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L*HISTOIRE DE FRANCE

sont de fort bons livres. M. Lorédan Larchey, de la Bibliothèque de l'arsenal, avait voulu commencer une série de ce genre dans la bibliothèque des Mémoires du XIX^ siècle. Un seul volume a paru, ce qui est dommage, mais le jalon reste planté.

La Restauration est l'époque sous laquelle les mémoires ont été le plus à la mode. J'estime à huit cents le nombre des volumes de mémoires importants publiés de 1816 à 1834.

Une bonne collection historique doit faire une certaine part à la littérature. Je recommande < aux collectionneurs pour leur casier littéraire la Bibliothèque el:(évi' tienne , commencée il y a une trentaine d'années par un éditeur (Pierre JannetJ, qui donna en France le signal de la renaissance typographique. Interrompue plusieurs fois, puis reprise par différents libraires, cette bibliothèque forme un ensemble de cent cinquante-huit volumes dont la physionomie est bien connue des ama-

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teurs. Recouverts d'un léger cartonnage en. percaline rouge, avec une sphère sur le dos, imprimés en caractères elzéviriens sur papier de fil et dans un format commode, ils ont plus fait pour rajeunir la popularité de nos vieux auteurs que tous les cours de littérature passés et présents.

Il est difficile de rencontrer la bibliothèque el:(évirienne complète ailleurs que \ chez les collectionneurs. Cependant avec quelque peine et une dépense de douze cents francs, il est encore possible d'en réunir une collection. Dans quatre à cinq ans, cela ne se pourra probablement plus.

Ronsard, Senécé, Villars, Saint-Amand, Scarron, Bussy-Rabutin, Jehan d'Arras, Gauthier, Garguille, Furetière, Gringore, Strapparole, Tabarin y coudoient Corneille, Molière, La Fontaine.

Cette utile et belle bibliothèque que l'on pouvait croire définitivement interrompue, vient d'être acquise par la librairie Pion qui annonce formellement Tintention de la continuer. Que ceci serve d'exemple et de leçon à notre ministère de

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rinstruction publique ; il laisse honteusement continuer par TAllemagne la suite interrompue des anciens poètes de la France, commencée par M. Guessard, qu^elle a conduit à l'Institut et qu'il a lâchée dès que la porte de la docte assemblée lui fut ouverte.

Si l'on joignait aux livres que je viens d'énumérer le Journal de barbier récemment réédité par Charpentier, les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la %é' publique des lettres, improprement appelés « Mémoires de Bachaumont, » un Métra, une correspondance de Grimm et une de Laharpe, on aurait parfaitement raison, car on réunirait sous sa main, en cent et quelques volumes, les plus vivants documents de la vie si agitée et si aimable du xvm^ siècle.

Pour le xix^ siècle, je signalerai Tannuaire historique de Lesur, livre démodé mais utile, la réimpression de l'ancien Moniteur^ la Revue des Deux Mondes (une collection complète coûte de seize à dix-

huit cents francs) mais sa prétendue table est- si mal faite qu'on ne peut s'en servir.

Je lui préfère la Revue britannique y plus modeste mais plus originale et surtout plus instructive sans en avoir Tair. Il conviendrait aussi de joindre à ce fond un recueil des anciennes lois d'Isambert et la collection Duvergier.

On le voit, avec les livres, même lorsque Ton n'aborde qu'une catégorie, le nombre déborde tout de suite.

N'ai-je pas déjà dit, et n'est-ce pas le cas de le répéter ici, que le catalogue des livres et manuscrits relatifs à l'Histoire de France, déposés à la Bibliothèque Richelieu, formait quatorze forts volumes grand in-quarto ?

Vil faut toujours consulter le I Manuel du Libraire de Brunet lorsqu'on veut faire l'acquisition d'un livre ancien, et j'appelle ici ancien, tout ce qui est antérieur au xvm' siècle ; on doit toujours regarder le nom de l'éditeur et celui de l'imprimeur pour les livres imprimés depuis quatre-vingts ans.

