LE CATALOGUE I
conseil de femme de ménage : chaque fois que vous prendrez dans votre bibliothèque un livre pour le consulter, époussetez-le, puis frottez-^ui le dos et les plats avec une peau fine, semblable à celle dont se servent les domestiques pour faire briller l'argenterie.
Cette friction hygiénique est excellente et des plus salutaires pour la santé du livre.
Je vous en prie, n'oubliez ni le plumeau en plumes douces, ni la peau fine. On peut remplacer cette dernière par des foulards hors de service et très usés.
POST'FaiCE
^e crois avoir montré quelles occu- ) pations se crée un amateur en . abordantlabîbtiophilie.Les jouissances qu'il en retire sont ineffables. Il ne s'agit pas toujours, en effet, pour devenir un heureux bibliophile d'avoir une bibliothèque qui représente plusieurs centaines de mille ârancs et que l'on espère revendre te triple; il suffit de posséder de bons livres qu'on aime et que l'on entoure de soins. Un livre à gravures est toujours revu avec un nouveau plaisir.
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une belle reliure réexaminée avec plus de componction, de même qu'un passage de l'auteur aimé est toujours recommenté avec plus d'amour et d'imagination.
A chaque station dans sa bibliothèque, l'amateur retrouve d'ailleurs le souvenir d'une conquête, d'une joie, d'une émotion passées. Le livre est un ami qui ne vous trompe jamais, qui ne vous contredit pas, qui vous donne de bons conseils et qui vous console dans l'affliction.
C'est le plus complaisant compagnon de voyage, toujours prêt à s'ouvrir pour vous être agréable et ne montrant aucun dépit quand on le quitte.
Je ne dis pas cela le premier, je le sais.
Cela a été répété cent fois en prose et en vers. Mais ce n'est pas parce qu'une vérité est rebattue qu'il faut la mettre sous le boisseau. Ce qui est vrai et bon est éternel.
J'ajouterai que la science de la bibliographie est une science qui ne s'enseigne pas. On l'apprend soi-même, petit à petit.
En effet, il n'y a pas de cours de bibliographie à l'usage des gens du monde —
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et les libraires les plus^ savants, les bibliophiles les plus distingués rencontrent souvent un bouquiniste ou un petit amateur, qui leur donne une leçon sévère sur un livre que ces derniers ont appris à connaître en le maniant.
C'est uniquement en maniant les livres, qu'on arrive — ce qui est la vraie force du bibliophile — à la parfaite connaissance des papiers, des marques d'éditeurs et du travail des relieurs. Aujourd'hui, le nombre des livres dont le signalement n'a pas été décrit, est très minime. Presque tous les beaux exemplaires existant d'éditions précieuses sont connus ; on sait où ils sont, ce qu'ils ont coûté et ce qu'ils se vendront et souvent à qui ils seront vendus à la prochaine mutation. La science écrite est donc complète ou à peu près. Mais l'instinct, le flair, le don de la divination n'ont pas de règle :
On devient amateur, mais on naît bouquiniste.
On a aussi fixé les. principales époques de l'histoire philosophique du livre, des
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différentes étapes de sa confection et de sa diffusion comparées à l'expansion des connaissances humaines et de la civilisation.
n n*y a pas eu d'agent de liberté plus actif. C'est le livre qui a affranchi le monde moderne et cela suffirait pour le faire aimer de tous les cœurs bien nés. Mais arrêtonsnous là sur le livre, car c'est au simple point de vue du plaisir qu'il procure que j'ai voulu m'en occuper.
Heureux ! trois fois heureux ! si par mes conseils très élémentaires — d'où je n'ai pas eu la peine de bannir les aridités d'une science que j'ignore — j'ai donné ridée à quelques personnes de se faire une bibliothèque, si j'ai développé chez d'autres l'amour naissant de la bibliophilie.
De tous les plaisirs, c'est le plus durable ; comme ceux de tous les autres collectionneurs. De plus, il laisse parfois à celui qui le cultive avec distinction un nom égal à ceux des auteurs et des éditeurs.
Après avoir profité de tous les biens de ce monde dans la juste mesure de mes
moyens et de mes forces, je puis, sans hypocrisie, constater ici que de toutes les jouissances, celles qui proviennent de l'amour des Livres, sont, sinon les plus vives, tout au moins les plus facilement et les plus longtemps renouvelables.
Au jeu, on ne gagne pas toujours ; avec les femmes la vieillesse arrive avant la satiété. Il y a bien aussi la table! Mais quand on a bu et mangé pendant deux heures, il faut s'arrêter. La pêche ! La chasse ! dira-t-on. — Pour la pêche, il faut de la patience et... du poisson ; pour la chasse, il faut des jambes et du gibier.
Pour le livre, il ne faut que le livre.