Pusage et la règle, et ne eraignons pas de corriger au besoin celle-ci par celui-là.

Mais l'usage n’est pas toujours légitime et de bon aloi. Aïnsi, 1l ne faudrait pas prendre pour loi consacrée par l'usage, le laisser-aller de la conversation ; la lecture n’admet point certaines négligences, certaines incorrections, que la familiarité de la conversation tolère. ‘Il faut lire comme on parle ”, est une maxime chère aux .paresseux, et à laquelle il est dangereux de se fier, quand il s’agit de prononciation. Du reste, lorsqu'il y a doute sur la légitimité de l’usage, le jugement des grammairiens doit prévaloir.

Sachons garder une juste mesure, et ne point adopter, pour nous conformer à l’usage, une prononciation vulgaire. Evitons l’un et l’autre excès :

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ni vulgarité, ni affectation. Molière, qu'on n° saurait trop souvent consulter -dessus, à dit :

Toujours au plus grand nombre il faut s'acecomimoder, Et jamais il ne faut se faire regarder.

L'un et l’autre excès choque, et tout homme bien sage Doit faire des habits ainsi que du langage, |

N'v rien trop atfecter, et, sans empressement,

Suivre ce que l’usage v fait de changement.

Indiquer ici les diverses prononciations des voyelles dans les mots de la langue française, serait faire une nomenclature ennuyeuse et inutile.

L'enseignement oral et la fréquentation de ceux qui parlent bien sont en cela plus efflcaces que tous les traités de prononciation. Ayons un peu de bonne volonté. Faisons attention surtout aux voyelles a et e, et aux voyelles nasales. Tous nos défauts portent sur ces voyelles ; nous les confondons, nous les faisons brèves quand elles sont longues, et longues quand elles sont brèves ; en un mot, nous n'avons pas le respect des accents.

Ainsi, la plupart des & aigus sont pour nous des a graves. Cependant, il n’est pas plus difficile de dire la que /4. Pourquoi, dans le mot Canada, affubler l’a final d’un accent circonflexe, alors que nous conservons si facile aent aux deux premières syllabes le son aigu q: ‘ar convient ?

ph OO bd be

A Me je Chaque fois que se rencontre la voyelle e, c'est it: encore la même ignorance des accents. Nous l'1R os Ë disons, par exemple : { À 1 Lés rochers en sont teints : ls ronces dégouttantes FETE ê Portent de sés cheveux /és dépouilles sanglantes. à (RACINE) 4 En conversation, cette prononciation serait une | licence permise ; mais le lecteur doit prononcer : 1 i des 1 lès rochers, ..../ès ronces,....sès cheveux... 7/ès | , serait % dépouilles . ..…. {} nutile. : Il en est de même pour la vovelle 4, que | ceux À nous prononçons comme l’é fermé, quand elle doit il es que j avoir le son de l’? ouvert, comme dans : mais, et b n peu \ qu’au contraire nous prononçons comme lè ouvert, À ut aux ! alors que par exception elle prend le son de l{ ll Jus nOS { fermé, comme dans : je sais. 1 confon- 1 Nous confondons entre elles les quatre voyelles 1 ès sou | nasales. Il est pourtant facile de les distinguer fl es ; en 1 les unes des autres, et de donner à chacune le son 1 ccents. : qui lui est propre. Chaque voyelle nasale à une | r nous 4 voyelle pure correspondante : Î difficile 1 | an, cest l’a nasal, i anada, 4 in, cest V6 nasal, | >, alors 1 on, cest lo nasal, } IX pre- } un, c'est le nasal. | nt ? à k 4 Eh bien, dans la prononciation d’une voyelle

nasale, la position des organes phonateurs est

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presque identique à celle que les grammairiens indiquent pour lémission de la voyelle pure correspondante, avec cette seule différence que le voile du palais est abaissé.

N’entrons pas dans plus de détails ; cette matière relève de la grammiure plutôt que de la diction.

Il est pourtant une question, que ne décident ni la grammaire ni l’usage, et qu’il importe de traiter immédiatement ; c'est la question des e muets.

L’e muet est mal nommé. Car cette voyelle n’est pas muette, elle sonne ; si elle ne sonnait pas, elle ne serait plus une voyelle. Supprimer entièrement les e que l’on est convenu d'appeler sets, serait priver le discours d’un élément important de grâce et d'élégance. “Ces désinences laissent dans l'oreille un son qui subsiste encore après le mot prononcé, comme un clavier qui résonne quand les doigts ne frappent plus les touches.” (1)

La règle générale est qu’il faut prononcer les e muets.

Ainsi, dans la phrase suivante :

Quand vous avez prié, ne sentez-vous pas votre cœur plus léger et votre &me plus contente ? (LAMENXAIS.) celui qui prononcerait : votr’eœur, 4m plus contente aurait une diction vulgaire.

(1) Voltaire.

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Mais, on l’a vu, l’art de la prononciation est fait d’éclectisme, et le rigorisme trop étroit de la grammaire y est souvent tempéré par les lois plus douces de l'usage ; il est, avec la règle, des accommodements. Eh bien, pour l’e muet comme pour les autres voyelles, certaines dérogations à la règle générale sont permises.

