‹ L'art de la photographieChapitre 8 sur 48 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les diverses opérations de la photographie et ses diverses applications ont donné lieu à une foule d'appareils et d'instruments. Je vais essayer d'en esquisser l'ensemble en arrêtant l'attention du lecteur sur les constructions les plus importantes.

11 faut avant tout s'occuper de la production de l'image à l'aide de la chambre obscure.

Lorsque les rayons lumineux pénètrent par une petite ouverture faite à l'un des côtés d'une chambre obscure et rencontrent l'autre côté , ils peignent une image renversée des objets dont ils émanent. A différentes époques, les peintres ont tiré parti de ce phénomène pour obtenir fidèlement les proportions elles détails des vues ou des monuments compliqués. La construction qu'ils employaient consistait en une sorte de guérite parfaitement obscure, contenant, à l'intgrienr, un pupitre recouj^ert de papier blanc; au sommet, un tube, dont l'axe était perpendiculaire à la surface du papier, portait une lentille bi-convexe. L'image de l'objet, reçue par un miroir, était

projetée par lai suivant l'axe de la lentille et venait se peindre sur le papier où l'on pouvait suivre tous les traits à la plume ou au pinceau, comme s'il s'agissait d'un calque ; le tube avançait ou reculait de façon à mettre l'image au foyer.

La lentille convergente donnait de l'intensité et de la netteté, mais les rayons colorés dont se compose la lumière blanche, réfractés diversement par la matière unique dont était composée cette lentille, faisaient leur foyer dans des lieux différents et donnaient des images irisées. En accouplant des lentilles dont le pouvoir réfringent est combiné, on est parvenu à obtenir des images à peu près exemptes de coloration; elles furent rendues complètement achromatiques pour l'œil, par la teinte verdâtre donnée à l'une des lentilles combinées qui venait combattre et détruire le rouge qui se manifestait encore.

Cependant, pour les opérations de la photographie, ces perfectionnements étaient encore insuffisants , car les rayons lumineux qui agissent chimiquement sur la surface sensible ne font pas leur foyer tout à fait au même lieu que ceux qui fournissent, pour la vue, une image nette; il s'ensuivait que, si l'on mettait la couche sensible à la place de l'écran destiné à recevoir l'image, on obtenait un dessin sans précision, qu'il fallait rapprocher ou éloigner la surface sensible, el, par le tâtonne-

ment et des expériences préalables, s'assurer de la différence qui existait entre le foyer chimique et le foyer apparent. Mais, comme cette différence variait suivant la distance du modèle , on ne pouvait la calculer une fois pour toutes. On a réussi à éviter cet inconvénient capital pour les opérations de la photographie, et si la science n'a pu calculer encore les courbes des lentilles d'une manière trèsexacte, les opticiens sont du moins parvenus, par la pratique et l'expérience, à les combiner de façon à faire coïncider parfaitement les deux foyers.

Les courbes des lentilles, combinées avec la densité de la matière, déterminent la longueur du foyer. Quand les courbes sont d'un grand rayon et le foyer éloigné, la déperdition de la lumière est considérable, mais on obtient des images plus nettes. Quand les courbes sont d'un petit rayon et le foyer court, l'image est au contraire très-lumineuse, mais moins nette et ses proportions moins conformes à celles de la nature. Les lignes droites du modèle tendent à devenir courbes dans l'image, sur les bords ; c'est ce qu on appelle l'aberration de sphéricité.

Plus l'objet à reproduire est rapproché de ra[)pareil, et moins son image est nette sur les bords. C'est là un phénomène que le photographe doit bien s'expliquer, s'il veut être assuré de conserver les proi)ortions exactes. 11 est facile d'ailleurs de s'en rendre

compte chacun des points du modèle à reproduire envoie des rayons qui, traversant la lentille, font leur foyer d'autant plus près que le point dont ils émanent est plus éloigné. Ainsi les points A, B, C, D, E (fig. 1),

Fig. 1.

pris à intervalles égaux, sont représeiités en a, h, c, d, e; le plus rapproclié des points du modèle, le point A, se trouvant donner son image sur le plan le plus éloigué, et le plus éloigné des points du modèle, le point E, se trouvant donner son image sur le plan le plus* rapproché.

