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CHAPITRE IV

Pour rendre à peu près complète cette étude sur le matériel de la photographie, il faudrait passer encore en revue une multitude de procédés et d'appareils. Chaque application nouvelle de la photographie donne lieu à des modifications dans les préparations et dans les instruments, et sans parler des innovations hasardées qui se produisent sans cesse, la description seule des moyens acquis et consacrés m'entraînerait bien au delà des limites que je me suis tracées. Mon but ne saurait être ici de faire un traité complet des procédés de la photographie ; en esquissant cet ensemble du matériel de la photographie, je désire surtout montrer les ressources dont pourra disposer le photographe pour atteindre à la beauté dans la représentation de la nature, lorsque, voulant s'élever au-dessus du rôle de simple opérateur, il tentera de devenir artiste. En dehors des procédés au collodion humide et des procédés de tirage sur papier positif que j'expose plus loin avec toutes les circonstances que m'a indiquées une longue pratique, je n'ai donc

point la prétention de décrire dans tous leurs détails les procédés photographiques; c'est une vue d'ensemble que je veux donner au lecteur, pour le préparer aux études artistiques qui terminent cet ouvrage et qui en constituent à mes yeux un des éléments les plus importants.

Si le lecteur ne possédait pas cette connaissance générale, s'il ne savait pas de quelle nature peuvent être les ressources de la photographie comme procédés matériels, il lui serait bien difficile de concevoir quel doit être son rôle, son action et ses limites comme art.

J'ai dû fixer l'attention surtout sur les moyens d'obtenir la représentation de la nature animée, parce que l'expression de la vie est l'élément essentiel de toutes les compositions de l'artiste. On a pu voir que, si les appareils propres à rendre possible, dans toutes les circonstances, la reproduction presque instantanée de la nature vivante ne sont pas encore complètement trouvés, les préparations chimiques aptes à la donner sont acquises aujourd'hui, et que le photographe est définitivement en possession de l'instrument premier de son art. Le moment est donc venu de rechercher les lois esthétiques spéciales qui doivent le diriger dans la production des dessins photographiques.

Mais si le photographe doit faire appel pour les types qu'il crée aux combinaisons savantes de l'art,

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il doit aussi pouvoir compter sur la durée des productions qui sortent de ses mains. Il faut que les reproductions multipliées du type soient formées de matériaux assez solides pour affronter le temps. Cette seconde partie de la pliotographie, qui a pour objet la transformation et la reproduction du type négatif, est loin d'être aussi nettement fixée que la première. Aussi, al -je donné, pour cette raison, une moins grande importance au procédé sur papier positif, laissant entrevoir au lecteur que des modifications profondes peuvent être apportées dans les procédés de tirage des épreuves. C'est ici le lieu de traiter cette importante question.

Le public connaît aujourd'hui, aussi bien que les photographes , toute la fragilité des épreuves sur papier; il sait que toutes les recherches faites dans le but d'obtenir une meilleure fixation des images n'ont a])outi qu'à leur assurer une solidité relative et non pas à leur donner cette durée indéfinie sans laquelle il n'est plus de publications, plus de collections, plus de travaux sérieux possibles. Il serait donc puéril de chercher à dissimuler l'impuissance du tirage actuel. Il faut au contraire la signaler hautement pour amener le plus tôt possible la photographie à son entier développement.

M. Reguault, de l'Institut, a présenté d'ailleurs la question avec beaucoup de netteté et d'autorité dans

un rapport que tous ceux qui s'intéressent à la photographie doivent méditer^.

« Une des appUcations les plus intéressantes de la photographie est la reproduction fidèle et incontestahle des monuments et documents historiques ou artistiques que le temps et les révolutions finissent toujours par détruire. Depuis les immortelles découvertes de Niepce, Daguerre et Talbot, les archéologues se sont vivement préoccupés de cette importante application, qui doit fournir des éléments si précieux aux siècles futurs. Mais, pour que la photographie puisse réaliser les grandes espérances qu'elle a fait concevoir sous ce rapport, il faut, avant tout, que l'on soit certain de la conservation indéfinie des épreuves. Malheureusement, l'expérience de la première période photographique que nous venons de traverser est loin d'être rassurante à cet égard : beaucoup d'épreuves , qui n'ont que quelques années d'existence, sont aujourd'hui profondément altérées; quelques-unes se sont complètement effacées. Les photographes, jiistement alarmés d'un état de choses qui compromet gravement le développement merveilleux que leur art a pris en si peu de temps, se livrent aujourd'hui à l'envi à la recherche des causes qui ont déterminé une altération si rapide, et de nouveaux procédés de tirage

\. Rapport présenté à la Société française de photographie, par son président M. Regnault ('1856).

qui assurent une plus longue durée aux épreuves.

