LA MÉLODIE
appréciables, qui précise et renforce l’idée ou le sentiment exprimé par la parole articulée.
La première qualité du chant, c’est le naturel.
Dans ses études, le déclamateur semble s’éloigner du naturel ; mais c’est pour y revenir plus sûrement. Car le naturel est le fruit d’un travail opinitre et constant.
Nous pourrions enregistrer, 11, les témoignages des plus grands artistes. Talma ‘“ calculait tous ses effets et ne laissait rien au hasard.” Le comédien Grarrick ne se fiait pas à ‘ cette inspiration qu’attend une médiocrité paresseuse.” L'acteur Dupuis, remarquable par la vérité de son jeu, répondait à M. Ricquier, qui le complimentait : ‘“ Je n'arrive à parler ainsi que par l’étude de chaque pensée, de chaque phrase ; je ne dis pasun mot, dont je n’aie étudié la valeur.”
Il en est, d’ailleurs, de la déclamation comme des autres arts : 11 y faut travailler beaucoup, pour que le travail ne paraisse point.
Le naturel, voilà donc le but de nos efforts. Mais il y a naturel et naturel. Le naturel n’est pas le même chez un empereur que chez un paysan ; l1 colère n’est pas naturelle de la même façon que la douceur ; le naturel de Don Juan est bien différent du naturel d'Harpagon. Parler à une foule avec les inflexions profondes de la conversation, ne serait pas naturel ; car les
inflexions sont plus ou moins profondes, suivant le degré d’intimité des relations qui existent entre celui qui parle et celui qui écoute.
Aussi, n'est-il pas absolumént vrai de dire qu’on doit réciter comme on parle. On doit réciter eomme on parlerait dans les circonstances imaginées par l’auteur. Car le naturel dépend de la situation, de l’idée, d: sentiment, du tempérament, non pas du diseur lui-même, maïs de l’auteur et des personnages qu’il met en scène. Et, comme le déclamateur éprouve toujours une certaine difficulté à faire naître en son âme des mouvements qui lui sont étrangers, s’il veut malgré tout être naturel et vrai, il lui faut avoir recours aux préceptes de l’art.
L'art, c’est le naturel en doctrine érigé. (1)
Une pensée, les inots qui l’expriment, le personnage qui l’énonce, et la fin qu’il se propose étant donnés, trouver les notes sur lesquelles doivent se chanter les paroles : c'est ce que nous allons faire maintenant.
La mélodie se compose de trois éléments : Le ton, l’inflexion, et l'accent tonique.
Le ton, c’est le fond du tableau, clair ou sombre : l’inflexion, c’est le dessin et le coloris ; l'accent tonique, c’est ie relief, la perspective.
(1) Samson.
ARTICLE PREMIER
Le ton n’est pas encore l'expression des idées dans leurs nuances délicates et variées. C’est plutôt une indication large et générale des sentiments qui dominent dans le discours ou dans quelque partie du discours ; c’est l’expression
du caractère d’un morceau ou d’un fragment.
La gaîté et la tristesse, l'enthousiasme et le raisonnement, la crainte et la confiance, l’admiration et le mépris, le sarcasme et la pitié, le récit et la description, seront évidemment revêtus de tons différents. Il y a autant de degrés et de nuances, dans le ton, que de mouvements et d'émotions, dans l’âme. ‘“ Il y a une voix pour la colère, une pour la compassion, une pour la crainte, pour lu souffrance, pour l'ironie, et pour la joie.” (1)
Chaque morceau veut être dit sur un ton particulier, qui varie suivant le caractère de l’écrivain,
(1) Cicéron.
la fin qu'il se propose, les sentiments qu’il exprime, et les personnages qu’il fait parler.
Le travail auquel nous nous somrues livrés, en faisant la distribution des mouvements, nous à fourni ces divers éléments.
Ainsi, dans la scène de Cinna que nous avons étudiée, Auguste, empereur, et en quelque sorte justicier, sera noble, ferme et sévère.
Vous avez à lire un de ces portraits pleins d'humour, où La Bruyère a semé les traits plaisants et les descriptions piquantes : que votre ton soit fin, gai et ironique.
L’Acaste du Misanthrope aura le ton léger et prétentieux du fat doublé d'un sot,
Dans le rôle d’Harpagon, votre ton sera dur, brutal, bourru, et dans certaines scènes, plutôt hypocrite et cauteleux.
N'oublions pas que nous ne nous sommes point bornés à étudier le morceau dans son ensemble ; nous l’avons en outre divisé en fragments, fixant, ici et là, des points de repère, qui marquent des changements de mouvement. Aussi, dans le corps même du morceau, le ton devra varier, suivant les divers mouvements qui s’y rencontrent. Mais, quelques nuances que prenne le ton, il gardera toujours le caractère général, le dirpason, que demande le morceau considéré dans son ensemble.
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