Tel accouplement d'éditeur et d'imprimeur suffit pour créer à un livre une valeur réelle. Certains imprimeurs savent donner du cachet et du prix à un livre de

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peu d'importance et certains éditeurs ne confieront jamais d'impression à de mauvais ou médiocres imprimeurs.

Quand le livre n'est pas un livre usuel ou de librairie courante, sa confection est souvent aussi soignée que celle d'un objet d'art. Lorsque vers 1840, les éditeurs Bourdin et Dubochet confiaient au typographe Lacrampe ces magnifiques illustrés qu^ils vendaient vingt fi'ancs le volume, et qu'on s'arrache aujourd'hui dans lesventes, le papier, les caractères, les bois, le tirage ne devaient rien laisser à désirer. On ne tirait les feuilles qu'après une mise en train qui dépassait souvent quatre jours.

Enfant, j'ai visité les ateliers de Lacrampe, dont le fils était de mon âge, et j'ai vu les moyens restreints dont il disposait; je puis donc affirmer que c'était à force d'habileté professionnelle qu'il atteignait la perfection. Malheureusement le papier de ce temps se pique et se roussit d'une façon déplorable. Que le nôtre n'en tire pas vanité; on y introduit 25 % de terre à

ÉDITEURS, IMPRIMEURS, MARCHANDS DE LIVRES 8l

porcelaine, ce qui augmente d'autant son poids, mais non sa solidité.

Un autre ouvrier de première force mérite notre souvenir. Il s'appelait Fournier et fut le prédécesseur de Claye auquel a succédé Quantih, imprimeur et éditeur, qui laissera un nom dans l'histoire des 'Livres. Les livres de Fournier étaient des morceaux de choix. Lorsqu'il fut contraint, par des revers de fortune, de quitter Paris, M. Mame le prit et le chargea de la direction de sa célèbre imprimerie de Tours.

C'est à Fournier que ce grand établissement doit en partie sa réputation.

Aujourd'hui que toutes les sciences et tous les arts concourent à la perfection typographique, on ne fait pas mieux que le père Lacrampe, on fait autre chose ; le luxe déborde dans les papiers, danà les fontes, les illustrations en noir, en couleur, en or, mais le tirage n'est pas plus pur que celui qui sortait de la petite imprimerie de la rue Damiette. Qiiant à la correction, il n'en faut plus parler. Sauf en quelques

ateliers qui se respectent, on ne se donne ni la peine de relire, ni celle de corriger.

La faute typographique est si multipliée qu*on ne veut plus di erratum. Il ferait, par son ampleur, concurrence au dernier chapitre. C'est là un mal récent et auquel il serait utile de couper court.

Sans aller bien loin en arrière, nous pouvons citer une maison d'éditeur-imprimeur dont les livres, à bon marché cependant, sont aujourd'hui primés, uniquement parce qu'ils sont exempts de faute, bien mis en pages et proprement tirés. Les éditeurs Poulet-Malassis et de Broise, d'Alençon, ont publié dans le format in-i8 jésus, sous le second Empire , une certaine quantité de volumes de Charles Monselet, Baudelaire, Maxime Du Camp, Théodore de Banville^ Théophile Gautier qui sont déjà très recherchés et valent souvent un louis, alors qu'ils ont été mis en vente à 3 fr. 50. Chose curieuse, Poulet-Malassis et de Broise ne réussirent pas, ils faisaient trop bien pour leur moment. Poulet-Malassis était un vrai bibliophile, il a fini

tristement en Belgique, éditant des livres qu'on ne permettait pas en France.

Aujourd'hui, tous les livres qui sortent des presses de Jouaust fils, de Quentin, de Motteroz, de Darantiere, et qui sont édités par Conquet, Lemerre, Liseux, Morgan, Rouquette et par Rouveyre et Blond, sont notés au passage par les amateurs.

Disons-le, à l'honneur de la province, elle tient tête à Paris pour l'impression.

