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pour le profit de tous les associés ; mais M. Le Clerc avait en haine tout ce qui, dans les livres, sortait du cours ordinaire d'une bonne fabrication; toute recherche en ce genre lui semblait une sottise. Il dit à ses associés : « Vous avez, Messieurs, « jugé convenable de tirer 12 exemplaires « sur un papier que vous prétendez supéc< rieur, eh bien! gardez-les ces 12 exem- « plaires, je n'y veux aucune part; mais « les fleurons en vignettes n'y seront im- « primés qu'après le tirage des 1,500 de « toute l'édition ; » et il tint parole.
(c Les associés de Le Qerc et de Prault pour cette publication étaient les libraires Hocheireau, Pissot, Bailly, Delalain et Delormel.
c< On trouve des exemplaires avec ces différents noms au bas de chaque titre.
ce Renouard a possédé presque tous les dessins originaux (cent trente-six pièces), auxquels il avait ajouté toutes les gravures en premières épreuves. Ces dessins furent vendus 1730 francs en 1854. Ils figurèrent ensuite à la vente Thibaudeau, où 127 de
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ces dessins atteignirent le prix de 8 lo francs ; ils passèrent dans la bibliothèque de M. le baron J. P***,qui les a ornés d'une reliure en maroquin rouge, de Tépoque de la publication, 140 francs. Il a été fait depuis plusieurs tirages inférieurs, qui ne se vendent pas cher: 15 à 25 francs. Le coloris de ces derniers est très médiocre. »
Lorsque nous aurons la description et rhistoire de tous les livres faite avec autant de soins et d'originalité, quels sujets inépuisables de conversations I Qiielles sources de jouissances pour les bibliophiles !
j'avoue cependant que le goût des estampes dans les livres a parfois été poussé trop loin. Le livre ne doit pas être un prétexte à gravures ; l'art du dessin au contraire doit simplement compléter la pensée de l'auteur. L'illustrateur, l'artiste doit y mettre une certaine discrétion ; cette dernière qualité a fait la gloire de Moreau. Elle a complètement manqué dans ces derniers temps à deux artistes de beaucoup de talent, à Granville et à Gustave Doré
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qui ont essayé de substituer leur personnalité à celle de l'auteur qu'ils illustraient et qui y ont même réussi.
La gravure hors texte a été presqu'abandonnée par les éditeurs du second tiers du XIX® siècle. Etait-ce la faute des artistes ou bien espérait-on un moment trouver dans la lithographie un auxiliaire suffisant pour le livre? Le romantisme s'en accommoda et je sais certaines lithographies de Deveria qui doublent le prix des premières éditions des romantiques grands et petits.
Puis vinrent les eaux fortes et enfin la gravure sur bois qui très heureusement employée permit de faire ces beaux livres, dits livres illustrés qui seront une des gloires de la librairie de ce siècle.
Les plus curieux livres illustrés du xix* siècle appartiennent évidemment à la période de 1838a 1844, alors que les éditeurs Bourdin, Dubochet, Curmer mettaient tous leurs efforts à produire des livres comme le Molière des Johannot, le Gil Blas
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de Jean Gigoux, les Evangiles et trente ou quarante autres volumes in-quarto. Les superbes éditions illustrées vingt ans après par Gustave Doré sont, malgré leurs immenses mérites, beaucoup moins en vogue parmi les amateurs que les illustrés plus modestes qui les ont précédés. Dans une vente toute récente, celle de la bibliothèque de M°* Blanc — bibliothèque plus nombreuse que bien choisie, — un Gil Blas de Jean Gigoux, sur chine, non rogné, à atteint le prix de 290 fr.
Les papiers ordinaires non rognés du premier tirage avec couverture, à l'état de neuf, des illustrés de la première période valent couramment de 40 à 50 fr. On n'a pas encore trop de peine à s'en procurer ; mais lorsqu'ils deviendront rares, ils monteront vite à 100 francs.
Aujourd'hui, on publie encore des livres illustrés ou plutôt des livres à gravures, mais on ne les fait généralement plus comme l'entendaient Bourdinet Dubochet; c'est-àdire accessibles avant tout aux amateurs peu
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fortunés. On les tire à très peu d'exemplaires sur papier de Hollande ou sur vélin et on les vend très cher.
M. jouaust a imprimé et édité ainsi beaucoup de beaux livres, entr'autres les Colloques d'Erasme avec des gravures en taille douce à mi-page, qui rappellent Tun des procédés exquis de la librairie du xvm* siècle. C'est un spécimen parfait de la belle typographie contemporaine.
M. Conquet, plus nouveau dans la carrière, a fait imprimer par Motteroz, Mon oncle ^enjaminy roman très original et très charmant, de Jacques Tellier, avec des illustrations de Sahib. Ce livre, avec plus de richesse, se rapproche des illustrés genre Dubochet. Il a une couverture à personnages, imprimée en couleurs, qui fait rêver les amateurs de l^elle typographie ; à elle seule, elle constituerait une curiosité, si le livre n'était lui-même un bijou et par son texte et par son exécution.
Aujourd'hui avec ces sortes de livres, on
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peut se constituer des collections fort agréables, mais il ne faut pas non plus dans ce coin-là croire aux bonnes occasions. Les beaux livres n'ont jamais été mis en vente plus cher. Si l'un de nos éditeurs de hautes curiosités voulait entreprendre en ce moment quelque chose comme l'édition des Contes de La Fontaine^ dite des Fermiers généraux, il ne la vendrait pas trois louis, il ne la tirerait pas à 2,000 exemplaires. — Il ferait payer cinq cents francs à cinq cents souscripteurs — et s'il n'en trouvait tout d'abord que trois cents, il garderait et vendrait plus tard 750 francs les exemplaires non placés, en disant toujours qu'il n'en a plus que dix.