« Les sociétés photographiques ont enregistré depuis quelques années un grand nombre de procédés de fixage des épreuves positives que leurs auteurs présentent comme devant en assurer la conservation indéfinie. Elles ont pu constater que des perfectionnements importants avaient été réalisés, en effet, par rapport aux premiers procédés de tirage auxquels on s'était arrêté ; et il y a lien d'espérer que les efforts persévérants d'un si grand nombre d'opérateurs zélés, intelligents et instruits en amèneront prochainement de plus grands encore. Mais la conservation indéfinie des épreuves photographiques ne peut être prouvée que par Fexpérience de plusieurs siècles; les archéologues hésiteront à confier les sujets de leurs études à un art dont les produits ne leur présenteront pas des garanties suffisantes de durée, et ne se fieront pas aux promesses qui leur seront faites à cet égard, de quelque autorité qu'elles émanent, quand le temps n'aura pu en donner une consécration incontestable.

« La connaissance que nous avons aujourd'hui des propriétés physiques et chimiques des corps suggère des objections dont le temps pourra seul préciser la portée.

(( Les éléments chimiques qui constituent le dessin d'une épreuve positive existaient primitivement à l'état de dissolution dans les liqueurs qui ont servi

à la préparation photogénique des papiers. Ils sont donc solubles dans des réactifs chimiques appropriés; et bien que l'on puisse admettre que, dans les conditions où les épreuves seront conservées, elles ne se trouveront pas exposées à des agents semblables, aucun chimiste ne peut assurer qu'une altération analogue de ces substances ne pourra pas être produite, dans la suite des temps , par des agents bien moins énergiques que l'air pourra leur présenter, ou qui pourront se développer en quantité très-minime dans les espaces où les épreuves séjourneront. D'un autre côté, les quantités pondérables des métaux qui forment les noirs et les demi-teintes de nos épreuves sont extraordiiiairement petites ; elles sont fixées sur le papier par des affinités très-faibles. Aucun métal n'est absolument fixe aux hautes températures de nos foyers, et, quelque faible que l'on veuille supposer leur tension de vapeur aux températures ordinaires, ne peut- on pas craindre que la vaporisation seule finisse par les dissiper? Les conditions dans lesquelles on conservera les épreuves dans les bibliothèques, c'est-à-dire reliées en livre ou superposées dans des cartons, ne faciliteront-elles pas cette altération, ainsi que plusieurs photographes ont cru le reconnaître sur les épreuves fixées par les anciennes méthodes , en présentant à chacune des molécules métalliques un grand nombre de particules de papier, semblables

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à celle sur laquelle elle se trouve fixée , et qui peuvent en faciliter la diffusion.

« Le carbone est , de toutes les matières que la chimie nous a fait connaître , la plus fixe et la plus inaltérable à tous les agents chimiques aux températures ordinaires de notre atmosphère. Ce n'est qu'à des températures élevées, celle de la combustion vive, que le carbone disparaît en se combinant avec l'oxygène. La conservation des anciens manuscrits nous prouve que le charbon fixé sur le papier à l'état de noir de fumée se conserve sans altération pendant bien des siècles. Il est donc évident que si l'on parvenait à produire les noirs du dessin photographique par le charbon, on aurait pour la conservation des épreuves la même garantie que pour nos livres imprimés, et c'est la plus forte que l'on puisse espérer.

« Depuis quelques années, bien des tentatives ont été faites pour transformer les épreuves photogéniques en planches, pouvant servir au tirage d'un grand nombre d'épreuves par les procédés de la gravure ou de la lithographie. Si ces tentatives n'ont pas donné jusqu'ici un succès complet, si les épreuves qu'elles ont fournies sont inférieures, au point de vue artistique, à celles qui sont produites par les procédés photographiques ordinaires, on peut dire, néanmoins, que les résultats sont de nature à faire concevoir de grandes espérances, et l'on ne peut pas

douter qu'ils ne se perfectionnent rapidement entre les mains des artistes habiles qui ne manqueront pas de se livrer à ce genre d'étude. La haute importance du but qu'il faut atteindre, et les bénéfices industriels qui peuvent en être la conséquence , stimuleron t l'ardeur dans les diverses spécialités qui peuvent y concourir. »

On le voit, le savant académicien constate l'impuissance du procédé actuel, et l'incertitude où il laissera toujours, quelque perfectionnement qu'on y apporte, sur la durée des images positives. Il désigne la transformation des épreuves photographiques en dessins formés de charbon comme le seul moyen qui doive offrir toutes les garanties de solidité que l'on puisse espérer et désirer. C'est donc une révolution toute entière qu'il s'agit de faire dans les procédés du tirage où rien ne subsistera plus des méthodes anciennes, ni même de l'ancien matériel.

