MIMIQUE
Roscius exprimuait, par sa seule mimique, tout ce que disait Cicéron avec sa voix ; et l’orateur ne pouvait varier et nuancer si délicatement scs inflexions, que l’acteur ne trou vât des gestes pour les traduire aux yeux.
Les juges de l’Aréopage craignaient, plus que la séduction de la voix, l'empire souverain du geste ; pour y échapper, ils entendaient les plaidoiries dans les ténèbres.
Il est certain que parfois le geste l'emporte sur la parole. Un enfant demande à son père une friandise quelconque ; que le père réponde : Von, même d’une voix très ferme, mais en souriant, il y a tout à parier que l’enfant comprendra : Oui. Si le père ne se contente pas de sourire, mais en outre montre du doigt à l'enfant le morce 1 de sucre ou Île gâteau désiré, il est encore prob: le que l’enfant obéira au signe plutôt qu’à la parole. Enfin, si le père tend le morceau de sucre à l'enfant avec un sourire, il aura beau dire : Vou, l'enfant n’hésitera pas, il prendra le bonbo |
De même, dans le discours ou dans la récitation, un geste peut parfois changer complètement le sens d’une phrase. Un simple jeu de physionomie suffit souvent pour donner à l’inflexion une signification particulière. Un ami vous annonce tine nouvelle qui vous étonne, et vous vous écriez : Vraiment ! avec une inflexion ascendante, à peu
près comme dans l'interrogation ; lancez cette exclamation une première fois en haussant les sourcils, et une deuxième fois en les baïissant . . L’intention est-elle la même ?
D'autre part, il y a des nuances délicates de la pensée, des intentions cachées, que la voix ne peut traduire sans l’aide de la mimique. Certaines inflexions seraient ridicules, si le geste ne les aeccompagnailt.
La mimique est cette pz:tie de l’art oratoire, qui traite de l’expression des idées et des sentiments par le geste. C’est “ la mise en action de
la parole,” (1) c'est ‘ l’éloquence du corps.” (2)
Par g'ste, on n’entend pas le seul mouvement des bras, mais t'utes les attitudes et tous les mouvements expressifs du corps et de chaque partie du corps. On est souvent porté à ne se préoccuper que des gestes du bras et de la main.
Il appartient à l’enseignement pratique d’étudier la forme des divers mouvements dont chaque membre est susceptible. Contentons-nous d’énoncer certaines règles générales, pour la plupart découvertes par Delsarte, et dont l'application est nécessaire à la Correction, à l’Harmonie, et à l Expression.
(1) Marius Laisné.
(2) Cicéron.