LES ÉDITEURS CONTEMPORAINS I4I
La manie, la monomanie du bouquin a engendré une belle et grande science : la science de la littérature.
Je veux aussi aller au devant d'une autre objection.
J'ai sans cesse, en parlant des livres rares, précieux, désirables, laissé entrevoir qu'un peu de spéculation se mêlait toujours à la ténacité de certains amateurs pour se les procurer.
Et pourquoi pas ?
Est-ce que, par hasard, les gens qui spéculent, sans scrupules, sur les céréales, sur les fonds publics ou tout simplement sur Timbécillité du gogo , trouveraient mauvais qu'un homme intelligent, instruit, fît fortune en revendant très cher une collection réunie et acquise au prix de mille soins divers? Ce serait le monde renversé.
Le livre a une valeur triple.
Il a la valeur d'un outil pour l'étudiant, pour le travailleur et même pour le simple
lecteur auquel il procure une distraction.
Il a en plus une valeur mobilière comme ornement de nos appartements; et les compagnies d'assurances l'admettent, puisqu'elles assurent à part les bibliothèques et relatent sur leurs polices les ouvrages les plus précieux qui les forment. Je saisis même cette occasion pour recommander aux propriétaires de belles collections de ne pas négliger cette utile formalité.
Enfin le livre a une valeur indéterminée qui tient de l'essence même de la spéculation. Dans la supputation de cette valeur entrent le mérite de l'ouvrage, le nom de son auteur, de son éditeur, de son imprimeur ; le luxe qu'on a déployé pour le confectionner, rhabiller, son ancienneté, sa rareté.
En 1848, j'ai vu vendre cent francs chez un marchand de couleurs du boulevard Montmartre, un Diaz fort réussi. L'étemelle nymphe du peintre, fuyant dans un boissons un rayon de soleil, avait dans ce tableautin, plus d'éclat, plus de fraîcheur, plus