Chartres, Caen, Dijon, Nogent-le-Rotrou et bien d'autres villes possèdent des imprimeries qu'on cite. La maison Darantiere, à Dijon ; la maison Berger-Levrault, à Nancy; la maison Mame, à Tours; la maison Danel, à Lille, sont réputées entre toutes. Il y a vingt-huit ans, on a édité à Grenoble uq chef-d'œuvre : Grenoblo Malhéron. Dessins, gravures, texte et tirage, tout était grenoblois.

Les libraires qui éditent des catalogues mensuels ou annuels s'emparent de ces livres, généralement tirés à petit nombre ; ils les font habiller par de bons relieurs et

leur créent, en les raréfiant tout de suite, une majoration de prix. C'est un commerce où le petit amateur est étranglé, car un livre tiré à petit nombre a bien vite l'air d'être épuisé, grâce à cette façon de le mener.

Autrefois de très bons livres, fort bien faits, ne s'épuisaient pas, parce que leur prix de vente ne permettait pas de faire la publicité nécessaire au placement de quinze cents exemplaires. Aujourd'hui, on vend vingtcinq ou trente francs un volume de trois cents pages tiré à cinq cents exemplaires.

Les souscripteurs en enlèvent deux cents, les libraires prennent le reste et ne les exposent qu'un à un. Je connais un Sottisier de Voltaire quiréponà k ce signalement et a toujours l'air d'être le dernier exemplaire à vendre chez un libraire que je pourrais nommer. Ce dernier exemplaire est d'ailleurs inépuisable.

Cependant les marchands de livres feront bien de se méfier ; on édite en ce moment trop de livres chers, et il faut qu'ils soient vraiment très beaux pour que le public se les arrache. On commence à n'avoir plus

autant d'enthousiasme qu'il y a sept ou huit ans, et les rayons de bibliothèque s'emplissent. Et puis la province et l'étranger envoient à Paris tous leurs vieux livres. L'an dernier, j'ai vu quatre ou cinq cents Cazins arriver, en même temps, chez Lefilleul, un libraire du boulevard Poissonnière ; ils étaient en assez bon état et à des prix fort convenables. L'abondance de la marchandise avait fait, comme toujours, baisser sa valeur vénale. M. Corroëne, que j'ai déjà nommé, en a eu un moment dixhuit cents de même provenance. Pour les livres vraiment rares et chers, on en traite par correspondance et au besoin on fait photcTgraphier leur titre.

C'est, du reste, à Paris qu'on vend le plus avantageusement les livres quand ils ne concernent pas l'histoire d'une province. Dans ce dernier cas, ils rencontrent toujours des amateurs locaux. Sauf quelques rares libraires du centre de la France, les marchands de livres sont, en province, assez ignorants. A Paris, au contraire,

certains de nos libraires sont des savants

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et je nommerai, en première ligne, M. Ciaudin, sans crainte d'être démenti. Or, M.Claudin, me dit -on, a débuté sur les quais avec trois ou quatre boites. Aujourd'hui les gfands amateurs le consultent, son opinion fait autorité et il rédige des catalogues qui deviennent des livres classiques; comme le sera prochainement celui des Editions originales d'auteurs français du xvn* et du xvm* siècles, provenant du cabinet de feu M. A. Rochebelière, ancien conservateur de la bibliothèque Sainte-Geneviève, ^— bibliophile aussi instruit, aussi modeste que patient et honnête.

Il y a déjà longtemps que les libraires parisiens savent leur métier. Ils ont véritablement dépouillé la province. Il n'y a presque plus rien à découvrir, et les heureux mortels qui rencontrent des Elzéviers à grandes marges, chez un chaudronnier de Belleville, n'existent que dans les rêves des bibliophiles naïfs. Aujourd'hui, les bouquinistes eux-mêmes connaissent le prix de leur étalage et, dans le commerce du livre, on est toujours plus tenté de

surfaire du double que de se contenter de gagner lo ou 12 */o»

La meilleure manière d'acheter les ouvrages anciens dans les grands prix, c'est encore la vente publique^ à la condition de ne pas acheter soi-même, mais de charger de sa commission un libraire et autant que possible le libraire, expert de la vente. Parfois, s'animant au feu des enchères, un amateur s'enlève et pousse un volume désiré bien au-dessus de sa valeur. Mais les libraires, eux, sont comme les loups, ils ne se mangent jamais entre eux.