Mais est-ce bien la gravure héliographique ou r héliolithographie qui peut résoudre le problème? Ce n'est point d'hier que date le procédé de gravure héliographique encore employé aujourd'hui, il nous vient de l'immortel inventeur de la photographie, de Nicéphore Niepce lui-même , qui l'avait longuement expérimenté et conduit déjà à une grande perfection, ainsi qu'on a pu le constater par quelques-unes des planches qu'il a gravées et qui ont été précieu-

sèment conservées. Or, si la longue série des tentatives faites depuis l'origine et des perfectionnements successifs démontre clairement que cet admirable moyen peut être appliqué à la reproduction de tout ce qui, dans la nature, n'offre point de dégradations trop douces d'ombre et de lumière, de tout ce qui se dessine surtout par des contours arrêtés et des traits, elle démontre aussi que ce procédé est inhabile à exprimer toutes les délicatesses du modelé , toutes les nuances presque insaisissables que traduisent si complètement les procédés aux sels d'argent, et qu'il se refuse, par suite, complètement à exprimer la nature vivante et animée. Les perfectionnements si ingénieux apportés par M. Niepce de Saint -Victor ne sauraient changer la nature même du procédé de gravure héliographique et le soustraire aux conditions communes à tous les genres de gravure, la morsure, l'encrage, l'essuyage, le tirage par la pression. Soit que l'on emploie, pour attaquer la planche, les acides ou la pile galvanique, l'agent qui servira à creuser le métal ne tiendra pas compte de la nécessité des différences de profondeur dans la morsure, et tendra toujours, aussitôt qu'il sera mis en contact, à attaquer les demi-teintes avec la même énergie que les ombres, en sorte que, si l'on veut exprimer les grands noirs par des creux profonds, les détails disparaîtront complètement dans ces parties, et les demi-

teintes elles-mêmes seront profondément altérées. Si l'on veut donner aux demi-teintes très-voisines de la lumière une plus grande consistance, elles ne permettront pas à l'acide de les traverser avant qu'il n'ait eu le temps de ravager les noirs, et l'opération, arrêtée pour conserver les détails de ces derniers, donnera une image où la transition douce de la lumière à l'ombre n'existera pas.

L'encrage vient augmenter la difficulté, car il exige, pour que l'encre soit retenue dans la manœuvre de l'essuyage, des creux suffisamment profonds et un grain assez grossier. Sans cette condition on ne saurait tirer d'épreuves. 11 faut donc nécessairement sacrifier le mérite le plus extraordinaire de la photographie, qui consiste à traduire dans une absolue fidélité l'aspect et le grain même des objets en même temps que les efïéts de clair- obscur les plus légers et les plus fugitifs.

L' héliolithographie rencontre des obstacles analogues, elle donne lieu à des résultats semblables. La nécessité d'obtenir un grain, la difficulté de conduire la morsure de l'eau acidulée proportionnellement à l'épaisseur de la réserve produisent la même imperfection dans le inodelé, dans les demi-teintes, et ôtent à l'image photographique cette fidélité exquise qui peut seule exprimer complètement la nature.

11 serait sans doute téméraire, en présence des dé-

couvertes inattendues que l'idée première de Nicéphore Niepce a suscitées, d'avancer que la conversion d'une épreuve photographique en planche gravée ou lithographiée, conservant rigoureusement la perfection du type négatif original, est impossible. J'ai voulu montrer seulement que jusqu'ici, dans les résultats obtenus, rien ne saurait autoriser à affirmer que le résultat complet et définitif doit être atteint.

Ce n'est pointa dire que la gravure héliographique ne soit pas appelée à rendre d'immenses services. Renfermée dans les limites qu'elle ne peut dépasser, elle est susceptible d'applications très- nombreuses et elle tire une très -grande importance de la possibilité qu'elle donnera infailliblement de disperser et de répandre à bas prix les reproductions des chefs-d'œuvre de la gravure, des dessins des maîtres , des plans des machines , des ornements , de l'architecture même. Ce rôle est assez important pour qu'on puisse considérer ce procédé comme une des plus belles conquêtes de la photographie.

Toutefois, ce n'est ni la gravure héliographique, ni F héliolithographie qui peuvent résoudre complètement le problème qui nous occupe, en substituant au tirage actuel un tirage solide, rivalisant avec les sels d'argent de fidélité et de finesse dans les reproductions de la nature vivante.

Le problème est résolu par d'autres moyens.

Dès le commencement de l'année 1855, le principe fécond de l'inclusion de matières colorantes inaltéra- Mes dans une couche photogénique adhésive, a été posé par M. Lafon de Camarsac dans nn Mémoire présenté à l'Académie des sciences avec de nombreux spécimens à l'appui^. Dans ces échantillons, la matière photogénique était complètement éliminée, et le dessin, uniquement formé soit de noir de manganèse , soit de bleu de cobalt, soit d'autres matières colorantes propres à donner des tons éclatants ou énergiques , reposait à nu sur le subjectile. Suivant la nature de ce dernier, la fixation de l'image était obtenue par des moyens différents ; à l'aide d'un fixatif résineux ou d'une colle sur le papier, le bois, etc.; à l'aide du feu sur la porcelaine, le verre, l'émail, la lave. L'inventeur avait surtout appliqué le principe qu'il venait de découvrir à la production de dessins photographiques vitrifiés , arrivant ainsi tout d'abord à ce résultat remarquable de rendre indestructibles des images si fragiles. Pour y parvenir , il avait mis en œuvre la plupart des couleurs employées en céramique, et il avait obtenu ainsi une série d'épreuves photographiques vitrifiées de colorations très-diverses et d'une grande intensité de ton 2.

