I AVERTISSEMENT
trésor de notre prose vaut surtout par l'élément intellectuel qu'il offre aux esprits, par la forme de sens droit et prompt qu'il leur donne : cependant n'y pas voir la valeur d'art, négliger la richesse d'émotions esthétiques que cette prose, et souvent la plus alerte ou la plus dépouillée, contient, serait, en même temps que juger bien grossièrement, se priver d'une grande quantité de plaisirs fins. Nous avons, dans notre littérature d'idées, une prose d'art analogue à l'art industriel de nos dessinateurs et sculpteurs, et qui, souvent, n'est pas moins exquise. Et ici, sentir mène à mieux comprendre. Celui qui ne laisse perdre aucune grâce d'un style est bien prés d'avoir saisi toutes les finesses d'une pensée.
Si j'ai pensé d'abord au grand nombre des gens instruits qui ne lisent que par plaisir, j'espère pourtant que cette esquisse rapide d'un grand sujet ne sera pas inutile aux étudiants qui s'appliquent spécialement à l'histoire de la littérature française. Us pourront trouver ici des suggestions, des idées de recherches à faire, d'impressions et d'hypothèses à vérifier, des directions à suivre et à dépasser, des cadres à remplir, des points de départ, en un mot, et des bases pour leur travail personnel. Et peut-être ces réflexions les aiderontelles à prendre une conscience plus claire de ce que peut être l'étude proprement littéraire, le pur exercice du goût, aujourd'hui que nous avons renoncé à tout dogmatisme, et qu'on n'apporte plus, pour louer ou condamner les œuvres, des règles impérieuses dont onrecherche ingénieusement les applications. Je souhaiterais qu'ils vissent bien qu'à côté de l'impressionisme, il y a place pour une distinction des styles fondée sur la connaissance historique des époques, des milieux et des écoles, et qu'il faut se livrer, pour bien faire cette distinction, à toute sorte d'analyses délicates qui exigeraient un goût aussi
AVERTISSEMENT Vil
pénétrant et une faculté d'émotion aussi riche que pouvaient en avoir ces lettrés dogmatiques du vieux temps, qu'on s'imagine parfois avoir emporté avec eux la pure élude littéraire. Toutes les méthodes exactes, crudités et patientes dont médisent volontiers les gens qui ne les comprennent point ou ne sont pas capables de les manier, ne vont pas à supprimer le sentiment littéraire, mais à lui donner une nouvelle activité, un jeu plus siîr et plus targe, et des possibilités inépuisables de jgh» :ssance.