LE TON
Relisez encore le discours d’Auguste. Dans Île premier et le second mouvements, le ton est calme, impassible, presque froid ; dans l’accusation, la voix est brève, contenue, amère ; dans le quatrième mouvement, le ton devient plus pressant, plus vif ; dans le cinquième, il est ironique ; et dans les deux derniers fragments, il est véhément et méprisant. Mais, partout, le ton garde son caractère de noblesse et de fermeté.
Joad, couronnant Joas (1), sera tour à tour affectueux, grave, prophétique, et solennel ; il couvrira cependant toutes ses inflexions du ton d'autorité qui convient au grand prêtre, et du ton de respect qu'on prend en face d’un roi.
Dans le Naufragé de Fyrançois Coppée, Île diseur devra s’attendrir à de certains passages, et garder même alors le ton rude, brusque et un peu insouciant du loup de mer.
Ainsi donc, un discours, un morceau de littérature, un rôle, sera récité sur un ton général, qui tiendra dans ses bornes le ton de chaque fragment ; et celui-ci donnera la note aux inflexions des phrases, lesquelles, à leur tour, détermineront l’accentuation des mots de valeur, comme nous le verrons plus loin.
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LE PBTIT NOMBRS DBS BLUS
Je m’'arrête à vous, mes frères, qui êtes ici assemblés. Je ne parie plus du reste des hommes. Je vous regarde comme si vous étiez seuls sur la terre : et voici la pensée qui m'occupe et qui m’épouvante. Je suppose que c’est ici votre dernière heure et la fin de l’univers ; que les cieux vont s'ouvrir sur vos têtes ; que Jésus-Christ va paraître dans sa gloire au milieu de ce temple, et que
vous n’y êtes assemblés que pour l’attendre, comme des crimineis tremblants, à qui l’on va prononcer, ou une sentence de grâce, ou un arrêt de mort éternelle. Car vous avez beau vous flatier, vous mourrez tels que vous êtes aujourd'hui. Tous ces désirs de changement qui vous amusent, vous amuseront jusqu’au lit de la mort : c’est l'expérience de tous les siècles. Tout ce que vous trouverez alors en vous de nouveau, sera peut-être un compte un peu plus grand que celui que vous auriez aujourd’hui à rendre ; et sur ce que vous seriez, si l’on venait vous juger dans ce moment, vous pouvez presque décider de ce qui vous arrivera au sortir de la vie. Or, je vous le demande, et je vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre, et me mettant dans la disposition où je souhaite que vous entriez. Je vous demande donc : Si Jésus-Christ paraissait dans ce temple, au milieu de cette assemblée, la plus
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auguste de l'univers, pour nous juger, pour faire Île terrible discernement des boucs et des brebis, croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous somines ici fût placé à la droite ? Croyez-vous que les choses, du moins, fussent égales ? Croyez-vous qu’il s’y trouvât seulement dix justes, que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes tout entières ? Je vous le demande. Vous l’ignorez, et je l’ignore moi-même. Vous seul, à mon Dieu ! connaissez ceux qui vous appartiennent. Mais si nous ne connaissons pas ceux qui lui appartiennent, nous savons, du moins, que les pécheurs ne lui appariennent pas. Or, qui sont les fidèles ici assemblés ? Les titres et les dignités ne doivent être comptés pour rien : vous en serez dépouillés devant Jésus-Christ. Qui sont-ils ? Beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir ; encore plus qui le voudraient, mais qui diffèrent leur conversion ; plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que pour retomber ; enfin un grand nombre qui croient n’avoir pas besoin de conversion : voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte : car ils en seront retranchés au grand jour. Paraissez maintenant, Justes. Où êtes-vous ? Restes d'Israël, passez à la droite! Froment de Jésus-Christ, démélez-vous de cette paille destinée au feu ! O Dieu, où sont vos élus ? Et que restet-il pour votre partage ?
MAssiLLON.
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ARTICLE II
Les inflexions
L'inflexion est une modification intentionnelle du son, capable d’exprimer les nuances les plus délicates de la pensée et les émotions les plus variées.