Enfin, il y a des époques climatérlques pour le bon marché. Le tout est d'être assez économe pour garder des munitions >dans sa giberne et pouvoir profiter des bonnes occasions.

Lecrachy comme toutes les crises, comme les lendeniains de révolution, a jeté sur le pavé des livres chers et diminué le nombre des amateurs passionnés.

En ce moment, les livres très chers sont relativement à bon marché.

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Ce n'est qu'en France que le goût du ^ beau livre est général et pratiqué dans toutes les classes de la société. En Prusse, les gens de la bourgeoisie et même de la noblesse apprécient peu les beaux livres, en Angleterre non plus ; les quelques collectionneurs anglais les achètent plutôt par amour-propre que par passion. Cependant, chez ces derniers, l'on cite plusieurs collections vraiment riches et précieuses. Enfin un mouvement populaire en faveur des bel- , les éditions commence à poindre sous la double influence d'un savant éditeur, M. Quaritch, et d'un imprimeur très intelligent, M. Wyman.

La Russie, sous ce rapport, tient après la France, avec quelques petits pays allemands, la tête de la bibliophilie de haute curiosité — éditions anciennes, manuscrits inédits — qu'il ne faut pas confondre avec la bibliomanie. La bibliomanie c'est la maladie ; la bibliophilie c'est la science. La première est la parodie de la seconde.

Vai dit que l'on ne trouvait plus 1 sur les quais. Cela dépend de ce que l'on y cherche et de la façon dont on y cherche. Comme beaucoup de libraires font ou font faire le quai le matin, on doit penser que ce n'est pas pour rien. Certes, les livres anciens, cotés cher, ne s'y donnent pas rendezvous ; mais sans être très instruits, les bouquinistes le sont plus qu'autrefois. Toutefois il est telle brochure à dix centimes qui peut valoir dix francs, si un homme întel-

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ligent la met à sa place dans une collection spéciale. Un recueil de 70 pièces (de deux à quatre sous) sur « l'application de la peine de mort», s'est vendu, à ma connaissance, 500 francs.

Feu Amauldet acquit pour deux mille francs un recueil de pièces et de livres sur le tabac. Pris séparément, chaque article valait en moyenne 30 centimes; cette moyenne s'éleva à vingt francs par le fait d'une réunion, œuvre de patience et de flair. Et le flair doit se payer, c'est de toute justice.

On me signale quelqu'un qui n'achète

que des attaques et des réponses : sa collection vaudra son pesant d'or, car ces sortes de productions le plus souvent sont offertes à ses amis par l'intéressé, ce qui fait que celui auquel on a fait cadeau d'une brochure d'attaque n'a jamais la réponse et vke-oersa.

Si nous passons aux unités, on trouve encore ; pas beaucoup, mais enfin on trouve.

Je puis citer quelques découvertes de M. Lorédan Larchey ; elles encourageront

LES QUAIS gx

les patients, les chercheurs, les découvreurs d'Amériques bibliographiques.

En 1869, près du pont des Saints-Pères, pour fr. 75 centimes, il acheta une Vita Christi gothique, petit format, imprimée à Pavie, en 1490; un peu plus tard, près de l'hôtel-de-ville — je ne sais à quel prix, mais pas cher — le seul exemplaire connu en France de VIcosameron de Casanova.

Je sais d'autres achats de ce patient et spirituel bibliographe qui contenteraient des bibliophiles diprimo cartello. Par exemple un Voyage au centre de la terre, qui donne un avant-goût de Darwin et Jules Verne, puis à deux ans de distance, le premier et le second volume — édition de Londres — ^Mémoires de la comtesse de La Mottey l'héroïne de l'affaire du collier.

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