LE MOUVEMENT DES SONS
etc. Une longue description sera dite lentement ; débitée avec vitesse, elle paraîtrait démesurée.
Quant au local, étudiez-en l'espace et les qualités acoustiques. Dans une grande assemblée, le mouvement sera lent, afin que les sons ne se confondent point avant d'arriver aux derniers rangs de l'auditoire. Il sera normal, dans une réunion intime. Si la résonance est grande, dans la salle où vous parlez, — débit un peu lent, et voix plus faible ; si, au contraire, les qualités acoustiques sont nulles, — mouvement modéré, articulation énergique, et voix forte .... Enfin, chaque local exige du diseur une attention particulière.
La grande affaire est d'être compris. Si votre voix n'est pas forte, ou si le caractère du morcefau que vous récitez demande un son faible, il faut tx)ut de même vous faire entendre ; vous y parviendrez par la lenteur de la parole et l'énergie de l'articulation. Il arrive aussi que l'interprétation du texte exige un débit rapide ; alors, parlez plus fort, en articulant plus distinctement.
TITBE DEUXIEME
i)E :ïl,'iï^rmqnt^
Nous avons vu comment Porateur, par une diction correcte, parvient à se faire comprendre. Ce n'est pas là tout Part de la parole ; ce n^en est que la base.
La voix humaine a encore deux fonctions :
plaire et exprimer. La pensée s'adresse 4 l'ârae ; mais le son, qui la transporte, agit immédiaj;ement sur Toreil^e. Ayant 4p?^c que de ch^Qt^r par la mélodje de la voix les phénomènes ^e ]^ vie intellectuelle et morale, il importe d'assurer à l'expression la puissance auxiliaire de l'harmonie, qui saura captiver loreille par la séduction physique de la sonorité. Celui dont l'oreille est satisfaite est déjà à demi gagné ; car une voix
DE l'harmonie 85
harmonieuse attire d'abord des sympathies à celui qui parle.
Mais ici, il faut au lecteur beaucoup de discrétion et de mesure.
Le déclamateur n'étant qu'un interprète, sa personnalité doit s'efiFacer, disparaître, pour ne laisser voir que l'auteur ; en d'autres termes, la voix et le geste ne sont que des moyens qui servent à parvenir à une fin, mais qui ne doivent pas la faire oublier. Or, on peut Considérer le geste au point de vue de l'expression, et au point de vue de la plastique ; de même, dans l'inflexion, on distingue la puissance expressive et Tefifet musical. Eh bien, puisque le but de la déclamation est l'expression des idées et des sentiments par la voix et le geste, la forme purement plastique de l'un et la beauté purement musicale de l'autre ne doivent frapper le regard et l'ouïe que pour faire entrer plus profondément dans l'âme l'idée et le sentiment qu'ils sont <;hargés d'exprimer. Si l'attitude sculpturale du corps, si la modulation musicale de la voix, absorbent, à elles seules, toute l'attention sans profit pour l'expression, le but n'est pas atteint.
Quand nous conversons, nous parlons naturellement, nous rendons exactemetit notre pensée, parce que le jeu de nos organes a pour fin
principale Texpression, i)arce que nous ne cherchons à faire des effets de sculpture ou de musique que si rexpression y trouve son avantage. Ainsi doit-il en être du déclamateur. Sa mission est de traduire ; qu'il y applique toutes ses facultés, et ne se permette rien qui détourne à son profit l'attention des auditeurs, sans avantage pour Toeuvre qu'il interprète.
Que dirait-on d'un verre grossissant, qui serait cerclé d'or et orné de tant de pierreries, que l'entomologiste, en son cabinet d'étude, ne pouvant se résoudre à détacher ses regards d'une si belle parure, laisserait dormir ses insectes sans les regarder ? Que dirait-on encore d'une coupe, qui serait enrichie d'ornements si précieux et d'une ciselure si fine, qu'on oublierait, en la voyant, de se désaltérer à son contenu ? . . . . Le déclamateur est le verre qui approche les idées, il est la coupe qui nous les présente.
Il ne faut donc pas exagérer les effets de voix. D'ailleurs, l'oreille, d'ordinaire si exigeante, est sur ce point plus accommodante : du moment qu'on ne la fatigue pas, elle est satisfaite.
Le secret d^ ne point fatiguer l'auditoire est bien simple : il suffit de ne se point fatiguer soimême. " Nous aimons le travail facile pour nous-
DE l'harmonie 87
mêmes et pour autrui, ou, si Ton veut, nous redoutons Tefifort et le spectacle même de Tefifort. " (1) C'est en ce sens qu'il faut entendre cette parole de Talma : " Tout artiste qui se fatigue est un artiste médiocre. "
(1) R. P. Longhaye.
88 i/art de dire
OHAPITBE PBEMIEB La respiratien
La respiration est le jeu des poumons dans la projection de Tair par le larynx.
Voilà bien Tacte le plus naturel et le plus fréquent de la vie. Cependant, la respiration est un art, et pour arriver à bien dire, il faut apprendre à bien respirer.
Faudra-t-il donc, en récitant, respirer autrement qu'on ne le fait d'ordinaire ? Oui, parce que d'ordinaire on respire mal ; on ne met en opération que les muscles de la poitrine ; on prend de petites provisions d'air, qui peuvent bien suffire à la vie, mais ne sauraient soutenir les efforts de l'éloquence. Cette demi-respiration essouffle, fatigue, épuise l'orateur ; bientôt sa voix faiblît, ses inflexions manquent de justesse, sa prononciation de netteté, ses phrases sont coupées, et plus il va, moins il a de puissance, moins il produit d*eflPet ; heureux, s'il ne finit pas par le hoquet dramatique, par ce coup de gorge auquel un acteur malhabile est forcé d'avoir recours pour ressaisir sa respiration