CHOIX DES LITRES
moires du XVIIl^ Sikh de chez Didot, une collection des classiques français y dite du prince impérial, de chez Pion, les vingt livres nouveaux de Tannée, un Larousse pour l'érudition facile et vous aurez tout ce qull faut pour passer votre temps les jours de pluie. Si votre maison de campagne est sur le bord de la mer, joignez-y les œuvres de Jules Verne et remplacez les Mémoires du XVIII^ Siècle par une bibliothèque des Voyages. Faites cartonner élégamment les in-i8 et au-dessous par Pierson et relier les volumes plus grands chez un relieur travaillant très solidement. »
 la campagne, les dictionnaires et les romans sont les seuls livres utiles.  cette occasion, je rapporterai ce que j'ai vu, il y a une dizaine d'années. Un voisin de villégiature étonnait véritablement toute une petite colonie d'artistes et de gens de lettres par la variété de ses connaissances. Il savait tout... mais toujours le lendemain. Il raccrochait le plus habilement possible la conversation du jour à celle de la veille et alors il s'étendait sur le personnage dont
on n'avait fait qu'effleurer la vie, sur l'évément au sujet duquel on avait discuté.
Un Dictionnaire de la Conversation et une biographie générale, de chez Didot, en faisaient un Bénédictin et opéraient seuls ce miracle.
Aujourd'hui le grand Dictionnaire du
XIX^ Siècle vaut mieux que tout ce qui a
été fait avant. Il est malheureux toutefois
' que son fondateur soit mort avant de l'avoir
terminé.
Notre siècle est favorable aux dictionnaires. On disait autrefois des églises qu'elles étaient les livres de ceux qui ne savaient pas lire ; on peut dire aujourd'hui des dictionnaires, qu'ils sont les bibliothèques de ceux qui ignorent tout. Sans oublier qu'ils font souvent faute à ceux qui croient savoir. Qpe de discussions inutiles n'engage-t-on point sur une date ou sur un fait, ou même sur l'orthographe d'un nom de localitél J'en ai vu des déjeuners empoisonnés et des soirées compromises, et cela faute d'un dictionnaire...
LES MEUBLES-miBLlOTHÈQUES ET L'ARRANGEMENT DES LIVRES
iÇci je demande encore lapermission de faire un léger cro- > cher, mais il est absolument aûle.
Les premiers livres achetés, il faut un meuble pour les Ic^er.
Qjie ce meuble soit assez profond pour qu'on puisse y installer deux rangées de grands in-S" ou trois rangées d'in-i2.
Certes, il vaudrait mieux que les rayons fussent moins chargés en profondeur ; mois les appartements sont si petits ï Paris
56 l'aat de former une bibliothèque
qu*un bibliophile doit se résigner à regagner en épaisseur ce qu'il perd en surface.
Le meuble ne doit pas dépasser la hauteur à laquelle votre bras atteint'; vous mettrez au-dessus vos sculptures, vos tableaux, vos potiches, toutes choses qui s'harmonisent à merveille. Enfin qu'il soit ouvert. Les livres, et surtout les reliures ont besoin d'air. Un livre est un être vivant, il faut qu'il respire. Je suis convaincu, par expérience, qu'à la longue un volume relié s'abîme moins sur un rayon, que dans un meuble hermétiquement fermé. Nos ancêtres, qui joignaient la prudence à la connaissance des choses, mettaient souvent des portes à leurs armoires-bibliothèques, mais elles étaient grillagées. Aujourd'hui, les vrais amateurs ont des armoires ouvertes; je ne les blâmerai pas si leurs armoires n'ont pas de coins creux et profonds où les livres se perdent, si leurs rayons sont confortablement doublés de drap, et- si, dans le voisinage, ils installent avec art quelques pièges à loups.