Nous avons appris à réciter un morceau tout entier sur le ton qui lui convient ; il nous reste à apprendre à chanter chaque phrase sur l’inflexion qui lui est propre.
C’est ici surtout qu’on doit ne tenir aucun compte du sens exact des termes, pour se préoccuper uniquement de l’intention. Il n’y a, pour traduire une pensée, ufh sentiment, avec les circonstances particulières que l'interprétation indique, qu’une seule uiflexion juste. Les mots importent peu. La phrase pourra changer ; si l’intention reste la même, l’inflexion ne changera pas. Elle variera en profondeur, suivant les situations différentes, mais ce sera toujours l’inflexion qu’on emploierait pour exprimer cette pensée, pour manifester ce sentiment, en termes familur+.
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Cette inflexion juste et naturelle, comment la découvrir ?
Parfois, —c’est plutôt rarement que nous devrions dire, —il suffira d’être pénétré de son sujet pour donner, sans étude, l’inflexion juste.
Quand linflexion ne se présente pas avec autant de docilité, on a recours au commentaire. Jetez dans le texte, à titre de commentaire, un mot, une exclamation, une phrase courte, qui précise le sens, peigne la situation avec des couleurs plus vives, et présente les choses sous un aspect plus familier ; dans la plupart des cas, l'inflexion juste s’adaptera d'elle-même à la phrase, ainsi commentée et prononcée à voix haute.
Si un simple commentaire ne vous suggère pas les notes voulues, traduisez la phrase entière en langage vulgaire. Vous savez l’idée première du morceau, le caractère du fragment, et la pensée de la phrase. Eh bien, rendez-vous maître de cette pensée, et, l'ayant, pour ainsi dire, façonnée au moule du fragment dont elle fait partie, exprimezla dans les termes familiers que vous emploieriez pour la dire si elle était réellement vôtre : vous donnerez sans effort l’inflexion juste. Notez bien cette phrase musicale dans ses modulations les plus délicates, et transportez-la sur la phrase à dire, en l’ennoblissant, en allongeant les notes, s’il en est besoin, pour en couvrir tous les mots. Vous
aurez trouvé l’expression vraie, naturelle, qui se dérobait à vos recherches.
Quand deux phrases auront été ainsi revêtues d’intonations de voix appropriées, liez-les ensemble: préparez la seconde par la cadence de la première.
Et que toutes vos inflexions soient bien dans le ton ! Si l’une d'elles s’en écarte, elle déroute l'attention de l’auditeur.
Nous avons déjà dit que les phrases incidentes doivent être détachées, et, en queique sorte, mises hors texte, par deux silences ; ajoutons qu’elles doivent aussi être dites sur un ton de voix différent, généralement plus vas. De plus, l’incidente qui n’est pas intimement liée à la phrase principale, et qui, par elle-même, à un sens complet, veut être traduite par une .intonation spéciale ; c’est une inflexion dans l’inflexion. D'autant moins profonde et moins accentuée que l’idée a moins d'importance, l’inflexion incidente est généralement discrète et s’introduit dans l’inflexion principale, sans détourner à son profit une attention qui ne lui est point due. Mais, lorsque la phrase incidente renferme un développement important, un trait, un mot heureux, une pensée briliante, ou encore lorsqu'elle éclaire la situation ou précise le sens et la portée de la phrase principale, le devoir de l'interprète est de la faire ressortir et de lui donner, dans le chant,
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la valeur que l’auteur à voulu lui attribuer äans le discours. Il en est de même pour la plupart des incidentes qui se rencontrent dans les fragments d’exposition ; elles sont destinées à préciser les circonstances de lieux et de personnes ; et puisque c’est là le rôle de l’exposition dans l'ordonnance d’une pièce, il ne faut pas craindre de s’y arrêter et de les faire valoir. Du reste, quelle que soit leur importance, les phrases incidentes sont toujours une richesse pour le diseur ; elles lui permettent de varier agréablement ses accords, et de reposer l'oreille, qu’une diction trop chargée finirait par fatiguer.
Montrons maintenant, par' quelques exemples, comment on peut, à l’aide des moyens que nous avons indiqués, trouver une inflexion.