Comme les distances des points A, B, G, D, E à la lentille suivent dans leur accroissement une progression géométrique , les plans sur lesquels ils viennent se représenter seront de plus en plus distants les uns des autres, à partir de celui qui reçoit le point A de l'ohjet par l'axe même de la lentille ; il en résulte que, pour recevoir une image nette, il faudrait disposer à cet effet un écran courbe en forme de

calotte sphérique; que, sur une surface plane, on ne peut avoir l'image nette en tous ses points, et qu'enfin, la netteté de l'image ira en décroissant rapidement à partir de son centre.

Si le modèle est rapproché de l'objectif, la différence des distances des divers points de ce modèle à la lentille, s' accroissant encore en proportion géométrique, les foyers des rayons envoyés par ces points se feront sur des plans encore plus espacés et à partir du centre, la netteté de l'image ira diminuant encore davantage. Mais à mesure qu'on éloigne l'objet à reproduire, la différence des distances décroît dans les mêmes proportions, la netteté augmente d'autant, et, si l'objet est placé très-loin, cette différence de distance devenant presque nulle, les foyers des divers points se font presque sur le même plan et l'image est nette dans toutes ses parties. On conçoit donc aisément que s'il s'agit d'un modèle qui présente divers plans , il interviendra une nouvelle cause qui troublera encore la netteté de l'image.

Comme on le voit, la construction d'un objectif propre à la photographie présente de grandes difficultés. On a cependant réussi à les vaincre en partie, et l'on est parvenu à construire un objectif où se trouvent combinées deux lentilles achromatiques, qui donne la parfaite coïncidence des deux foyers et avec lequel on obtient des images très-lumineuses , par-

faitement incolores, et sufFisamment neltes sur une surface assez grande. On y adapte des diaphragmes afin de n'employer que la partie centrale de la lentille. Mais si l'on veut être assuré de conserver dans l'image les proportions exactes de la natm^e, il importe de se servir d'objectifs à long foyer, de grand diamètre, munis de diaphragmes étroits et de placer le modèle à une assez grande distance. Il est donc bien essentiel, on le comprend , de n'employer que les préparations extra-sensibles, puisqu'il faut repousser les combinaisons de lentilles qui seraient les plus propres à donner une grande somme de lumière, et l'on doit tourner ses recherches vers le perfectionnement de plus en plus grand des procédés rapides.

On a cherché divers modes de monture pour les lentilles : on doit considérer le suivant comme un des meilleurs qui aient été proposés.

Pour rendre l'instrument à portraits propre à faire le paysage, il fallait jusqu'à ce jour démonter plusieurs pièces de l'appareil double pour atteindre l'objectif supérieur et le visser sur une monture secondaire, ce qui souvent était un ennui pour le photographe, obligé de perdre un temps précieux au moment de l'opération.

Maintenant, à l'aide de ce nouveau système, si, après avoir fait un portrait, vous désirez reproduire

un paysage, il suffit de monter la crémaillère jusqu'au point de jonction V, comme l'indique la figure 2 ; il faut ensuite tourner de gauche à droite pour diviser et séparer les deux parties A et B, qui constituent l'instrument, et monter sur la vis de jonction du tube B le bouchon C pour obtenir l'instrument à

Fig. 2. Fig. 3.

paysage, comme l'indique la figure 3. Pour opérer, il faut enlever le bouchon D, à mouvement bayonnette. Indépendamment des avantages de ce nouvel appareil qui permet de faire le portrait et le paysage sans l'embarras d'une seconde monture, tout opérateur, à l'aide du boîtier à bague de pression 'placé à la brisure entre les deux objectifs et dans la hauteur de la vis de jonction V, peut désormais disposer avec facilité

tous les diaphragmes nécessaires aux reproductions de dessins, gravures, objets d'art et vues instantanées ^

La chambre obscure primitive a été appropriée aux besoins de la photographie. La première construction imaginée par Daguerre a été peu modifiée jusqu'ici.

C'est un corps mobile qui porte dans une rainure un cadre contenant une glace dépolie G (fig. 4), et

Fig. 4.

qui avance et recule à l'aide de la crémaillère M. La vis V sert à le fixer quand on a mis au point sur la glace dépolie; le bouton B de fobjectif sert aussi, à l'aide d'une crémaillère, à faire avancer ou reculer le tube qui porte les lentilles; l'intérieur de l'appareil est scrupuleusement noirci.

Le corps principal de la chambre est maintenu

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