‹ L'art de dire [microforme]Chapitre 122 sur 144 · LE SOULIER DE CORNEIL..E · texte numérisé non relu

LE SOULIER DE CORNEIL..E

Par une rue étroite, au cœur du vieux Paris, Au milieu des passants, du tumulte et des cris, La tête dans le ciel, et le pied dans la fange, Cheminait à pas lents une figure étrange :

C'était un grand vieillard sévèrement drapé, Noble et sainte misère, en son manteau râpé ! Son œil d’aigle, son front argenté vers les ternipes, Rappelaient les fiertés des plus mâles estampes, Et l’on eût dit, à voir ce masque souverain,

Une médaille antique à frapper en airain.

Le vieillard s’arrêta dans une pauvre échoppe. Le Roi-Soleil alors illuminait l’Europe,

Et les peuples baissaient leurs regards éblouis Devant cet Apollon qui s'appelait Louis.

A le chanter Boileau passait ses doctes veilles ; Pour le loger Mansard entassait ses merveilles. Cependant, en un bouge, auprès d’un savetier, Pied nu, le grand Corneille attendait son soulier ! “ur la poussière d’or de sa terre bénie,

Homère, sans chaussure, aux chemins d’Ionie, Pouvait marcher jadis avec l'antiquité,

Beau comme un marbre grec par Phidias sculpté. Mais Homère, à Paris, sans crainte du scandale, Un jour de pluie, eût fait recoudre sa sandale ; Ainsi faisait l’auteur d'Horace et de Cinna,

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