‹ L'art de dire [microforme]Chapitre 26 sur 144 · COIN · texte numérisé non relu

COIN

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pente du mot, que l'accent proprement dit est incapable de supporter tout seul.

Exemples : désespoir, transatlantique, dangereusernent.

Lisons maintenant deux vers de Racine, de nême mesure, mais de rythme différent.

1° Sa croupe | se recourbe | en replis | tortueur.

Impossible de ne pas scander ce vers, en v distinguant quatre groupes sonores, et autant de syllabes toniques accentuées ; pour peindre Île serpent, le rythme se replie quatre fois sur luimême. (rroupez les sons et faites sentir les accents.

2° Le jour | n'est pas plus pur | que le fond de mon cœur.

Ce vers, uniquement composé de monosyllabes, est cependant admirablement rythmé. On y trouve trois groupes de mots, exprimant chacun une idée distincte, et par suite trois accents ; le premier groupe compte deux syllabes, le second quatre, et le dernier six,—progression voulue ou instinctive, qui fait naître graduellement dans l’âme une impression toujours croissante de quiétude et de douceur sereine. Encore ici, groupez les mots, et appuyez sur jour, pur, et cœur.

Prenons un dernier exemple dans la comédieballet du Sicilien. Le ture Hali dit :

Il fait noir comme dans un four. La ciel s’est habillé ce soir en scaramouche......

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Y at-il, dans tous les vers de Molière, phrase mieux rythmée que celle-ci :

Le ciel | s’est habillé | ce soir | en scaramouche ?

Et, de fait, il y a non seulement le rythme, mais aussi la mesure de l’alexandrin, dans cette ligne de prose. Sans les accents, tout l'équilibre de la phrase serait rompu.

Certains écrivains intercalent souvent dans leur prose des vers entiers, parfaitement rythmés et mesurés. Le style de Jean Jacques Rousseau, si harmonieux et si poétique, est parsemé d’alexandrins.

Nous transcrivons quelques vers, à la suite de ce chapitre, sans marquer la versification. On verra que, pour bien dire ces extraits, le lecteur est forcé de reconstituer les vers ; et c’est encore une preuve que les vers sont faits pour l’oreille, non pour les yeux. |

Ainsi tout change, ainsitout passe, ainsi nous-mêmes nous passons, hélas ! sans laisser plus de trace que cette barque, où nous glissons sur cette mer où tout s’efface.

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