ITALIE
Nous voyons, en consultant les chroniques de l'histoire de la soie, que l'Italie a été, de tout temps, la partie de l'Europe où la culture du mûrier a été la plus répandue. De nos jours, quoique \ajlachene et la pékTine^^"^ sévissent encore dans les éducations, la sériciculture italienne reste toujours florissante dans une certaine mesure. Des agronomes distingués, plusieurs savants, se sont fait un nom dans la science bacologique, et ces hommes éminents ont rendu, depuis l'invasion de la maladie, des services incontestables k leur patrie en particulier et à la sériciculture en général ^^^.
L'Italie est certainement la partie de l'Europe sétifère qui pro-^ duit le plus, et l'on trouve, dans ce royaume, selon la constitution géologique des zones, des cocons qui rendent des soies grèges de
^) Ces deux maladies ont été décrites par M. Pasteur dans son ouvrage : Étudei $ur la maladie dê$ vên à $oie; il indique le moyen pratique, assuré, de les combattre et d*en prévenir le retour. Malheureusement nos agriculteurs aiment mieux acheter de la graine que de la faire eux-mêmes, et ils s^exposent ainsi à de grandes déceptions.
(*) MM. L. Crivelli, Belotti, Susani, Gantoni, le professeur E. Gornalia, le naturaliste Filippi , le D' Osimo, etc.
natures entièrement différentes. De tout temps , l'art de tirer et l'art d'ouvrer la soie ont été en grand honneur chez les Italiens, et actuellement encore cette industrie occupe toujours chez eux le premier rang. C'est pourquoi la section italienne a attiré particulièrement notre attention.
Nous savions que, depuis quelques années surtout, les industriels de presque toute l'Italie ont transformé leur outillage, qu'ils n'ont rien négligé pour améliorer leurs produits; nous avons donc apporté un soin extrême à étudier les collections des Italiens. 11 est certain qu'elles présentaient des soies grèges et des soies ouvrées de toute beauté. Nous avons trouvé là des noms bien connus, célèbres même dans notre industrie, appartenant au groupe des grandes marques du Piémont et de la Lombardie.
Nous avons vu, dans la collection des grèges, de fort jolies soies jaunes, blanches et vertes de sortes souvent bien différentes. Nous avons remarqué des grèges de Toscane , de Fossombrone et de Lombardie très nettes, fort régulières, mais nous avons surtout distingué des grèges habilement filées par des industriels de Piémont et de Novi-Ligure.
Parmi les soies ouvrées, nous citerons de jolies trames de diverses provenances et des organsins du Piémont et de la Lombardie. Nous signalerons, parmi ces derniers, des strafUati, des 9iraJUatimm, ne laissant absolument rien à désirer, soit comme filature, soit comme ouvraison : nous mentionnerons d'une manière toute particulière des organsins verts de Piémont apprêt velours. La filature est certainement en plein progrès en Italie; le moulinage en particulier y est arrivé à un grand degré de perfectionnement, c'est incontestable.
Les manufacturiers, dans ce pays de grande production, cherchent de plus en plus k améliorer leurs produits. Ils le font certainement en prévision de l'avenir; ils doivent comprendre que le jour n'est pas éloigné où ils auront, plus que nous peut-être, à souffrir de l'envahissement continuel des soies asiatiques.
Les Italiens s'adonnent aussi , avec un succès auquel nous rendons hommage, à l'ouvraison des soies de la Chine, du Japon et de l'Inde. Pour arriver à ouvrer ces grèges avec la perfection qu'on
exige par le temps qui court, ils D*ont pas craint de modifier, de changer leur outillage; cette transformation a été faite par eux avec l'intelligence de gens qui connaissent à fond tous les secrets de Tart d'ouvrer.
En observant les résultats de ce travail partout si bien conduit, on se dit que nous n'avons peut-être pas suivi d'assez près les efforts de ces concurrents.
Filateurs et mouliniers français, ne vous faites pas d'illusions; vous avez de l'autre côté des Alpes des rivaux redoutables.
Aidés par le bas prix de la main-d'œuvre, les sériciculteurs italiens sont dans de bonnes conditions pour produire des cocons, tandis que, en France, le haut prix des salaires et le plus souvent le manque de bras vous rendent l'éducation de moins en moins lucrative, de plus en plus aléatoire.