C'est toujours la plaisanterie du dernier exemplaire inépuisable.
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1 s'est opéré depuis une vingtaine d'années une évolution complète dans le monde des éditeurs. Ceux qui sont le plus estimés des amateurs ne sont pas ceux que le gros public connaît. Les noms de MM, Didot. Hachette, Dentu, Calmann Lévy, Charpentier et autres, qui couvrent littéralement l'univers des livres qu'ils éditent, ne causent aucune émotion au cceur des bibliophiles, tandis que les noms de Lemerre , Quentin , Jouausc , Rouveyre
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et Blond, Rouquette, les mettent tout de suite en éveil. C'est que les premiers éditent des œuvres tandis que les seconds font de jolis livres; or, Tamateur de livres sait très bien que tous les bons ouvrages sont généralement — et à de très rares exceptions près — imprimés d'une façon courante et n'enfantent que plus tard de jolis ou de beaux livres ; et il attend patiemment ces derniers.
En outre les éditeurs curieux, jeunes, audacieux, chercheurs ont une spécialité ; ils publient volontiers le premier volume du poète qui sera célèbre* demain, la première nouvelle du romancier de l'avenir
et le premier opuscule social du grand réformateur inconnu ; et le bibliophile sait également que cette première émanation du génie non révélé à la foule, deviendra certainement avant dix ans la pièce introuvable. Un collectionneur qui depuis quinze ans aurait acheté tous les premiers volumes de vers publiés chez Alphonse Lemerre posséderait une collection probablement
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unique, carie célèbre éditeur lui-même ne l'a peut-être pas complète.
Voilà encore un filon à exploiter pour les amateurs de bonne volonté.
Monselet, qui restera le véritable chroniqueur de la vie littéraire actuelle, a raconté plaisamment l'histoire du premier éditeur de MM. Théodore de Banville et Philoxène Boyer. Il se nommait Edmond Albert ; faisait très bien les choses, payait convenablement les deux poètes et imprimait leurs vers sur de magnifique papier. Mais comme il n'avait pas de relations avec les libraires, il enfermait l'édition entière dans une grande armoire, puis l'oubliait. Un jour, un plaisant fit insérer l'annonce suivante dans les faits divers du journal le Pouvoir : « La belle scène dramatique de M. Phi- « loxène Boyer, V Engagement ySihiQnintQT- « prêtée par M"^ Judith, paraîtra prochai- M nement dans Vartnoire de M. Edmond « Albert, éditeur. »
Si M. Edmond Albert vit encore, je le prie de m'envoyer un exemplaire de VEn-
gagementj car d'après sa méthode de lancer les livres, ce doit être un sport des plus difficiles que la chasse de ses éditions.
Après cela, Monselet a tant d'imagination qu'il a peut-être confondu volontairement Tarmoire de M. Edmond Albert, avec une petite boutique de libraire de la rue de Seine, que j'entrevois vaguement dans mes souvenirs de jeunesse.
Mais, me dira-t-on, tous les conseils que vous venez de donner semblent exclure de la bibliothèque de vos rêves, tout livre qui n'est pas imprimé avec goût, sur beau papier, orné de jolies gravures et relié élégamment.
Je ne le nie point.
Une bibliothèque particulière, la bibliothèque d'un amateur, d'un lettré, d'un bibliophile, d'un bibliolâtre, si vous voulez, ne doit contenir que des livres curieux à un titre quelconque.
Le vieux Royer-CoUard répondait à Alfred de Vigny venant solliciter sa voix pour l'Académie et lui demandant s'il avait lu ses œuvres :
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ft A mon âge. Monsieur, on ne lit plus, on relit. »
Je parodierai son mot en disant : un bibliophile ne conserve pas les livres qu'on lit une fois mais seulement ceux qu'on relit avec plaisir et que, par conséquent, on relie... plus ou moins richement.
Aujourd'hui toute une série d'éditeurs, d'imprimeurs , de dessinateurs , de graveurs travaillent pour satisfaire les bibliophiles et uniquement pour eux. C'est sous l'impulsion de ce goût élevé, délicat que se sont réveillés les instincts littéraires de la bourgeoisie. Je ne sais ce que cela produira dans l'avenir, mais évidemment nous nous préparons à une renaissance.
J'en prendrai même pour pronostic certain les maladies et les monstruosités résultant du naturalisme outré et de la pornographie mercantile. Les lendemains de pareilles épidémies sont des jours d'éclat et de lumière. On peut être sûr que le public ne manquera pas au chef-d'œuvre lorsque le chef-d'œuvre se présentera.
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D'ailleurs, les éditeurs feront tout pour qu'il se présente. Généralement instruits, souvent doués d'un tact précieux, ils ont également droit à une part dans notre reconnaissance. Tandis que la plupart des Directeurs de théâtres, marchands ignorants ou bêtes, tuaient notre littérature théâtrale en exploitant des étoiles de café-concert, en jouant des pièces où tout l'esprit consiste à montrer les jambes de M"* X. et le dos de M"*Z. —:; si bien qu'on ne trouverait peut-être plus une troupe pour jouer le drame d'Alexandre Dumas père et les vaudevilles amusants de l'ancien répertoire des Variétés — les éditeurs initiaient la foule aux chef S'd^ œuvre du XVT'et du XVIII* siècle.
Il y a cent ans, toute notre littérature rétrospective courante était contenue dans le xvii" siècle, — le grand siècle — Louis XIV 1 — on ne sortait pas de là.
Aujourd'hui, grâce àla bibliophilie, grâce aux éditeurs bibliophiles, la littérature française est connue depuis ses premiers âges.