1 , Ces épreuves ont été aussi exposées chez M. Ch. Chevalier en \ 855. %. M. Lafon de Camarsac a décrit aussi les moyens d'obtenir des épreuves vitrifiées en se servant des sels d'argent. Ces procédés, qui ont

Voici les termes mêmes d e son Mémoire relatif aux images vitrifiées et à la manière de les produire :

« C'est aux procédés de la décoration céramique (fue je demande les moyens d'atteindre le but que je me suis proposé; c'est par eux que je transforme les dessins héiiographiques en peinture indélébiles ; je profite à la fois de .l'éclat des couleurs vitrifiables et de leur inaltérabilité.

« Je compose un enduit sensible susceptible de recevoir l'application du cliché sans y adhérer, et d'être rendu facilement adhésif après l'exposition à la lumière. L'exposition terminée et le dissolvant ayant formé l'image, qui est parfaitement nette et visible, je procède à la substitution des couleurs céramiques à cet enduit qui doit être détruit par le feu.

« Les matières colorantes vont être fixées par la fusion; il faut les approprier aux subjectiles qui doivent les recevoir : les métaux, le verre, le cristal, la porcelaine, les plaques d'émail recevront ces couleurs ; l'or, l'argent, le platine fourniront leur éclat; les émaux seront appliqués sur la porcelaine , les émaux de grand feu eux-mêmes. Il suffit d'accorder

donné dans ses mains do très-belles épreuves, et qu'on a cherché à imiter depuis, ne sauraient cependant, à cause du caractère optique des images, qui rappelle les plaques daguerriennes, recevoir de sérieuses applications. (Voir l'Appendice.)

entre elles les matières qui doivent se trouver en présence; mais c'est là l'objet d'arts spéciaux dont je n'ai pas à m'occuper ici.

« Quel que soit le subjectile, l'or, l'argent, le platine et leurs fondants, les oxydes métalliques purs ou mélangés de fondants seront réduits en poudre impalpable par un broyage parfait.

« Le subjectile qui porte l'image est soumis à une égale et douce clialeur qui restitue à l'enduit la propriété qu'il avait perdue en séchant.

« Avec un fin tamis de soie, je dépose bien également à la surface les poudres colorées que j'y promène doucement, soit avec un pinceau, soit par un mouvement rapide, en augmentant progressivement la chaleur. Ces poussières d'émail ou de métal viennent suivre avec une grande délicatesse tous les accidents du dessous, qu'elles pénètrent en partie et dont elles traduisent fidèlement les vigueurs et les finesses ; après refroidissement, j'époussette avec soin pour débarrasser les blancs de l'image des parcelles de couleurs qui peuvent y demeurer faiblement attachées ^.

« La pièce est prête alors pour le feu ; le degré de

'1. M. Lafon de Camarsac indique à la môme époque cette variante de son mode d'inclusion : « en mélangeant à l'enduit photogénique et avant l'exposition à la lumière, la poussière d'émail et en conduisant avec précaution l'action du dissolvant, on obtient des effets analogues. »

chaleur à donner ici dépend seul des matières employées. Le mode nouveau d'application des couleurs change peu de chose, aux précautions usitées dans les ateliers pour la cuisson des porcelaines peintes.

(( Le feu détruit les matières organiques, l'image formée de matières indestructibles demeure fixée sur le subjectile par la vitrification.

« Un des caractères remarquables de ces images, c'est l'aspect de sous-émail qu'elles présentent et • qu'aucune autre peinture ne saurait fournir avec ce degré de délicatesse. Cette circonstance prouve bien que la poussière d'émail est venue prendre exactement la place de la matière organique , car il faut reconnaître que cette apparence est due à la remarquable finesse du dépôt photographique, qui procède par des dégradations d'épaisseur inappréciables à l'œil, etc.

« On voit qu'il n'est point de coloration qui ne puisse prendre l'image héliographique , et qu'elle peut être transformée en or et en argent aussi facilement qu'en bleu et en pourpre. »

Depuis l'époque où les lignes qui précèdent ont été écrites, ces procédés ont reçu entre les mains de l'inventeur de très -nombreuses applications sur lesquelles j'aurai occasion de revenir. Qu'il me suffise de dire ici que les portraits sur émail dont on peut voir une collection dans mes salons, luttent de vi-

gueur , de modelé et de finesse avec les plus belles épreuves aux sels d'argent.

Les obstacles présentés par le défaut de planiraétrie des surfaces ont été levés, et je possède des photographies vitrifiées sur des tasses et dans des coupes en porcelaine tendre.

On le voit, le principe de l'inclusion dans une couche photogénique de matières inaltérables sous forme de poudre impalpable est très-nettement posé dans les lignes qui précèdent et qui datent de 1855; il a donné naissance à une nouvelle phase de la photographie qu'on peut considérer comme définitive en ce qui touche le tirage du type positif.

