LOUIS
Ah ! si dans mes tourments vous descendiez, mon p^re,
Je vous arracherais des larmes de pitié !
Les angoisses du corps n'en sont qu'une moitié,
Poignante, intolérable, et la moindre peut-être.
Je ne me plais qu'aux lieux où je ne puis pas être.
En vain, je sors de moi : fils rebelle jadis.
Je me vois dans mon père et me crains dans mon fils.
Je n'ai pas un ami : je hais ou je méprise ;
L'eftroi me tord le cœur sans jamais lâcher prise.
Il n'est point de retraite où j'écliappe aux remords ;
Je veux fuir les vivants, je suis avec les morts.
Ce sont des jours affreux ; j'ai des nuits plus terribles î
L'ombre pour m' abuser prend des formes visibles :
Le silence me parle, et mon Sauveur me dit,
Quand je viens de prier : '* Que me veux-tu, maudit? "
Un démon, si je dors, s'assied sur ma poitrine.
Je l'écarté ; un fer nu s'y plonge et m'assassine.
Je me lève éperdu ; des Ilots de sang luimain
Viennent battre ma couche, elle y nage, »'t ma muin
Que penche sur leur gouffre une main qui la glace.
Sent des lambeaux hideux monter à leur surface.