LA CHANTEUSE
La pauvre enfant, le long des pelouses du bois, Mendiait : elle avait des larmes véritables ;
Et d’un air humble et doux, joignant ses petits doigts, Elle couruit après les ämes charitables.
De longs cheveux touffus chargeaient son front hâlé ; Ses talons étaient gris de poussière, et sa robe N'était qu’un vieux jupon à sa taille enroulé,
Où la nudité maigre à peine se dérobe !
Elle allait aux passants, les suivait pas à pas,
Et disait, sans changer un mot, la même histoire, De celles qu’on écoute et que l’on ne croit pas : Car notre conscience aurait trop peur d’y croire !
X; ss, Î ; 4 ; 4 l En un ; d'œil, À £
Elle voulait un sou, du pain,—rien qu'un morceau ! Elle avait, je ne sais dans quelle horrible rue,
Des parents sans travail, des frères au berceau,
La famille du pauvre, à peine secourue !
Puis, qu’on donnât ou non, elle essuyait ses pleurs Et s'en retournait vite aux gazons pleins de mousses, S'amusait d’un insecte, épluchait quelques fleurs, Des tailiis printaniers brisait les jeunes pousses ;
Et chantait ! le soleil riait dans sa chanson ! C'était quelque lambeau des refrains populaires, Et, pareille au linot, de buisson en buisson, Elle licait au ciel ses notes les plus claires !
O soutHe des beaux jours ! mystérieux pouvoir D'un rayon de soleil et d’une fleur éclose !
Ivresse d'écouter, de sentir et de voir !
Enchantement di:in qui sort de toute chose !
L'enfant, au renouveuu, peut-il gémir longtemps ? Le brin d'herbe l’amuse et la feuille l’attire ! Sait-on combien de pleurs peut sécher un printemps, Et le peu dont le pauvre a besoin pour sourire ?
Je la regardais vivre et l’entendais de loin.
Comme un fardeau que pose un enfant qui s’arrête, Elle allégeait son cœur, se croyant sans témoin,
Et les senteurs d'avril lui montaient à la tête !
Puis, bientôt s’éveillant, prise d’un souvenir, Elle accostait encor les passants, triste et lente ; Son visage à l’instant savait se rembrunir
Et sa voix se traînait et larmoyait dolente !
Mais quand elle arriva vers moi, tendant la main, Avec ses yeux mouillés et son air de détresse :
‘ Non ! lui dis-je. Va-t’en ! et passe ton chemin ! Je te suivais : il faut pour tromper plus d'adresse.
‘Tes parents t'ont montré cette douleur qui ment ! Tu pleures maintenant : tu chantais tout à l’heure ! ” L'enfant leva les yeux et me dit simplement : | Î
‘C'estpour moi que je chante, et pour eux que je [pleure.””