Nous venons de- voir la matière sensible éliminée par le feu dans la production des émaux photographiques ; elle le sera par des dissolvants appropriés sur des subjectiles moins résistants. Les résines, les colles, les gommes seront employées comme fixatifs au lieu de fondants. Les subjectiles seront l'ivoire, le bois, le papier. Les matières colorantes seront ici en nombre infini; il suffit qu'elles ne puissent pas être attaquées par le dissolvant de la matière sensible^.

Le principe posé par M. Lafon de Camarsac ne pouvait manquer d'être appliqué à la production des

1. Je possède une photographie exécutée en poudre d'or sur papier, il y a cinq ans.

épreuves au charbon sur papier aussitôt que cette substance s'est trouvée signalée par M. Régnault; les méthodes employées depuis l'origine de sa découverte devaient permettre à M. Lafon de Camarsac d'atteindre dans ses épreuves au charbon toute la perfection déjà réalisée par lui dans ses autres applications. C'est en effet ce qui a eu lieu, et dès le commencement de 1857 nous avons vu des épreuves au charbon rivalisant de modelé et de finesse avec les positifs aux sels d'argent.

Il ne m'appartient pas de donner sur ces procédés des détails que M. Lafon de Camarsac n'a pas complètement livrés au public. Depuis sept ans qu'ils sont découverts, sans que rien ait été changé au principe et à la base même sur lesquels ils reposent, bien des modifications ont dù être apportées dans le détail des opérations, bien des améliorations obtenues. On le sait, tant qu'un procédé n'a pas franchi les limites du laboratoire, et n'a pas subi l'épreuve de la pratique, il ne saurait recevoir tous les perfectionnenients dont il est susceptible ; mais dès qu'il se met au service de l'industrie, les exigences d'une production nombreuse, variée, rapide, l'enrichissent bientôt des instruments spéciaux qui lui manquaient encore, le dégagent des obstacles qui l'entravaient dans l'exécution, et le conduisent par une voie plus simple à donner des produits plus parfaits. Or, les procédés

dont il s'agit étant exploités depuis longtemps, et ayant fourni déjà des produits très -nombreux et très-variés, on conçoit qu'il y aurait beaucoup à dire pour expliquer les modifications que M. Lafon de Gamarsac a du apporter à ses méthodes primitives pour les plier aux diverses applications qu'il a réalisées : nous laissons à l'inventeur le soin de donner lui-même ces explications quand il jugera que le moment est venu de le faire. Nous dirons seulement ici quelques mots des applications déjà consacrées par une pratique suivie.

Dès l'origine même, les procédés de vitrification des images photographiques ont été appliqués à l'ornementation des bijoux. On sait quelle consommation les arts industriels font de ces peintures qu'ils enchâssent dans les bracelets, les bagues, les broches, les montres, les cofïrets : la photographie sur émail a substitué à ces peintures, toujours si coûteuses, et il faut le dire, si souvent détestables, des reproductions sur émail monochromes ou coloriées, luttant d'éclat avec elles, mais infiniment supérieures comme dessin et d'ailleurs accessibles à tous par la modicité du prix, il est inutile d'insister sur l'utilité de cette application au point de vue du développement du sentiment artistique dans le public, et en disant qu'en quelques mois il a été répandu dans le commerce plus de six mille émaux photographiques,

nous ferons assez sentir quelle est sa valeur industrielle. Mais l'application de ces procédés aux portraits sur émail et sur porcelaine est surtout de la plus haute importance ; nulle altération possible avec les matières vitrifiables , elles affrontent les siècles; elles sont presque indestructibles. Les musées pourront s'enrichir de matériaux précieux, de collections de types et de, portraits contemporains qui fourniront à l'histoire des documents irrécusables. Cette dernière application est en pleine exploitation depuis trois ans dans mon établissement.

Les procédés de transformation des épreuves photographiques en images formées sur papier de matières colorantes solides , notamment de charbon , n'ont point subi cette consécration de la pratique industrielle. Mais on ne peut douter, à l'examen des épreuves fournies déjà par M. Lafon de Gamarsac, à l'aide d'un outillage incomplet, de l'excellence des résultats qu'ils donneraient, pratiqués sur une large échelle. Les qualités essentielles, le modelé, la finesse y sont absolument réalisées dans les reproductions de la nature vivante et se retrouvent aussi bien dans les vastes plans des têtes de grandeur naturelle que dans les détails infiniment délicats des plus petites épreuves.

Les procédés décrits eî pratiqués depuis 1855 par M. Lafon de Gamarsac, reposent donc sur le prin-

i44 NOTIONS GÉNÉRALES.

cipe de la substitution des matériaux solides aux substances fragiles, qui forment l'épreuve par l'inclusion de matières en poudre dans une couche photogénique adhésive. Ils marqueront comme une grande date dans l'histoire de la photographie, car ils ont préparé et ils réalisent la plus étonnante révolution qu'ait subie cet art , en le mettant définitivement en possession de l'avenir.

