Cette construction est due à M. Hermagis
solidement sur un pied qui doit avant tout être rigide, et rendre faciles et prorapts tous les changements de position que l'on veut faire subir à la cham-
bre en face du modèle. La construction qui réunit jusqu'ici le plus complètement ces conditions est celle que nous figurons ici.
La partie inférieure M (fig. 5) sert de base à la construction. Toute la partie supérieure s'élève ou
s'abaisse à l'aide de la vis centrale V, mue par le système R ; elle est guidée par les tiges G. A et B sont deux cadres en fonte ; le cadre inférieur B pivote en a a lorsqu'on tourne le volant D, et sert à incliner d'avant en arrière le plateau P qui porte la chambre; le cadre supérieur A, pivotant en g g lorsqu'on tourne le volant C, sert à incliner le plateau à droite et à gauche ; la combinaison des trois mouvements imprimés par les vis V, F, f, donne ainsi toutes les positions. On doit adapter à ce pied, comme à tous les pieds d'atelier, une forte tringle H, qui sert à faire mouvoir facilement l'appareil sur ses roulettes.
Cette construction est excellente pour l'atelier. Les pieds de campagne sont simplement des pieds à trois branches.
La chambre noire étant placée sur le pied, en face du modèle, de façon que son image se projette sur la glace dépolie (l'image vient se peindre sur la surface dépolie qui regarde l'objectif), on avance ou l'on recule le corps mobile de la chambre jusqu'à ce que cette image soit bien nette. Pour juger de l'effet, on couvre l'appareil d'un drap noir qui permet de distinguer parfaitement, dans l'obscurité ainsi obtenue, toutes les parties de l'image qui apparaît trèslumineuse. Après avoir replacé l'obturateur, le cadre qui porte la glace dépolie est enlevé, et, dans la rainure où il glissait, on place un châssis contenant la
plaque dont la surface préparée doit se trouver absolument dans le même plan qu'occupait la surface dépolie de la glace.
Le rideau étant levé, il ne reste plus qu'à mettre la plaque sensible en contact avec l'image lumineuse du modèle. On enlève à cet effet l'obturateur, on le replace aussitôt que l'action de la lumière a été suffisamment prolongée, on rabat le rideau et on porte le
Fig. 6.
châssis dans le laboratoire obscur pour faire subir à la plaque les opérations successives du développement, etc.
Gomme on l'a vu précédemment, si le modèle présente des plans très-différents ou qu'il ne soit pas suffisamment éloigné de l'objectif, il est impossible d'obtenir la netteté dans toutes ses parties, les rayons partant des points rapprochés faisant leur foyer plus loin, et les plus éloignés le faisant plus près.
Dans le portrait en pied , par exemple , il faut placer le modèle très-loin si l'on veut obtenir la netteté de la tête et des pieds en même temps, il en est de même pour le portrait assis, les genoux SG trouvant sur un plan bien plus avancé que la tête. Dans le but d'amoindrir le défaut de netteté, on a adapté à la cbambre noire un cadre mobile à rainure destiné à recevoir la glace dépolie, et plus tard le châssis. Ce cadre à bascule (fîg. 6) est mù par le bouton D à l'aide d'une crémaillère C, et tourne sur le pivot V. Le bouton T sert à le fixer.
On reçoit la partie principale du modèle un peu dans le centre de la glace dépolie et l'on fait pivoter le cadre jusqu'à ce que les pieds paraissent au point.
Sans doute, on ne saurait ainsi obtenir la netteté parfaite pour toutes les parties, mais dans bien des cas on pourra atténuer le flou qui résulte de la faible distance du modèle à l'objectif ou de la différence des plans.
Un autre perfectionnement très-utile a été apporté à la cbambre noire par une construction qui permet d'obtenir sur la même glace plusieurs images à la fois (fig. 7).
Sans parler des services qu'il peut rendre en diminuant les chances d'insuccès qui proviendraient des points ou des taches de la couche sensible, cet instrument est précieux pour la multiplication par tcans-
parence des petites images, car si l'on dispose contre une vitre les quatre négatifs obtenus primitivement et qu'on les tire de nouveau , on obtiendra seize épreuves positives qui, recopiées par le même moyen, donneront soixante-quatre négatifs, etc. Les épreuves définitives seront plus on moins réduites, selon qu'on se sera servi, dans ces opérations successives, d'appareils plus on moins grands.
Fig. 7.