Les industriels italiens, vos rivaux, trouvent, au moment de de l'achat des cocons, chez les grands propriétaires, des facilités qui vous manquent. Ils ont k leur service une population ouvrière nombreuse, dans laquelle il est facile de recruter un personnel intelligent, docile, ayant une grande dextérité de main; ils disposent, surtout en Piémont et en Lombardie, d'organisations manufacturières complètes qui ont de puissants moyens d'action. Enfin, les soies d'Italie peuvent s'appliquer à tant d'emplois divers que les filateurs et les mouliniers italiens ne sont pas réduits, comme vous, à n'avoir absolument qu'un seul marché pour écouler leurs produits.
La maladie des vers à soie persiste encore dans presque toute la péninsule italienne; elle est cependant entrée dans la période de décroissement. Déjà, dans quelques provinces, on revient aux races à cocons jaunes, et l'on tend presque partout à abandonner les graines du Japon qui, à un moment donné, ont été les seules dont on pouvait attendre un résultat.
Nous nous sommes un peu oublié dans cette galerie si intéressante à étudier; nous n'en sortirons pas cependant sans signaler la bonne organisation, l'excellente administration des filatures et
des moulinages italiens. Il existe dans presque tous ces établissements une comptabilité industrielle aussi simple qu'ingénieuse, mais si bien comprise qu'elle entre dans les moindres détails. Cette comptabilité est si merveiUeusement organisée que, tous les soirs, en un moment, le directeur de l'usine peut établir le prix de revient net, déduction faite de tous les déchets.
AOTRIGHB.
L'Autriche, immense par son étendue, renferme plusieurs grandes provinces qui donnent, selon le climat, une certaine quantité de cocons; malheureusement le terrible fléau de la pébrme s'est propagé dans tout l'empire et a pénétré même dans les campagnes les plus reculées, les plus salubres, des montagnes du Tyrol.
Plusieurs régions de l'Autriche, principalement la Bohême, le territoire d'Aussig, celui de Peterswald, tout le Tyrol et presque tout le Frioul sont dans les meilleures conditions voulues, comme sol, comme température , pour produire des soies de bonne nature.
Les cocons du Tyrol, particulièrement, donnent de jolies grèges jaunes, blanches et vertes; et voilà pourquoi probablement i'in* dustrie de la filature est surtout concentrée dans les nombreuses et souvent très hautes vallées qui entourent Trente et descendent jusqu'à Roveredo et Ala.
Il y a, dans les Alpes tyroliennes, beaucoup de filatures; quelques-unes récemment créées sont importantes, très bien montées, et fabriquent des grèges, surtout blanches et vertes, déjà très estimées par les fabricants de Vienne, de Lyon et des bords du Rhin.
Dans la section autrichienne, nous avons été très étonné de ne trouver que six vitrines renfermant des soies de diverses couleurs , principalement des grèges.
Nous avons examiné avec la plus grande attention les produits de ces exposants. Nous avons remarqué, dans deux vitrines, des soies blanches et vertes d'une excellente nature, et nous avons particulièrement distingué la collection d'un de ces industriels.
Nous savons, du reste, que dans le Tyrol, dans le Frioul, plu-
sieurs filateurs, déjà très habiles, travaillent constamment à amé-* liorer, à perfectionner leurs produits.
Nous avons aussi remarqué, dans cette section, les produits de deux établissements de peignage de déchets de soie, et, d'après les renseignements que nous avons pu recueillir, la plus importante de ces usines, dirigée par un habile industriel, produit beaucoup et fabrique plus spécialement des fils de schappe JUoselle pour la fabrication des velours épais.
Ces deux filateurs de scliappe vendent leurs produits en France, mais surtout à Elberfeld, à Leipsick, à Berlin et h Bâle.
Nous ne terminerons pas cette relation sans mentionner spécialement la Chambre de commerce et d'industrie de Roveredo, qui avait eu Theureuse idée de nous envoyer un travail fort bien fait de toute façon : la Monographie de rindustrie êéricicole du district de Boveredo.