‹ L'art de dire [microforme]Chapitre 121 sur 144 · CINE · texte numérisé non relu

CINE

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MORCEAUX CHOISIS 237 flottes victorieuses, de grands monuments fondés, et, malgré de funestes revers, un descendant de Louis XIV, placé sur un trône étranger. Voyez cette foule de généaux habiles, d'hommes d'Etat, d'hommes de génie, qui se succèdent sans interruption, pendant un demi-siècle, pour ne manquer jamais au choix du souverain. Condé avait défendu l'enfance de Louis XE£IV : Villars et Vendôme soutiennent sa vieillesse. Bossuet et Fénelou élèvent ses fils et les enfants de ses fils Pendant une longue prospérité, il est grand de la gloire de ses sujets : et, quand la fortune l’abandonne, quand ses appuis se brisent, quand sa race est près de s’éteindre, il montre une âme héroïque, porte avec fermeté le poids de l'empire et des revers, et meurt le dernier des hommes illustres de son règne, comme pour annoncer que le grand siècle était achevé.

Certes, Messieurs, ce tableau n’est pas sans ombres : cette gloire ne fut pas sañs mélange et sans erreurs. Louis XIV à recueilli plus qu'il n’a fait peut-être. Le génie de notre nation fermentait depuis plusieurs siècles, au milieu des restes de la barbarie, et du chaos de la guerre civile. IL était mûr pour enfanter de grandes choses ; et toutes les forces du courage, de l'intelligence et du talent, semblaient, par un mystérieux accord, éclater à la fois Mais cette active fécondité de la nature fut réglée, pour ainsi dire, pur la fortune et les regards d’un homme. L'ordre et la majesté se montrèrent en même temps que la vigueur et la richesse ; et le souverain parut avoir créé toutes les grandeurs qu’il mettait à leur place. L’enthousiasme s'accrut par cette illusion ; et l’idolâtrie des cours devint, pour la première fois, l'inspiration du génie.

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Qu'’elles sont brillantes, en effet, ces vingt premières années du gouvernement de Louis XIV! Un roi plein d’ardeur et d'espérance saisit lui-même ce sceptre qui, depuis Henri le Grand, n'avait été soutenu que par des favoris et des ministres. Son âme, que l’on croyait subjuguée par la mollesse et les plaisirs, se déploie, s’affermit et s’éclaire, à mesure qu’il a besoin de régner. Ilse montre vaillant, laborieux, ami de la justice et de la gloire : quelque chose de généreux se mêle aux premiers calculs de sa politique. Il envoie des Français défendre la chrétienté contre les Turcs, en Allemagne et dans les îles de Crète ; il est protecteur avant d’être conquérant ; et, lorsque l’ambition l’entraîne à la guerre, ses armes heureuses et rapides paraissent justes à la France éblouie. La pompe des fêtes se méèle aux travaux de la guerre ; les jeux du Carrousel, aux assauts de Valenciennes et de Lille. Cette altière noblesse, qui fournissait des chefs aux factions, et que Richelieu ne savait dompter que par les échafauds, est séduite par les paroles de Louis, et récompensée par les périls qu’il lui accorde à ses côtés. La Flandre est conquise ; l'Océan et la Méditerranée sont réunis ; de vastes ports sont creusés ; une enceinte de forteresses environne la France ; les colonnades du Louvre s'élèvent ; les jardins de Versailles se dessinent ; l'industrie des Pays-Bas et de la Hollande se voit surpassée par les ateliers nouveaux de la France ; une émulation de travail, d'éclat, de grandeur, est partout répandue ; un langage sublime et nouveau célèbre toutes ces merveilles, et les agrandit pour l’avenir. Les épîtres de Boileau sont datées des conquêtes de Louis XIV ; Racine. porte sur la scène les faiblesses et l'élégance de la cour ; Molière doit à la puissance du trône la liberté

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