Mais les conditions même faites par la fragilité du tirage actuel aux établissements de photographie rendent très-difficile l'organisation d'une telle entreprise. L'incertitude , en effet , qui plane sur la durée des images arrête et suspend tous les travaux qui concernent les arts, l'industrie et la science; on n'ose pas se lancer dans des publications sérieuses, on ne veut point entreprendre de collection importante avec la pensée que l'œuvre exécutée à grands frais sera éphémère. Les établissements de photographie ont donc été obligés de concentrer leurs efforts vers la production des portraits, et leur organisation est faite surtout en vue de cette branche de la photographie.

Le public n'attache pas, en général, croyons-nous, une extrême importance à la durée indéfinie de ces images qu'il peut faire renouveler sans cesse, suivant la mode, et multiplier à peu de frais. Il serait difiicilement entraîné à accepter des épreuves d'un

autre ton que celui qui a été consacré par la pratique des procédés aux sels d'argent, et pour lui, tout d'abord, les avantages du nouveau procédé ne compenseraient peut-être pas la perte de l'aspect particulier qu'il s'est habitué à préférer dans ses portraits.

Ce serait donc de la témérité , pour un établissement de photographie, de modifier tout à coup et radicalement l'organisation fondamentale de ses ateliers avant de s'être assuré de travaux importants, susceptibles de compenser et les frais de nouvelle installation et la défaveur momentanée qui pourrait en résulter dans le public qui l'alimente par les portraits.

Mais l'État pourrait prendre l'initiative et résoudre la question, en confiant aux nouveaux procédés quelques-uns des ouvrages qu'il serait si urgent d'exécuter. N'a-t-on pas des documents importants à rassembler, des collections précieuses à compléter? C'est à l'État surtout qu'il appartiendrait de faire entrer la photographie dans sa véritable voie, en consacrant aux yeux de tous, par des applications dont on ne saurait contester la valeur, les procédés qui conduisent aux épreuves inaltérables.

Pour moi, j'appelle de tous mes vœux le moment où la photographie deviendra, pour le public tout entier, un art incontesté. S'il m'était permis de parler de

mes propres efForts, je dirais qu'ils ont toujours tendu à relever la photographie aux yeux de la foule, et, tout en la popularisant, à l'entourer de ce prestige qui lui est du. Ce qui a beaucoup contribué, en dehors des raisons qui ont été données précédemment, à arrêter l'essort de l'art nouveau, c'est le discrédit où la plupart des photographes eux-mêmes l'avaient laissé tomber, soit qu'ils ne comptassent pas assez sur leurs propres forces, soit qu'ils n'eussent point assez de confiance dans le succès pour tenter d'organiser la photographie sur de larges bases; ils s'en étaient généralement tenus à en faire une industrie étroite et toute spéciale, dont l'importance allait s' amoindrissant chaque jour pour les esprits superficiels auxquels n'étaient point encore révélées les applications nombreuses qu'elle pouvait recevoir. On 'sait quelle popularité je lui ai rendue tout à coup par l'invention de la carte de visite (que j'ai fait breveter en 1854). Le pubUc, lassé des portraits plus ou moins enlaidis et déformés par des appareils impuissants à conserver en grand l'harmonie des proportions, a accueilli avec enthousiasme ces images diminuées où la personne est vue en pied, dans ses attitudes habituelles, et dessinée avec une correction qui charme l'œil des moins expérimentés en matière d'art.

Mais une conséquence très -importante de cette

combinaison, c'est qu'elle a servi à répandre à profusion l'image photographique, tout en la présentant dans les conditions si essentielles de beauté artistique. Elle a extirpé très - rapidement des esprits cette idée que la photographie donne des images enlaidies du modèle ; en faisant comprendre que la photographie n'est pas étrangère à l'art, elle a rendu le public exigeant sur la valeur artistique des portraits. De là le mouvement très -marqué de la photographie vers la réalisation de la beauté dans le choix des attitudes, des mouvements , des accessoires, dans la composition de la scène enfin.

Un dernier résultat atteint par le portrait-carte, c'est qu'on a pu former et mettre à la disposition du public des collections de portraits des illustrations contemporaines. Cette galerie, accessible à tout le monde, est devenue si populaire, que je n'ai pas besoin d'insister sur l'importance de l'application de la photographie au portrait ainsi réduit et multiplié; le succès la démontre surabondamment.

Une des combinaisons qui doit avoir, selon moi, pour résultat de donner à la photographie un plein essor et de révéler les applications innombrables dont elle est susceptible, c'est son organisation dans l'armée.

Les avantages qui peuvent résulter de l'emploi de la photographie dans l'armée sont de deux sortes :

les premiers concernent les arts, les sciences et Findvistrie en général -, les seconds sont relatifs à l'axmée elle-même et à ses opérations.

