‹ L'art de former une bibliothèqueChapitre 12 sur 31 · LES RELIEURS · texte numérisé non relu

LES RELIEURS

mire ces enfilades majestueuses de livres setîiblables, je suis loin de dédaigner la bibliothècjue variée de couleur, d'époques et de modes. — C'est plus gai — d'ailleurs j'aime beaucoup le livre vêtu selon le goût de son temps, même quand ce goût est devenu quelque peu ridicule. Je ne dis pascela,bien entendu, pour les fleurons et les compartiments du xvi^ siècle, ni pour les petits fers du xvn®, ni pour les exquises dentelles du xvni**. Mais le triangle révolutionnaire ne me déplaira pas plus sur le dos d'un Marat que la lyre timbrée sur le dos de Lamartine. Rien ne m'égaie comme les trèfles prétendus gothiques des troubadours de 1820. Je suis enfin de ceux qui trouvent bon air au Mémorial de Sainte-Héléne^ illustré par Charlet, aux histoires de Napoléon illustrées par Rafiet et H. Verne t dans ces reliures de 1840, à dos plats et à emblèmes bonapartistes dorés largement. Je conseille donc aux personnes qui commencent une bibliothèque, et j'insiste sur ce point, d'adopter pour leurs livres à eux, pour les

70 L ART DU FOKXBK UMB BIBLIOTHEQUE

livres qu'ils forment, qu'ils complètent eux-mêmes, une reliure pourvue soit de couleurs spéciales, soit d'ornements personnels, et de conserver ou de restituer au contraire aux livres du temps passé les reliures de leur époque. Ce qui est possible, car tous les fers des grands relieurs anciens se retrouvent assez facilement.

Il me reste à donner un conseil aux bibliophiles de province qui n'ont pas sous la main pour les livres courants^ un relieur expérimenté. Qp'ils fassent mettre k leurs volumes sur brochure un cartonnage à dos de basane. Ce sera laid, mais du moins les livres seront sauvés et l'on pourra les faire relier plus tard, s'ils en valent h peine.

L'HISTOII^E 1>E F-Uji^XNiCE

M suis journaliste depuis trente » ans et depuis trente ans le public

. m'a souvent honoré de correspondances intimes. Parmi les questions qui m'ont été le plus fréquemment posées, je placerai en première ligne celle-ci :

Quelle est la meilleure collection d'ouvrages pour apprendre l'Histoire de France ?

Je n'ai jamais eu le temps, ni la place nécessaire pour répondre à cette question.

Avec soixante et quinze volumes on

peut avoir une série d^Histoire de France complète depuis Pharamond, premier roi des Francs, jusqu'à M. Thiers, premier chef du pouvoir exécutif de la République actuelle. En voici la liste :

VHistoire de- France jusqu'en 1789 :

celle d'Henri Martin ou mieux celle de Michelet. A mon humble avis, le gros ouvrage d'Henri Martin ne vaut pas beaucoup plus que celui d'Anquetil. Celui de Michelet au contraire est magnifique et s'il contient parfois des aperçus audacieux, au moins ne renferme- t-il jamais de niaiseries ;

La Révolution: ou Louis Blanc ou M. Thiers 5 mais l'un ou l'autre toujours accompagné d'un Michelet. Michelet a mieux compris la Révolution' que Louis Blanc ;

Le Consulat et V Empire : M. Thiers, il est jusqu'à présent le seul complet ;

Les T)eux Restaurations : les huit volumes de Vaulabelle. A force d'être estimable, ce livre mérite presque de l'admiration ;

Louis-Thilippe : (f l'Histoire de dix ans »

l'histoire de FRANCE y3

de Louis Blanc, le chef-d'œuvre du maître écrivain ; et « l'Histoire de huit ans, » d'Elias Regnault ;

1848 i 185 1 : Garnier-Pagès ou Lamartine ou M"'^ d'Agoult (Daniel Stern); ce dernier assez bon livre ; et H. Castille, quatre volumes ingénieux, pleins de flamme, mais incomplets ;

L'Empire : Taxile Delord, jusqu'à présent seul;

Du 4 septembre à la chute de M. Thiers :

Quatre volumes de M. Jules Simon.

Je pourrais varier cette liste à l'infini et y ajouter même d'autres ouvrages; mais je ne crois pas que je l'améliorerais.

Aux livres d'histoire écrits par des historiens qui racontent ce qu'ils n'ont pas vu, comme M. Thiers ou le président Hénault, les gens, qui veulent savoir l'histoire vraie, préfèrent les Mémoires des contemporains et pour ceux-là des éditeurs intelligents ont fait des collections que je vais énumérer rapidement et qui au nombre de cinq ou

six forment encore un contingent de 300 à 350 volumes.

Il y a la collection éditée par les frères Petitot et M. Monmerqué; celle de M. J.-A. Buchon et celle de M. Guizot et leurs annexes, puis la collection MichaudetPoujoulat. Elles comprennefat les plus anciennes légendes jusqu'aux mémoires du temps de Louis XVI. Je me garderai bien d'oublier la suite officielle des Documents inédits et celle quasi officielle de la Société de F Histoire de France,

Pour la Révolution, on a la collection Barrière — 56 volumes in-8° — qui a été rééditée récemment en plus petit format et augmentée par Didot.

On pourra y joindre un certain nombre de publications isolées sur l'Empire, la Restauration et le règne de Louis-Philippe.

Voilà pour la grosse moisson ; mais les infiniment petits ont aussi leurs glaneurs.

Rien n'est à dédaigner dans l'histoire. Les archives de Cimbert et Dan j ou, la première Revtie rétrospective de Taschereau

Page 1