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LA RESPIRATION

épuisée. Enfin, quand il descend de la tribune, l'orateur qui ne sait pas respirer est exténué, et de son côté, l'auditoire n'en peut plus.

La respiration consiste en deux actes : Vaspiration, et Vexpiration.

AspirôVy c'est attirer l'air dans la poitrine ; expirer, c'est le repousser au dehors.

La suipeiinon est un repos transitoire qui se fait entre ces deux opérations, soit après l'aspiration, alors que le poumon est plein d'air, soit après l'expiration, quand le poumon est vide.

Chacun des actes de la respiration a un rôle expressif.

L'aspiration se produit plus spécialement dans la douleur, le mensonge, la dissimulation ; la suspension se prolonge d'une façon sensible dans l'hésitation, la réticence, l'inquiétude, l'attente ; enfin, l'expiration marque l'affection, la confiance, la sympathie.

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ABTIOLE PSEIOEB

L'aspiration

L'aspiration est remmagasinage de l'air dans les poumons. Son rôle est de charger les poumons, de remplacer l'air aussitôt que déj)ensé.

Si l'orateur ne veillait continuellement à ce que les poumons soient toujours bien approvisionnés, il ferait, à la première pause possible, un pénible et bruyant effort d'aspiration, et Pair, se précipitant avec violence dans la poitrine, produirait un son rauque. Ce coup de pompe se répéterait de plus en plus fréquemment jusqu'à la fin du discours, qui, grâce à une respiration défectueuse, laisserait chez l'orateur aussi bienjque chez l'auditeur, le souvenir d'une tâche fatigante et désagréable. Au contraire, la voix sera d'autant plus forte et plus souple, les inflexions d'autant plus justes, la prononciation d'autant plus claire et plus énergique, l'élocution en général d'autant plus facile et moins fatigante, que la poitrine sera mieux pourvue d'air.

Quand faut-il aspirer ?

l'aspiration 91

Aussi souvent qu'on peut le faire sans nuire aux autres parties de la diction, c'est-à-dire, à toutes les pauses que permet la phraséologie. Le lecteur a parfois à fournir une longue course sans s'arrêter ; il doit s'y préparer, et se pourvoir d'une bonne provision d'air. Lorsque au contraire les silences, comme dans l'émotion, se succèdent à de brefs intervalles, les aspirations peuvent être plus fréquentes et plus courtes.

Remarquons encore qu'on peut aspirer facilement et sans qu'il y paraisse, devant les sons ari, on, un^ a, o, e, quand la bouche est déjà ouverte pour les prononcer. C'est le secret que Talma, à ses débuts, déroba à l'acteur Dorival.

Comment faut-il aspirer ?

Il faut aspirer de la base du poumon, attirer l'air dans la poitrine par l'abaissement du diaphragme. C'est la respiration profonde, la seule utile, la seule possible en déclamation. Pour aspirer ainsi, l'orateur doit se tenir droit sans raideur, la poitrine haute, sans élever les épaules ni les rejeter en arrière. Cette position facilite aussi l'émission de la voix de médium, si utile au diseur.

î)2 i/art de dire

ABTIOLE II

l/«*xpi ration

L'exi)irûtion se produit généralement pendant l(i discours ; c'est elle qui fait vibrer les cordes vocales et engendre les sons.

Une seule règle gouverne l'expiration : elle ne doit i)as dépenser plus d'air que l'aspiration en fournit aux poumons.

Si vous manquez d'air, c'est signe que vous respirez mal ; ou bien votre aspiration est trop pauvre, ou bien votre expiration est trop considé-. rable. Pour se produire, un son exige une certaine quantité d'air expirée avec une certaine force ; donnez-lui ce volume d'air et cette impulsion, rien de i)lus. Vous entretiendrez ainsi dans vos I)Oumons une réserve d'air qui assouplira votre voix, lui donnera de l'ampleur, et sur laquelle vous pourrez compter pour les passages véhéments et les longues périodes, où vous devrez faire une dépense d'air plus considérable.

C'est encore de la base du poumon que doit se faire l'expiration. Le diaphragme, dont le mouvement descendant a provoqué l'introduction

de Pair dans la poitrine, Ty retient en demeurant statioiinaire, puis, s'élevant par degrés, le laisse échapper sous la pression des muscles expirateurs, mais peu à peu, avec économie, suivant les besoins du discours.

U'HIRONDEUUE DU BOUDDHK

Quand son enseignement eut consolé le monde,

Le Bouddha, retiré dans la djongle profonde

Et du seul Nirvana désormais soucieux,

S'assit pour méditer, les bras levés aux cieux ;

Et, gardant pour toujours cette sainte attitude.

Il vécut dans l'extase et dans la solitude,

Concentrant son esprit sur un rêve sans fin.

Avant d'être absorbé par le Néant divin.

Le temps avait rendu tout maigre et tout débile

Le corps ossifié de l'ascète immobile ;

Les lianes grimpaient sur son torse engourdi,

Que ne réchauffait plus le soleil de midi ;

Et ses yeux sans regard, dans leurs mornes paupières,

Semblaient avoir acquis la dureté des pierres.

Il aurait dû mourir, par la faim consumé ;

Mais les petits oiseaux, dont il était aimé.

Les oiseaux qui chantaient dans les branches fleuries,

Venaient poser des fruits sur ses lèvres flétries.

Et, depuis très longtemps, c'est ainsi que vivait

94 l'art db dire

Le Bouddha vénérable, absolument parfait.

Donc, mille et mille fois, et mille fois encore,

La lune qui blanchit et le soleil qui dore

Les forêts, sur son front tour à tour avaient lui.

Sans que se fût distraite un seul instant en lui

Sa pensée, en un songe immuable perdue,

Lorsque, dans sa main droite, au ciel toujours tendue.

Dans sa main sèche et grise ainsi que du granit.

Une hirondelle vint, un jour, et fit son nid.

L'extase du Bouddha ne parut point troublée

Par cette confiante et fidèle exilée

Qui, franchissant du vol la montagne et la mer,

Des froids climats du nord revenait, chaque hiver.

Et retrouvait toujours son nid chaud et paisible

Dans le creux de la main du rêveur impassible.

A la fin, cependant, elle ne revint plus.

Et, quand les derniers temps furent bien révolus

Du retour des oiseaux que l'exil seul protège,

Lorsque l'Hymalaya se fut couvert de neige,

Et lorsque tout espoir fut perdu, le Bouddha

Détourna lentement la tête ; il regarda

Sa main vide ; et les yeux du divin solitaire,

Qui depuis si longtemps n'avaient rien vu sur terre,

Ses yeux tout éblouis d'immensité, ses yeux

Eteints et fatigués de contempler les cieux.

Ses yeux aux cils brûlés, aux paupières sanglantes,

S'emplirent tout à coup de deux larmes brûlantes ;

Et celui dont l'esprit était resté béant

Devant l'amour du vide et l'espoir du néant,

Et qui fuyait la vie et ne voulait rien d'elle,

Pleura, comme un enfant, la mort d'une hirondelle.

F. COPPÉE

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