UE BON DIEU
On se plaint parfois qu'on n'invente
Rien d'utile, rien de nouveau.
Et qu'aucune idée importante
Ne jaillisse d'aucun cerveau :
Eh bien ! sans qu'on s'en doute, l'homme
A fait dans ce siècle un grand pas ;
Car il a découvert, en somme.
Que le bon Dieu n'existe pas.
Toujours, sur la machine ronde.
On avait caressé l'espoir Qu'après avoir quitté ce monde, Dans l'autre on pourrait se revoir. . .
Or, c'était une erreur complète :
Il n'est rien après le trépas.
Eh bien ! vraiment, cela m'embête, Que le bon Dieu n'existe pas.
Souvent, je disais en nioi-môme :
** Un jour,— ni trop tard, ni trop tôt, —
Au milieu de tous ceux que j'aime,
J'irai me reposer là-haut. "
Car, enfin, sans être rosière,
Je n'ai pas fait trop de faux pas,
Et peux me montrer à saint Pierre.
Mais le bon Dieu n'existe pas.
Jadis, c'était l'erreur commune, On croyait que, dans le ciel bleu, Etoiles et soleil et lune Prouvaient l'existence de Dieu ....
Aujourd'hui, c'est une autre affaire.
Et les astres qu'on voit d'en bas Aux hommes prouvent, au contraire.
Que le bon Dieu n'existe pas.
Je ne sais, mais je m'imagine Qu'après avoir de l'univers Rayé la puissance divine, Tout s'en va marcher de travers ; Oui, je crains que cela nous cause Bien des soucis et des tracas.
Et détruise plus d'une chose, Que le bon Dieu n'existe pas.
A tous ceux qui souffrent sur terre, Aux infirmes, pauvres et gueux,
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Ou promettait avec mystère
Qu'ils seraieut les premier aux cieux,
Et mille choses admirables
En espoir après le trépas.
C'est fâcheux, pour les misérables,
Que le bon Dieu n'existe pas.
Quand un enfont n'était pas sage, On disait : " Dieu te voit, tu sais ! " Il n'en fallait pas d'avantage :
Parler de Dieu, c'était assez.
Mais aujourd'hui, garçons et filles
Riront des mamans, des papas
Ça contrariera les familles, Que le bon Dieu n'existe pas.
Lorsqu'un docteur par maladresse Laissait trépasser un mortel, Il accusait avec prestesse
De cet accident l'Eternel.
Mais plus de volonté divine, Docteur, pour sortir d'embarras.
Ça va gêner la médecine.
Que le bon Dieu n'existe pas.
Lorsque de l'Océan l'orage Soulevait les flots furieux.
Les matelots, perdant courage.
Imploraient le secours des cieux ; Ils croyaient qu'à l'heure suprême,
Un Dieu leur ouvrirait les bras
Pour ceux-là, c'est dur, tout de même, Que le bon Dieu n'existe pas.
Jusqu'ici, sans vouloir le dire, Bien des gens vivaient sagement, De crainte d'aller un jour cuire Dans le royaume de Satan.
Crois-tu, maintenant, loi civile, Qu'à les dompter tu suffiras ?
Ça tuera les sergents de ville.
Que le bon Dieu n'existe pas.
Enfin, pour moi, cela m'enlève.
Sans parler aussi du passé.
Pour l'avenir plus d'un doux rêve.
Que j'avais longtemps caressé.
Au milieu de nos temps moroses.
Du Dieu qu'on nie avec fracas,
J'espérais avant tout deux choses
Mais le bon Dieu n'existe pas.
J'espérais que de leur folie
Il guérirait nos députés,
Et que par lui la chambre uuie
Commettrait moins d'absurdités ;
Puis, j'avais aussi l'espérance
Que Dieu, dans les prochains combats,
Viendrait au secours de la France ....
Mais le bon Dieu n'existe pas.
Qui reconnaît Dieu s'humilie.
Voilà le fait . Pourtant, deux mots :
Est-ce que ça nous glorifie.
De passer pour des animaux ?
Si je ne suis plus qu'une bête.
En supprimant Dieu, . . . dans ce cas.
Je le déclare : je regrette Que le bon Dieu n'existe pas.
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Et, tenez, malgré tout, je pense Que bien des gens continueront A reconnaître sa puissance, Et longtemps encore le prieront.
Ma foi, l'exemple est bon à prendre :
Quand nous aurons sauté le pas, Il sera toujours temps d'apprendre Si le bon Dieu n'existe pas.
E. Grenet-Dancourt.
Depuis deux jours, sur ses rivages,
Avec des aboîments sauvages,
La mer pousse ses flots hurlants :
Ils arrivent de loin, se pressent,
8e cabrent, menaçants, et dressent
Sur leurs cous glauques leurs crins blancs.
Puis, par grandes files, sans trêves, A l'assaut des rocs et des grèves Ils courent sous le fouet du vent, S'élancent, furieux, s'écroulent En retombant sur ceux qui roulent Et les ramènent en avant.
Et de là montent des vacarmes Tels, que si deux peuples en armes S'entre-choquaient en un champ clos.
Il jaillirait vers les nuées Moins de clameurs et de huées.
De blasphèmes et de sanglots
Et moi, qui supplie à toute heure
Tout ce qui chante, crie ou pleure
Dans l'orchestre de l'univers,
De parler à voix haute et claire,
Je dis à la vague en colère :
** Conte-moi donc les maux soufferts. "
Lors, courbant sa crête en spirale, La vague, avec un affreux râle, Crache à mes pieds un caillou rond.
Le reprend encor, le repousse.
Fuit et revient à la rescousse, La rage au cœur, l'écume au front.
Puis, ricanant : " Tu crois, poète, Dit-elle, que je m'inquiète Du sort des marins naufragés, Et que mes plaintes infinies, De leurs farouches harmonies , Bercent ceux que j'ai submergés ?
** Détrompe-toi. Je suis aveugle.
Et sourde, et bote ; et si je beugle.
C'est qu'un jour, pour me tourmenter.
Ce caillou roula de sa cime.
Et que depuis mille ans je trime Vainement à l'y remonter. "
François Fabié.
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7MÇ1THRIDRTB, 7K. III, SC 1.
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