DES GOUACHES CHAPITRE II
DES GOUACHES
C'est la peinture à la gouache qui a précédé l'invention de la peinture à l'huile. La gouache se distingue par sa douceur, sa fraîcheur et son éclat ; elle est sombre ou éclatante ; c'est elle qu'employaient les artistes du moyen âge pour orner les splendides manuscrits dont nous parlerons brièvement dans le cours de ce travail.
Pour peindre à la gouache, on ébauche par teintes plates dans un ton moyen allant du clair au foncé, ajoutant pour les clairs, du
blanc qui donne de l'éclat ^X^^^^W. I^C?
et du brillant. Les tons de l'ébauche doivent être francs et vifs ; lorsqu'elle est terminée, on y revient avec des gouaches ne contenant pas, ou du moins très peu de blanc, selon le sujet que l'on
traite, et se raccordant avec Fig. 2. — Lettre ornée tirée d'un , , j 11 ri 1 manusci'it du xiv"^ siècle
les tons de i ébauche ; on pose ,i- , , •^
' i (Lcole irançaise).
ensuite les demi-teintes, puis
les lumières qui repiquent la peinture et lui donnent,
en même temps que du relief, beaucoup d'éclat.
L'expérience est le meilleur des professeurs ; cependant nous conseillerons, pour la composition de la palette, de n'employer d'abord que les couleurs en quelque sorte primordiales, quitte, plus tard, à ajouter les autres gouaches dont on peut avoir besoin ; car,
pour renliiminure, où Ton doit éviter d'une façon absolue les mélanges, il devient utile d'avoir une palette assez compliquée. Voici donc les nuances principales à l'aide desquelles on la formera:
Vermillon ;
Rouge de Saturne;
Carmin ;
Terre de Sienne brûlée ;
Brun Van Dyck ;
Ocre jaune ;
Jaune de Naples:
Vert Véronèse;
Vert anglais n" 3;
Cendre verte ; »
Outremer;
Indigo ;
Bleu de Prusse;
Violet ;
Noir d'ivoire ;
Et la couleur, base fondamentale, blanc d'argent.
Autrefois chaque peintre préparait lui-même ses couleurs et l'on peut lire dans les œuvres de Théophile, prêtre et moine, et dans un curieux manuscrit du xiv^ siècle d'un auteur italien (nous voulons parler du fameux livre De Arle iUimiinandi), de curieux renseignements sur la préparation des couleurs dont on se servait au moyen âge, sur leur composition et mode d'emploi.
Aujourd'hui on trouve dans le commerce d'excellentes gouaches toutes préparées; il est donc inutile d'encombrer ici ce petit traité, tout pratique, de ces recettes d'antan ; et, puisque ces couleurs existent et varient à l'infini, on augmentera, peu à peu, le nombre
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de celles contenues sur la palette, car plus les tons seront différents, plus on est à même d'obtenir dheureux effets. Il y a un point vers lequel nous insisterons dans l'emploi des couleurs, c'est celui d'écarter, d'une manière radicale, toutes celles qui ont une base d'aniline.
Voici les couleurs reconnues comme ayant presque toujours une fixité complète :
Brun rouge, jaune de Naples, noir d'ivoire, noir de pêche, noir de vigne, ocre brun, ocre jaune, ocre de rue, rouge indien, rouge de Venise, terre d'Italie naturelle et brûlée, terre d'Ombre naturelle et brûlée, terre de Sienne naturelle et brûlée, terre verte, bleu de cobalt, brun de Mars, jaune indien, les laques de garance, rose, foncée et capucine, ocre d'or, outremer, les verts de chrome, de cobalt et d'émeraude, les violets de Mars et de cobalt.
Voici quelques couleurs très solides :
Blanc d'argent et de Chine, bleu de Prusse, cendre bleue et cendre verte, gomme-gutte, jaune de chrome clair et foncé, bleu de Chine, jaune brillant, vermillon ordinaire et vermillon de Chine, vert de Scheele, le pourpre impérial.