Pour donner une idée des premiers, il suffirait presque de citer la campagne d'Egypte et de coïisidérer quelle source de documents est sortie de ce groupe de savants associés aux opérations de l'armée. Ces documents, qui intéressent à un si haut point l'histoire et les arts, font pressentir les richesses qui pourraient résulter d'une organisation rationnelle dans l'armée des moyens rapides, exacts et puissants que la photographie met aujourd'hui dans nos mains.

En effet, les monuments que le temps laisse encore debout seraient recueillis dans les contrées les plus diverses, et le nombre et l'importance de ces reproductions' viendraient jeter une nouvelle lumière sur les points de l'histoire qui touchent aux civilisations disparues. A côté des fragments de l'art isolés dans nos m\isées el souvent arrachés à quelque vaste monument, s'étaleraient des types où les ensembles seraient reproduits avec l'aspect du pays même, la nature de la lumière et toutes ces circonstances qui ont déterminé le caractère de l'œuvre et sans la connaissance desquelles elle reste souvent inexpliquée. Les monuments des Assyriens, de l'Egypte, ceux de la Chine et de l'Inde, les chefs-d'œuvre de l'antique Grèce, ce sont \k les premiers matériaux de l'histoire,

MATÉRIlîL DE LA PHOTOGRAPHIE. !49

les premières sources de l'art. La photographie peut seule nous les montrer sous leur aspect vrai.

Sans parler des expéditions lointaines, quelles collections précieuses n'aurait point produit le séjour de notre armée en Italie ! Ces musées pleins des plus beaux antiques, des plus belles œuvres de la renaissance, l'artiste les ignore : demain il pourrait les connaître.

Mais la photographie ne se borne point à reproduire les monuments de l'art, elle reproduit la nature vivante, et, par les collections de types et de scènes, elle viendrait compléter l'éducation que l'artiste peut tirer du spectacle des choses et fournir à l'histoire, à l'ethnographie, un élément de plus pour leurs recherches.

Laissant à de plus savants à indiquer les applications spéciales qui doivent être faites de la photographie aux diverses sciences, je dirai seulement que ces applications s'adressent à l'histoire naturelle, à la physique, à la météorologie, à la botanique, à la géologie, à l'anatomie comparée; la physiologie et la médecine s'en serviront comme d'un puissant auxiliaire, comme du seul moyen graphique propre à fournir des renseignements fidèles et à conserver à l'étude des types exacts. Dans ce domaine des sciences, les applications sont innombrables.

Quant à l'industrie, s' appuyant à la fois sur les arts

et sur les sciences, elle ne saurait se priver du concours de la photographie. Point d'industrie, en effet, qui n'ait besoin de la rapide reproduction de ces machines sans cesse perfectionnées, de la disposition des locaux, de la forme des instruments, et, sans entrer dans des détails qui seraient trop longs, il suffit de citer les collections des arts et métiers, pour signaler en même temps l'extrême importance de l'application dont il s'agit. Elle prend de bien larges proportions, si l'on considère qu'avec la photographie on peut, en un instant, lever le plan de toute une usine, celui de ses fourneaux, de ses outils; qu'elle donne le moyen de constater chaque jour le travail de la mine et de la carrière à ciel ouvert; qu'avec elle on obtient la coupe et l'élévation des salles de spectacles, des gares de chemins de fer, des casernes, des halles, des docks, des jardins et parcs, avec les détails de charpente, de porte et d'ornementation.

Il suffit, pensons-nous, d'avoir exposé ces applications dans leur ensemble, pour montrer avec quelle puissance l'organisation de la photographie dans l'armée viendrait les féconder. Des documents sans nombre surgiraient de toutes parts, venant de tous les coins du globe. A côté des grandes luttes militaires , des Magenta et des Solferino , reproduites dans leur ensemble et dans leurs épisodes, se placerait renti*ée triomphale de nos soldats dans les villes ita-

liennes; nous assisterions, pour ainsi dire, aux combats soutenus en Chine, à la prise de Pékin, aux mille faits d'armes de la guerre de Crimée, depuis le débarquement de nos troupes jusqu'au suprême assaut de MalakofF.

Des documents plus pacifiques surgiraient de toutes parts; de l'Afrique, avec les types, les costumes, les mœurs, l'architecture des Arabes; de la Chine, si peu connue, avec les combinaisons infinies des arts et de l'industrie de ce peuple ; de l'Inde, de l'Amérique, de tous les coins du monde où nous avons des possessions, des stations militaires. Ces documents tirés, classés, se corroborant les uns par les autres, formeraient les plus étonnantes collections qu'on ait encore vues, bien dignes et de la plus admirable découverte du siècle et de la plus intelligente armée des peuples civilisés. Nous le demandons, quelle entreprise particulière pourrait remplir une telle mission? Ce n'est que lorsque la photographie sera organisée dans l'armée que l'on pourra compter sur de tels résultats.

Il nous reste à jeter un coup d'œil sur les avantages que l'armée tirerait, pour elle-même, pour ses opérations militaires, de la pratique de la photographie. Ici, je sens plus que jamais mon insuffisance et je me ferai surtout l'écho des hommes éminents et spéciaux qui ont bien voulu me fortifier dans mon projet.

