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premier sourire d'enfant, la mère qui vous berce, le père qui gronde, le premier ami, la première larme, les espoirs, les rêves, les chimères, les souvenirs ; c’est toutes ces joies à la fois, toutes enfermées dans un mot, un nom, le plus beau de tous, la patrie ! Oui, je vous le dis, le drapeau, c’est tout cela ; c’est l'honneur du régiment, ses gloires et ses titres flamboyant en lettres d’or sur ses couleurs fanées, qui portent les noms des victoires ; c’est comme la conscience des braves gens qui marchent à la mort sous ses plis ; c’est le devoir dans ce qu’il à de plus sérieux et de plus fier, représenté dans tout ce qu’il a de plus grand : une idée flottant dans un étendard. Aussi bien, étonnez-vous qu'on l’aime, ce drapeau parfois en haïllons, et qu’on se fasse, pour lui, trouer la poitrine ou broyer le crâne. Il semble que tous les cœurs du régiment tiennent à sa hampe par des fils invisibles.
Le perdre, c’est la honte éternelle. Autant vaudrait soufHeter un à un ces milliers d'hommes, que leur arracher, d’un seul coup, leur drapeau. Non, non, vous ne comprendrez jamais ce que peut souffrir un homme qui sait que son drapeau est demeuré, comme une partie intégrante du pays, aux mains dé l’ennemi! C’est une idée fixe qui dès lors le torture ct le déchire : ‘* Le drapeau est là-bas. Ils l’ont pris ; ils le gardent !”’ Nuit et jour, il y songe, il en rêve, il en meurt parfois. Qu'’estce qu’un drapeau ? me direz-vous ; un symbole....Et qu'importe qu’il figure ici ou là-bas, dans une revue ou une apothéose ? Symbole, soit ; mais tant que l’espèce humaine aura besoin de se rattacher à quelque croyance saine, mâle et vraie, il lui en faudra encore de ces symboles dont la vue seule remue en nous, jusqu’au
profond de l'être, tous les généreux sentiments, tout ce qui nous porte vers le dévouement, le sacrifice, l’abné-