EUGÈNE MANUEL
LE DRHAHAPEAU
Voyez-vous, disait souvent le vieux capitaine en frappant sur la table, vous ne savez pas, vous autres, ce que c’est que le drapeau. Il faut avoir été soldat ; il faut avoir passé la frontière et marché sur des chemins qui ne sont pas ceux de la France ; il faut avoir été éloigné du pays, sevré de toute parole qu’on x parlée depuis l'enfance ; il faut s'être dit, pendant les journées d'étapes et de fatigue, que tout ce qui reste de la patrie absente, c'est le lambeau de soie aux trois couleurs françaises qui | clapote, là-bas, au centre du bataillon ; il faut n’avoir eu, dans la fumée du combat, d’autre point de ralliement que ce morceau d’étoffe déchirée, pour comprendre, pour sentir, tout ce que renferme dans ses plis cette chose sacrée qu’on appelle le drapeau, Le drapeau, mes pauvres amis, mais sachez-le bien, c’est, contenu dans
un seul mot, rendu palpable dans un seul objet, tout ce 1 qui fut, tout ce qui est la vie de chacun de nous ; le À
foyer où l’on naquit, le coin de terre où l’on grandit, le
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