‹ L'art de la soie. Les soies (volume 2)Chapitre 145 sur 172 · ESPAGNE · texte numérisé non relu

ESPAGNE

Certaines parties de l'Espagne, principalement le royaume de Valence, celui de Murcie, sont dans des conditions atmosphériques et telluriques telles que ces contrées produisent des cocons de qualité supérieure, susceptibles de produire de belles grèges qui conviennent, par le propre même de leur nature, à certaines consommations difficiles cependant à satisfaire.

Des maisons françaises, initiées à tous les secrets de l'art de filer, se sont établies h Valence et à Murcie oi!^ elles ont encore de magnifiques usines. Plusieurs industriels espagnols, qui ne s'occupaient de filature et d'ouvraison que pour alimenter les fabriques de soieries indigènes, ont donné plus d'extension à la filature, et, grâce à ces maisons, l'Espagne fournit à présent à la France des soies de lout premier ordre, qu'on ne peut guère remplacer pour certains emplois. Malheureusement le genre d'étoffes auquel ces soies sont exclusivement propres est abandonné par la mode depuis longtemps.

Nous avons observé dans plus d'une vitrine des soies grèges très bien filées et d'une riche nature.

Il convient de rendre justice ici à la filature espagnole et de

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constater qu'elle est en plein progrès; c'est pourquoi nous nous empressons de reconnaître que les grandes marques d'Espagne méritent réellement leur ancienne réputation.

Mais l'Espagne souffre aussi de la crise; elle a été même plus éprouvée que la France et l'Italie par la maladie des vers i soie, qui sévit du reste encore dans presque tous les pays. On comprend que, à la suite de cette longue succession de revers, ia sériciculture ne puisse pas être prospère.

Les cultivateurs renoncent, les uns après les autres, dans le royaume de Valence, dans la province de Saragosse, dans l'Andalousie, à l'éducation des vers à soie, et entreprennent des cultures maraîchères qui sont généralement plus lucratives. Dans le royaume de Murcie, le paysan trouve souvent plus avantageux, à la veille de la montée, d'éviter les chances mauvaises de la formation des cocons, et il tire des vers, par un procédé facile, des At2o« depescado (fils de pèche). Cette industrie enlève à la filature, depuis plusieurs années, de grandes quantités de cocons; elle est dans les mains de deux ou trois maisons anglaises.

POBTUGAL.

L'art d'élever les vers à soie , introduit en Espagne par les Maures, pénétra en Portugal, s'y répandit dans les provinces septentrionales et donna naissance h l'industrie du tissage. Les soieries portugaises étaient , au xvi* siècle , fort goûtées dans quelques parties du nouveau monde.

Plusieurs causes qu'il serait trop long de rappeler ici firent tomber en décadence la sériciculture portugaise.

Plus tard, à diverses reprises, et notamment de nos jours, des hommes éminents ont tenté de relever cette industrie qui dépérissait de plus en plus. Dernièrement encore , le roi de Portugal a essayé de propager dans ce royaume la culture du mûrier, et ces essais commençaient à être couronnés de succès quand le terrible fléau, qui a ruiné tant de pays, pénétra d'Espagne en Portugal.

Néanmoins, quelques hommes résolus, soutenus par le Gouvernement, persistent h entretenir la culture du mûrier, et font les

plus louables efforts pour répandre et améliorer dans le pays Tart de filer la soie.

Les filateurs qui trouvent encore à se pourvoir de cocons dans la province de Tras-os-Montès avaient tenu à honneur de figurer à l'Exposition. Nous avons vu» dans ces collections « de beaux cocons que nous connaissions déjà et dont on avait tiré des grèges médiocrement filées. Nous avons remarqué dans cette section des soies qui valaient, comme nature , les meilleures grèges d'Espagne.

Les produits des filatures portugaises, filatures peu nombreuses du reste, sont consommés par les maisons du pays qui s'occupent encore du tissage de la soie.

PATS DU LEVANT.

La sériciculture et la filature ont eu leur période de beaux jours dans les pays du Levant. Des maisons grecques et des maisons françaises établirent alors des usines, même importantes, à Calamata, à Athènes, à Andrinople, h Salonique, à Brousse, à Smyme, dans le Liban et dans les tles de l'Archipel. A un moment donné, la sériciculture avait pris un tel développement en Grèce, dans les Provinces danubiennes et dans tout l'Empire turc, que ces contrées produisaient assez pour alimenter les filatures indigènes et expédier à Marseille des quantités considérables de beaux cocons. Ces nombreux arrivages ont comblé, pendant plusieurs années, le déficit survenu dans la production occidentale.

Nous avons vu, à cette époque, paraître sur le marché de Marseille des cocons provenant de races, nouvelles pour nous, qui fournissaient presque tous des soies grèges splendides. Les produits des cocons du Levant, acceptés d'abord , dans un moment de rareté , comme pis-aller, ne tardèrent pas à être recherchés, et on leur donna même la préférence pour les emplois les plus délicats.

Il n'entre pas dans notre plan de décrire ces nombreuses races, dont les cocons et la soie avaient tant de prix pour notre industrie ; elles ont été, toutes sans exception, détruites par le fléau de la pébrine. D'ailleurs, cette description a été faite de main de mattre par un homme éminent, enlevé prématurément à la science bacologique qu'il avait créée en France : nous avons nommé M. Du-

seigneur-Kléber. Noos renvoyons au bel ouvrage qu il nous a laissé, à la Mom^aphie du cocon de soie.

Le Levant , à son tour envahi par Tépidémie , éprouvé par les suites de plusieurs mauvaises campagnes industrielles, a aussi subi des pertes énormes. Agriculteurs, spéculateurs et filateurs se sont peu à peu lassés, les uns de produire, les autres d'exporter ou de ûler des cocons. Dans plusieurs provinces de Grèce et de Turquie, le bas prix des cocons, d'une part, et la hausse continuelle des tabacs, d'autre part, ont déterminé les cultivateurs indigènes à abandonner la récolte si chanceuse de la soie pour s'adonner à celle du tabac , qui leur offre plus de profits.

L'Anatolie, qui avait été épargnée par le fléau, a, pendant plusieurs années encore, fourni à nos fabriques et aux fabriques anglaises les soies blanches de filature , qu'on ne trouvait plus en Occident. Les superbes races à cocons blancs ont disparu aussi de la province de Brousse, et les sériciculteurs broussiotes en sont réduits à élever des vers de race japonaise, provenant de graines d'origine et surtout de graines de reproduction ^^^

On sait que la Turquie n'était pas représentée à l'Exposition universelle de 1878; nous n'avons pas voulu néanmoins garder le silence sur l'industrie de la soie dans ce vaste empire. Nous tenons à dire que la filature y conserve le terrain qu elle a conquis, qu'elle fait des progrès, et que des maisons importantes continuent à envoyer en France et en Angleterre des soies très estimées par certains manufacturiers.

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