JULES CLARETIE
REPONSE A UNE ÆACCUSATION
Mirabeau ayant demandé qu'on aecordât au rot et à la nation le droit de décider concurremment de la paix et de la
guerre, un libelle fut répandu, qui portait pour titre : La grande trahison de Mirabeau découverte, Ce libelle fut remis à Mirabeau le 22 mai 1790, comine à entrait à lAsseinblée constituante. Ille pareourut et s écria : ‘Jen sais assez ! On m'emportera de l Assemblée triomphant où en
lambeaux !7? Puis il prononça un discours dont voici l’exrorde.
On répand depuis huit jours que la section de l’ Assemblée nationale qui veut le concours de la volonté royale dans l’exercice du droit de la paix et de la guerre est parricide de la liberté publique ; on répand les bruits de perfidie, de corruption ; on invoque les vengeances populaires pour soutenir la tyrannie des opinions. On dirait qu’on ne peut sans crime avoir deux avis dans une
| des questions les plus délicates et les plus difficiles de l’organisation sociale.
C’est une étrange manie, c’est un déplorable aveuglement que celui qui anime ainsi les uns contre les autres des hommes qu’un méme but, un sentiment indestructible, devraient, au milieu des débats les plus acharnés, toujours rapprocher, toujours réunir ; des hommes qui
substituent ainsi l’irascibilité de l’amour-propre au culte
ce
né-
de la patrie, et se livrent les uns et les autres aux préventions populaires !
Et moi aussi, on voulait, il y à peu de jours, me porter en triomphe, et maintenant on erie dans les rues : La grande trahison du conte de Mirabean tt... Je n'avais pas besoin de cette leçon pour savoir qu’il y à peu de distance du Capitole à la roche Tarpéienne. Mais l’homme qui combat pour la raison, pour la patrie, ne se tient pas si aisément pour vaincu. Celui qui a la conscience d’avoir bien mérité de son pays, et surtout de lui être encore utile ; celui que ne rassasie pas une vaine célébrité, et qui dédaigne les succès d’un jour pour la véritable gloire ; celui qui veut dire la vérité, qui veut faire le bien publie indépendamment des mobiles mouvements de l’opinion populaire ; cet homme porte avec lui la récompense de ses services, le charme de ses peines et le prix de ses dangers. Il ne doit attendre sa moisson, sa destinée, la seule qui l’intéresse, la destinée de son nom, que du temps, ce juge incorruptible qui fait justice à tous.
Que ceux qui prophétisaient depuis huit jours mon opinion sans la connaître, qui calomnient en ce moment mon discours sans l’avoir compris, m’accusent d’encenser des idoles impuissantes au moment où elles sont renversées, ou d’être le vil stipendié des hommes que je n’ai cessé de combattre ; qu’ils dénoncent comme un ennemi de la révolution celui qui peut-être n’y à pas été inutile, et qui, cette révolution fût-elle étrangère à sa gloire, pourrait là seulement trouver sa sûreté ; qu’ils livrent aux fureurs du peuple trompé celui qui, depuis vingt ans, combat toutes les oppressions, et qui parlait aux Français de liberté, de Constitution, de résistance, lorsque ses vils calomniateurs suçaient le lait des cours et vivaient de tous les préjugés dominants : que m’importe ? Ces