Inutile de dire que, pour éviter un hiatus, l’e muet s’élide devant une voyelle ou devant une h non aspirée. Il y a des exceptions plus considérables.

Au milieu des mots, e est souvent réellement muet, Comme dans souverain, devenir, vivement, etc., qui se prononcent : souv’rain, dev’nir, viv'ment. Au contraire, dans la première syllabe d’un mot, e se prononce presque toujours : petit, ressembler, demoiselle, etc. |

Toutefois, il faut distinguer entre la lecture ou la récitation et le discours, entre le lecteur et l’orateur. La prononciation, soignée ou négligée, marque, mieux encore peut-être que les inflexions de la voix, la noblesse ou la faniiiarité des idées, la délicatesse ou la force des sentiments. Or, l’orateur, maître de sa phrase, ne relève que de lui-même ; souvent son sentiment intime, son tempérament, son caractère lui imposent des élisions d’e muets, que la qualité d’interprète ne

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permet pas au lecteur, Celui-ci en effet ne s’'appartient pas, il est tout à son auteur ; et quand dans la phrase à dire un e muet se rencontre, il ne peut l’élider que si l'oreille le réclame.

Par élision, nous n’entendons pas la suppression des e muets ; il faut, non pas omettre complètement de prononcer les e muets, mais ‘“ les prononcer'sans les faire sentir.” (1) Legouvé, sur ce point, s’exprime ainsi : % Pour un lecteur habile, il y a très peu d’e absolument muets. Son art consiste à ce que les auditeurs les devinent, les sentent, même quand, lui, il ne les fait pas complètement sentir. La voix possède pour cela des ressources merveilleuses ; le lecteur qui sait son métier emploie, au besoin, une variété de timbres, une multitude de clairs-obscurs, de demi-teintes, de façons de glisser, d'indiquer, d'esquisser, qui établissent mille liens légers entre les mots, et qui, sans donner aucune raideur au discours, lui laissent toute sa force, toute son harmonie, tout son relief, C’est affaire de mesure. I faut sous-erprimer les e muets, non pas les supprimer.”

En second lieu, les circonstances du récit, le caractère et l’âge du personnage, le genre tragique ou comique du morceau, exercent aussi une certaine influence sur la prononciation. Un

(1) Bourgain.

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homme mûr fera sentir des e muets, qu’un enfant escamotera. La tragédie exige qu'on prononce les e muets, quand la comédie veut parfois une espèce de négligence, un laisser-aller, qui autorise leur élision.

Il est encore important de savoir que la prononeiation des « muets, de tous les e muets, est absolument nécessaire à qui veut se faire entendre dans un vaste local, tandis que, devant un auditoire de chambre, on peut les sous-exprimer pour les faire sous-entendre, |

Enfin, une cacophonie à éviter justifie l’élision de l’e muet.

Tout ce qui précède concerne la prose. Mais il existe, sur ce point, une différence entre la diction de la prose et la diction des vers. Dans les vers, les e muets ne s’élident Jamais. La règle s'applique iei sans ménagement. Une sonorité étrange ou même discordante, provenant d’e muets mal placés dans un vers, est une faute du poète dont le diseur n'est pas responsable, Les vers sont les vers ; si l’auteur eût préféré écrire en prose, il l'eût fait ; mais puisqu'il a composé son vers de l’harmonieuse et rythmique distribution de douze syllabes choisies, de quel droit retranchez-vous de ce vers tous les e muets, pour en faire une ligne de prose vulgaire, sans rythme ni mélodie? Puis-

qu’il a jugé bon de faire alterner les consonnançes

masculines et féminines, de quelle autorité croyez-

vous devoir changer cette disposition des rimes ?

Et ne parlez pas de naturel et de vérité ! Pour être |

naturelle et vraie, la poésie doit rester la poésie. À

D'ailleurs, il n’y a pas que le rythme des vers É qui profite de la prononciation des e muets ; l’ex-

pression aussi y est singulièrement intéressée. É so

Lafontaine nous parle de Dame Belette : et C’est une rusée !......

el

dit-il. Prolongez le son de l’é fermé du mot rusée, 1 en le ramenant insensiblement au son de l’emuet, et en l’éteignant au moment où ce dernier va se faire entendre (c’est ainsi que l’on doit faire, chaque fois que se présente, à la rime, un e muet précédé d’une voyelle) : le caractère de la dame au nez pointu en sera mieux dessiné.

Dans ce vers des Femmes Savantes :

agree PTS us

Mon Dieu ! que votre esprit est d’un étage bas ! pour bien lancer le mot bas, qui dit tout le mépris d’Armande, il faut préparer la voix, en appuyant, quoique avec modération, sur l’e muet final du mot étage.

Telles sont les règles de la prononciation des e muets. Appliquons-nous à les faire sentir ; nous n'avons que trop de tendance à les supprimer.

usée, nuet, va se faire, muet dame

1épris Lyant, al du

des e nous er.

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