RACINE, LES YEUX
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Des yeux sans nombre ont vu l’aurore :
Ïls dorment au fond des tombeaux,
Et le soleil se lève encore.
Les nuits, pius douces que les jours, Ont enchanté des yeux sans nombre ; Les étoiles brillent toujours,
Et les yeux se sont remplis d'ombre.
Oh !'qu’'ils a: à1t perdu le regard ?.....
Non, non, cela n’est pas possible :
Ils se sont tournés quelque part,
Vers ce qu’on nomme l’invisible ;
Et comme les astres penchants
Nous quittent, mais au ciel demeurent, Les prunelles ont leurs couchants, Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent !
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux,
Les yeux qu’on ferme voient encore.