MIMIQUE
Nous l’avons vu, le lecteur doit tout exprimer par les inflexions de la voix. Il lui suffit de savoir bien dire ; le geste lui est interdit ; sa | mimique se réduit à une expression physionomique nécessairement imparfaite.
Il n'en est pas ainsi de l’orateur. Rien n’entrave son action. Libre de sa personne, cette l'berté mème lui serait une gêne et un embarras, s’il ne se livrait tout entier, corps et âme, à l’expression de ses sentiments. Celui-là est impuissant à communiquer aux autres son émotion, qui n’en laisse rien paraître au dehors ; sa voix aura beau
être émue, on re le croira pas sincère, si le geste
est absent ; car le geste est par excellence le langage du cœur.
L’orateur s'adresse d'ordinaire à la foule. Ox, une foule ne se comporte pas comme un individu. En face d’un individu, il faut agir surtout sur l'intelligence ; et surtout sur le cœur, en face «un auditoire. On gagne une foule par la persuasion, un individu par la conviction. Ici, le cœur suivra la tête ; Ià, au contraire, le cœur entraînera la tête. L'individu est un Juge, dont l’enthous' me ne s'élève qu'à la voix de la raisoe ; l’audiorre est un enfant, naïf et crédule, qui se laisse
emporter par ses smtiments. On voit queile est l'importance du geste ans tes grandes assemblées.
Est-ce à dire que :: langage mimique ne soit pas convenable en présence d’auditoires moins nombreux ? Loin de là. Pour être moins fréquent, moins ample, moins passionné, le geste ne laisse pas d’avoir une puissance considérible, dans la plus simple causerie.
L’orateur a deux moyens de pénétrer jusqu’à l’âme de celui qui l'écoute : la voix et le geste Insensé serait-1l, ayant à son service deux agents d'expression, de n’en vouloir employer qu’un seul !
Il est difficile de dire lequel de ces aeux langages a le plus de puissance.
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