Par l'emploi d'un châssis qui vient offrir successivement ses divers points à la radiation lumineuse, on obtient aussi la multiplicité des images sur la même glace.
La figure 8 représente ce châssis. Il s'adapte à la chambre par sa partie antérieure B, à la manière des châssis ordinaires; V est le rideau à demi levé, 0 est l'ouvertnre destinée à laisser passer les rayons lumineux et que l'on munit de diaphragmes plus ou
moins grands. Les cadres a a, A A circulent dans les rainures XX en demeurant toujours bien appliqués sur le fond plein du châssis. Le cadre AA contient la glace dépolie G, le cadre aa contient lui-même un nouveau cadre bb circulant de haut en bas, et renfermant la glace sensible L, recouverte de la planchette qui la protège. Le ressort r retient le cadre bb élevé par le tenon /, et permet de l'abaisser. Quand
on veut faire huit épreuves sur la glace, on adapte à l'ouverture 0 le diaphragme correspondant à cette division de la surface en huit parties; on met au point en faisant glisser la glace dépolie jusqu'en face de l'ouverture , on lui substitue la glace sensible qu'on fait glisser à son tour avec le cadre cm : des divisions tracées en haut de ce cadre et qu'on fait coïncider avec le centre du châssis indiqué aussi , déterminent la position de la glace qui reçoit ainsi.
lorsqu'on lève le rideau, l'impression lumineuse dans sa partie inférieure de droite , et on fait circuler le cadre a a quatre fois successivement de gauche à droite, pour obtenir quatre épreuves dans la moitié inférieure de la glace. On abaisse alors à l'aide du ressort r le cadre hb, et l'on fait circuler quatre fois encore, de droite à gauche, le cadre a a. On obtient ainsi quatre nouvelles épreuves dans la moitié supérieure de la glace. 11 est inutile d'ajouter qu'à chaque épreuve, à chaque mouvement, il faut baisser et lever le rideau.
Le principe de cette construction étant compris, il est facile de voir qu'on peut augmenter à volonté le nombre des épreuves, en augmentant celui des divisions, et en se servant de diaphragmes appropriés.
Ce châssis permet de faire, séance tenante, d'un même modèle vivant tous les aspects qui le ca- ;ractérisent , et dont l'ensemble constitue sa vraie représentation.
Ces divers perfectionnements sont encore loin de répondre aux nouveaux besoins de la photographie; aujourd'hui qu'on peut obtenir presqu'instantanément des images de la nature , il est surtout nécessaire de trouver des constructions appropriées à la rapidité extrême qu'on doit chercher dans les opérations.
Le premier obstacle que l'on renconti'e avec les
appareils ordinaires, vient de l'obturateur de l'objectif qu'on ne peut mouvoir ni facilement ni commodément, avec lequel il est presque impossible de régler la durée de la pose, et qui, lorsqu'on a besoin de précipiter l'opération, communique à l'appareil tout entier un ébranlement fatal à la netteté de l'épreuve.
Un inconvénient bien plus grand encore, c'est le temps qui s'écoule entre la mise au point et l'exposition à la lumière. Que se passe-t-il en effet, et dans les meilleures conditions même, entre cette mise au point et le commencement de la pose? On enlève la glace dépolie, on saisit le châssis qui contient la glace préparée, on le glisse dans la rainure, on lève le rideau, on ôte l'obturateur; quelque ra[)idité et quelque adresse qu'on mette dans ces divers mouvements, quelques secondes se seront écoulées, et le modèle vivant qu'on voulait saisir en action, avec ses mouvements naturels , et dont on a tenu un instant l'image très-nette sur la glace dépolie, le modèle aura remué, il sera plus près ou plus loin de quelques centimètres, et l'empreinte qu'il aura donnée sera floue.
Dans la succession des actes d'un être animé, il est des instants de repos très-courts, entre deux mouvements violents ; c est cette seconde de re[)OS que vous aurez choisie pour mettre au point, et c'est au cou-
traire la période de plein mouvement que traduira la plaque ; vous n'aurez obtenu qu'une image sans netteté, et qui d'ailleurs ne représentera pas ce que vous vouliez surtout saisir.
On peut obvier à ces inconvénients des appareils ordinaires, et remplir les conditions essentielles à la
Fig. 9.
bonne reproduction de la nature animée, par la construction d'une chambre noire spéciale, dont voici la description ^ :
La figure 9 représente une chambre destinée à prendre des images stéréoscopiques.