A l'aide de la photographie, on peut obtenir l'exacte reproduction des mouvements de terrain, des fortifications, des batteries, des camps retranchés, de l'état des travaux élevés par l'ennemi. A l'aide de la photogTa[)hie, il serait toujours possible de se rendre compte, à distance, des travaux de toute nature ordonnés pendant un siège et en voie d'exécution, de la disposition des champs de bataille et des mille détails essentiels que le général a intérêt à connaître et qui viendraient corroborer par des traits visibles les rapports qu'il demande, ou qui, dans bien des cas, pourraient en tenir lieu. Un coup d'œil suffît pour comprendre en un instant ce qui est long et difficile à expliquer par des mots.

Ce moyen puissant et unique de recueillir des renseignements absolument exacts, nous semble avoir des applications inhnies et constantes soit au point de vue des opérations d'une armée, soit qu'il s'applique à son organisation même et à sa police intérieure. Les plans to[)ographiques, l'arpentage, l'ensemble des villes et des camps sont du domaine de la photographie; elle saisira les mouvements d'une colonne en marche, les différents temps d'une manœuvre ; elle donnera la coupe et l'élévation pour les constructions à faire, le détail des machines, le signalement des personnes; elle viendra, enfin, fixant les traits des hommes et le spectacle des faits, consa-

crer, par des images irrécusables, la gloire et le courage.

Ce qui importe beaucoup, c'est que les photographes soient nombreux, toujours présents partout, répartis sur toute la hgne de bataille ou de siège, prêts à recueillir sans cesse tout ce qui intéresse dans les spectacles qui frappent les regards. Aussi la création d'un photographe par chaque régiment, estelle le meilleur moyen d'atteindre le but.

Cette combinaison offre, sur un corps spécial de photographes ou sur la pratique de la photographie par les officiers d'état-major, des avantages incontestables en ce qu'elle doit donner tous les points de vue, toutes les positions différentes; elle est encore de nature à entretenir l'émulation et à susciter des travaux plus nombreux et plus parfaits en groupant autour du photographe des élèves et des aides qui lui seront d'un puissant secours.

Un officier par chaque régiment devrait donc être choisi pour photographe ; des élèves et des aides volontaires se grouperaient autour de lui.

Le bagage photographique, réduit aux plus minimes proportions, n'excéderait pas un cube de 30 à 40 centimètres et contiendrait tous les ustensiles nécessaires. Les procédés, d'une pratique très-facile et sûre, seraient appris et se propageraient rapidement. Des moyens extrêmement simples permettraient aux

photographes de faire eux-mêmes leur^ préparations avec les matières premières peu nombreuses.

Enfin, comme complément de cette organisation et comme stimulant de la production qu'on doit en attendre, une exposition des travaux de l'armée pourrait être faite chaque année. Ce serait là, une solennité où les visiteurs ne manqueraient pas, et qui serait bien propre à entretenir l'émulation parmi les photographes formés dans le sein de l'armée.

Quant à la direction des travaux, elle serait indiquée par les hommes spéciaux, par les différents chefs, par les corps savants, etc. L'essentiel me paraît être que la photographie ne soit point pratiquée par un corps spécial; mais que l'exercice de cet art constitue, pour ainsi dire, un service ajouté aux autres, et que le photographe soit toujours présent comme le lieutenant ou le fourrier; c'est, croyons-nous, le moyen de concilier tous les besoins.

J'ai soumis ce projet d'organisation à S. E. M. le ministre de la guerre, qui a bien voulu le prendre en considération , et m' appeler à le mettre à exécution par décision du 19 février 1861. L'enseignement est aujourd'hui en pleine activité , et ne compte pas moins de quinze officiers travaillant dans mes ateliers.

Les opérations qui conduisent à l'obtention d'une image définitive se divisent en plusieurs temps : pour

atteindre à cette immense production qui sort de mon établissement, j'ai dû créer autant d'ateliers différents qu'il y a d'opérations dans la photographie : c'est ainsi qu'on trouve l'atelier de polissage, l'atelier où se prépare la couche sensible, les ateliers de pose, de fabrication de papier positif, de tirage des épreuves, les ateliers de retouche et d'encadrement; enfin, le laboratoire où se font les préparations chimiques.

Cette division est très-propre à donner aux élèves un enseignement rapide et sûr : il s'agit de les employer successivement aux travaux de chacun des ateliers qui leur sont ouverts toute la journée. Elle permet aussi d'enseigner un grand nombre d'élèves à la fois, répartis dans les huit ateliers.

Une organisation analogue pourrait être appliquée à la marine; elle ne serait pas moins féconde.

De vastes horizons s'ouvrent donc de tous côtés aux yeux du photographe; sa mission s'élargit et lui impose de difficiles efforts. Pour moi, ces efforts ne me coûtent point, lorsqu'il s'agit de développer le grand art auquel je me suis consacré tout entier, et j'inscris sur mon drapeau cette devise : En avant !

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