LES ÉDITEURS CONTEMPORAINS I
d'entrain, plus de vie que dans vingt autres toiles de ce maître. En 1856, il se revendait 3,000 fr. de la main à la main; en 1861, il atteignait 17 mille francs à rhôtel des commissaires priseurs. On trouve cela tout naturel. Pourquoi donc^ un livre qui valait 60 francs en 1780, n'en vaudraitil pas 6,000 cent ans après ? Et pourquoi l'homme qui a deviné qu'une édition monterait en prix, serait-il coupable lorsqu'il revend cent francs ce qu'il a acheté dix !
Il n'est pas plus libraire que Tamateur de tableaux n'est marchand, cela est sûr. Il est amateur. Mais qui dit amateur, dit spéculateur ; car après le plaisir d'avoir acheté à bon compte, il n'y en a pas de plus grand que de revendre avec bénéfice.
Et puis, faut-il le dire, c'est l'espérance de la spéculation heureuse qui sert de remorqueur au goût éclairé du bibliophile.
Si les éditeurs ne comptaient que sur les gens qui achètent pour conserver, il leur serait impossible de nous livrer ces beaux livres qui font notre joie.
144 LAKT DE FORHEK UNS BIBUOTHEQLE
Donc, si j'ai surexcité parfois les appétits mercantiles, c'est avec une intention bien arrêtée et dans le but déterminé de multiplier le nombre des acheteurs de beaux livres. Plus ils en achèteront, plus on en éditera.
J'ajouterai, en outre, que j'aimerais mieux placer mes économies en bons Jouausts, en excellents Quentins, en délicieux Rouveyres et Blonds, en charmants Lemerres, que de les mettre dans la Société des Floueurs réunis, avec succursale à Bruxelles.
Dixi.
LE C(i4Ta4L0GUE
fxegit monutiunlum. . . Mon biblio- ! phile amateur a commencé sa , collection ; il range ses trésors avec amour et émotion sur les rayons de sa bibliothèque. Il lui faut tout de suite un catalogue ; il le lui faut absolument ; car il n'y a pas devrai bibliophile, ni de bibliothèque bien classée sans catalogue.
Grosse affaire que le catalogue.
On a écrit des livres sur la manière de les rédiger. C'est excellent, mais
je crois qu'il vaut mieux lire des catalogues tout faits, se bien pénétrer des deux ou trois méthodes employées par les maîtres en ce genre, et adopter celle qui paraît la plus claire.
Surtout — je vous y engage — ne faites pas votre catalogue sur un registre-répertoire, c'est incommode. Au contraire servezvous de fiches qu'on range après par ordre alphabétique dans une petite boîte basse en carton ou en bois, dite Cabriolet.
Au besoin, ayez deux catalogues : un pour les noms d'auteurs, l'autre pour les noms de matière, mais tous deux par ordre alphabétique.
Si vous avez beaucoup de livres, leur numérotage devient indispensable.
Lorsque vous manquerez par hasard au respect que vous devez à vos livres, en les prêtant à un étranger, ne manquez jamais d'inscrire au crayon, sur la fiche correspondante, la date et le motif de l'absence du cher compagnon.
Et, maintenant, un dernier conseil , un