A est le châssis mobile contenant la plaque sensible; B est la glace dépolie immobile : ces deux parties,
1. Chambre instantanée de MM. Defrance et Disderi (brevetée).
tenues dans F arrière-corps de la chambre, avancent et reculent en même temps que lui, et sont fixées en même temps aussi lorsqu'on tourne la vis G.
Une cloison D (%. 10), de la largeur de l' arrièrecorps de la chambre, sépare en deux compartiments et le châssis et la glace dépolie; la cloison E divise aussi l'avant-corps de la chambre en deux compar-
Fig. 10.
timents correspondants. FF FF' figurent deux paires d'objectifs stéréoscopiques; G est une planchette mobile faisant fonction de rideau qu'on relève en tirant le bouton H , de façon à clore toute la cloison supérieure dans les deux corps de la chambre , et qui , ramenée en bas par les deux bandes de caoutchouc II, clot aussi la cloison inférieure dans les deux chambres, quand on lâche le bouton H.
De plus, les objectifs sont construits de foyers abso-
lumeiit semblables, et la plaque est située dans le même plan que la glace dépolie.
Lorsqu'on veut l'aire une épreuve (fig. 9), la plaque seysible étatit placée dans son châssis A, d'une main on saisit le bouton H, pour être i)rôt à lever le rideau au moment favorable; de l'autre, avec le boutoji M de la crémaillère, on met au point sur la glace dé[)olie; aussitôt que l'œil est satisfait, on soulève vivement le rideau qui se rabat aussitôt, ramené par les bandes de caoutchouc ii (fig. 10) dès qu'on lâche le bouton.
L'impression lumineuse sera donc faite en un instant très-court, que le mouvement de la main peut du reste régler à volonté ; mais ce qui est encore plus im})ortant, c'est que l'impression lumineuse aura succédé, sans aucun intervalle, à la mite au point, au moment où la netteté aura été parfaite pour l'œil ; à ce moment-là môme, le modèle aura été gravé dans la couche sensible.
J'ai pris pour exemple la chandjre stéréoscopique, mais ce système s'applique à tous les appareils, à ceux qui ne donnent qu'une image à la fois comme à ceux qui en donnent plus de deux et les multijdient.
On peut construire aussi des chambres où le châssis et la glace dépolie sont posés verticalement; la cloison est verticale dans ces constructions, et le rideau
glisse de bas en haut, comme clans la chambre stéréosco[)ique, ou de droite à gauche.
Dans le but de ne pas comi)liquer la descri[)tion qu'on vient de lire, j'ai omis à dessein une circonstance très-importante relative au châssis, et qui vient justifier complètement la qualification de chambre instantanée qui a été donnée à cet appareil.
On sait que c'est au moment môme où on la retire du bain d'argent que la plaque coUodiounée est arrivée à son maximum de sensibilité ; cette sensibihté diminue peu à |)eu, à mesure que la jdaque s'égoutte, et disparait en partie lorsque la couche a perdu son humidité ; or, entre la sensibilisation de la glace et la pose, il s'écoule nécessairement un certain temj)S, qui peut devenir même très-long, si l'opérateur doit choisir l'effet, l'fîttitude, le mouvement, attendre enfin que la scène naturelle se présente sous son meilleur aspect; alors la plaque sèche n'est plus a[)te à donner une image instantanée.
On conserve à la plaque son maximum de sensibilité en la mettant dans une cuvette verticale en glace assez mince pour être enfermée dans un châssis approju'ié et capable cependant de contenir un bain d'argent; cette cuvette est munie d'un couvercle en caoutchouc.
Le châssis i)ortant la cuvette, avec la i)laquc qui y est immergée, est mis dans la chambre; on lève le
rideau et la plaque reçoit des rayons lumineux qui traversent la glace de la cuvette et le liquide transparent.
La face intérieure de la paroi qui est la plus rapprochée de l'opérateur se termine en biseau à sa partie inférieure BB, en sorte que le bas de la plaque immergée étant saisi , cette dernière s'applique forcément contre la feuillure AA; elle est maintenue
Fia;. H.
dans cette position par un crochet d'argent. On comprend que la construction est combinée de façon que le plan de la feuillure, qui détermine la position de la couche sensible , coïncide parfaitement avec la glace dépolie. Cette cuvette s'enchâsse dans le châssis.
Il est inutile d'expliquer la manœuvre de l'appareil ainsi complété par la cuvette instantanée, elle demeure la même.