Lorsqu'on achète ces couleurs en flacon, on fera bien de les extraire au moyen d'une lame de corne, d'os ou d'ivoire et de les poser sur la palette en ayant soin, à chaque changement de couleur, de bien net-
Fig. 3. — Lettre ornée tirée d'un manuscrit du xiv^ siècle (École française).
toyer la lame dont on se sera servi, afin d'éviter tout rapport des couleurs entre elles. Ne pas laisser le flacon découvert si l'on veut conserver ses couleurs liquides et n'être pas obligé d'y ajouter trop souvent de la glycérine, ou mixture souple qu'on peut également se procurer très facilement chez les marchands d'articles de dessin.
Suivant la fluidité ou la sécheresse des gouaches, on peut aussi y ajouter soit un peu d'eau, très légèrement gommée, soit quelques gouttes de fiel préparé pour le coloris ; le fiel aide à faire adhérer la couleur soit sur le vélin, soit sur le papier.
Toutes les nuances obtenues pour la peinture dérivent des couleurs prismatiques ; elles sont le produit de leurs mélanges proportionnels. L'enlumineur arrivera facilement, après quelques essais, à trouver la graduation des tons, les gammes, les nuances et les tons rompus dont il aura forcément besoin pour accomplir une œuvre de quelque importance, comme l'exécution d'une miniature avec portrait, personnages ou paysages.
Pour bien opérer les mélanges, nous lui conseillerons, outre sa palette, d'avoir quatre godets : un pour la couleur franche, un pour les tons clairs, un pour les tons foncés et un pour les tons rompus. Si nous voulons par exemple établir la gamme des violets, nous commencerons par nous procurer le violet proprement dit, tout préparé, ou nous le ferons au moyen d'un alliage de bleu outremer et de carmin fin. Nous augmenterons ou diminuerons l'intensité en y adjoignant du blanc d'argent et du pourpre impérial ; dans la réunion de ces couleurs on obtiendra en les mélangeant à des degrés diff"érents, toute une gamme de tons, depuis le
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lilas le plus tendre, jusqu'au violet le plus sombre. Pour rompre ces tonalités, nous ajouterons soit du noir
Fig. 4. — Encadrement tiré d'un maniiscrit du xnV sièrlc. (Bibliotbèque de YEnlumineuv.)
d'ivoire, du bleu de Prusse, du carmin brûlé, du vermillon, du jaune de Naples, etc.
Nous procéderons de la môme façon pour chaque
LART DE LENLUMINURE
couleur franche, la diminuant ou l'augmentant d'intensité, à l'effet voulu, et la rompant par d'autres cou-
Fig. o. — Encadrement tiré d'un livi'e d'Heures français du xiv» siècle. (Bibliothèque de Y Enlumineur .)
leurs, entrant sans éclat criard, dans la combinaison dite des tons rompus.
On se servira avec avantage, pour chaque tonalité, après avoir fait le mélange sur la palette en porce-
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laine, de godets fermés, s'emboîtant les uns dans les autres et dans lesquels on placera, au moyen du couteau, les différentes teintes obtenues ; lorsqu'on voudra s'en servir, on n'aura qu'à prendre un godet, sans avoir, à la reprise du travail, à mélanger de nouveau les couleurs : on économisera ainsi un temps précieux, ot, ce qui est de la plus grande importance, l'enlumineur ne courra pas le risque, en recommençant souvent .a rech'erche de ses teintes, de perdre l'uniformité de Ja nuance qu'il avait voulue au début. Cette manière d'opérer est surtout recommandée pour peindre les grandes surfaces et les fonds.
L'enluminure s'obtient avec toutes couleurs à l'eau, et l'aquarelliste muni de ses couleurs peut entreprendre les travaux les plus délicats ; couleurs en pots, en pains, en tubes, de bonnes marques, peuvent s'employer au gré de l'artiste. Cependant, nous préconiserons les couleurs moites en tubes, parce qu'elles se conservent beaucoup plus longtemps, l'air ne les altérant pas, elles ne durcissent pas comme celles contenues dans les pots, où souvent il faut ajouter de la glycérine et de l'eau, et même les rebroyer si l'on est resté un certain temps sans en faire usage ; quant aux couleurs en pain, elles perdent toujours, à la longue, leur qualité de coloris, deviennent dures el d'un emploi pénible.