‹ L'art de dire: traité de lecture et de récitationChapitre 57 sur 73 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

MORCEAUX CHOJSIS

Pour senir d'exerclns de lecture et de récitation

Note. — On ne trouvera dans ce recueil aucune dei fables de La Fontaine. L'étude de ces chefsd'œuvre est pourtant des plus instructives, pour qui veut se former à bien dire. " Je regarde les Fables de La Fontaine, dit le Cardinal Maury dans son Essai sur V Eloquence, comme l'ouvrage le mieux assorti à ce dessein. " L'abbé Bourgain écrit : '* Si vous savez rendre La Fontaine sans commettre de faute, vous rendrez tous les auteurs à la perfection. Car, j'ose le dire, il y a plus de

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coloris dans la moindre de ses fables que dans le plus beau sermon du plus grand orateur. " Coquelin appelle La Fontaine : ** Mon auteur. '* Stanislas David répétait souvent : '* La Fontaine est le meilleur des maîtres de lecture, parce qu'il est le plus varié des poètes. " Si donc nous n'avons pas transcrit de fable dans ce recueil, c'est que Tœuvre du Bonhomme est dans toutes les mains. D'ailleurs, il n'y a pas de choix à faire : toutes ses fables sont bonnes à dire. Mentionnons, cependant, comme se prêtant plus particulièrement à la diction : les Animaux malades de la peste j la Belette etitrée dans un grenier , la Besace, le Chat, la Belette et le petit Lapin, le Chat et le vieux Rat, le Chêne et le Roseau, le Coche et la Mouche, le Conseil tenu par les Rats, le Héron, V Homme et la Couleuvre, la Laitière et le Pot au lait, le. Lièvre et les Grenouilles, le Lion et le Moucheron, le Loup et V Agneau, le Loup et le Chien, le Meunier, son Fils et VAne, le Paysan du Danube, les deux Pigeons, le Vieillard et les trois^ jeunes Hommes.

Combien de pauvres sont oubliés ! combien demeurent sans secours et sans assistance ! Oubli d'autant plus déplorable, qu'il estsouvent volontaire et par conséquent criminel.

Je m'explique : combien de malheureux réduits aux dernières rigueurs de la pauvreté et que l'on ne soulage pas, parce qu'on ne les connaît pas et qu'on ne veut pas les connaître.

Si l'on savait l'extrémité de leurs besoins, on aurait pour eux, malgré soi, sinon de la charité, au moins de l'humanité.

A la vue de leur misère, on rougirait de ses excès, on aurait honte de ses délicatesses, on se reprocherait ses folles dépenses, et l'on s'en ferait avec raison des crimes.

Mais parce qu'on ignore ce qu'ils souffrent, parce qu'on ne veut pas s'en instruire, parce qu'on craint d'en entendre parler, parce qu'on les éloigne de sa présence, on croit en être quitte en les oubliant ; et quelque extrêmes que soient leurs maux, on y devient insensible.

Combien de véritables pauvres, que Ton rebute comme s'ils ne l'étaient pas, sans qu'on se donne et qu'on veuille 86 donner la peine de discerner s'il le sont en effet !

Combien de pauvres dont les gémissements sont trop faibles pour venir jusqu'à nous, et dont* on ne veut pas s'approcher pour se mettre en devoir.de les écouter !

Combien de pativreâ abandonnés ! Combien de désolés dans les prisons I Combien de honteux dans les famillee

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particulières ! Parmi ceux qu'on connaît pour pauvres et dont on ne peut ignorer, ni oublier le douloureux état, combien sont négligés !

S41 n*y avait point de jugement dernier, voilà ce qu'on pourrait appeler le scandale de la Providence.

BOURD ALGUE.

Alceste, Philinte .

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